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Le Taoïsme
Le taoïsme (道教 dào jiào « enseignement de la Voie ») est à la fois une philosophie et une religion chinoise. Plongeant ses racines dans la culture ancienne, ce courant se fonde sur des textes, dont le Dao De Jing (tao te king) de Laozi (Lao-tseu), et s’exprime par des pratiques, qui influencèrent tout l’Extrême-Orient. Il apporte entre autres :
* une mystique quiétiste, reprise par le bouddhisme Chan (ancêtre du zen japonais) ;
* une éthique libertaire qui inspira notamment la littérature ;
* un sens des équilibres yin yang poursuivi par la médecine chinoise et le développement personnel ;
* un naturalisme visible dans la calligraphie et l’art.
Le terme « taoïsme » recouvre des textes, des auteurs, des croyances et pratiques, et même des phénomènes historiques qui ont pu se réclamer les uns des autres, répartis sur 2 500 ans d’histoire ; il est difficile d’en offrir un portrait unifié de l’extérieur.
La catégorie « Taoïsme » est née sous la dynastie Han (-200~200), bien après la rédaction des premiers textes, du besoin de classer les fonds des bibliothèques princières et impériales. Dào jiā 道家 ou dào jiào 道教, « école taoïste », distingue à l’époque une des écoles philosophiques de la période des Royaumes combattants (-500~-220). École est ici à entendre dans son sens grec, voire pythagoricien, d’une communauté de pensée s’adonnant aussi à une vie philosophique ; n’y voir qu’un courant intellectuel est un anachronisme moderne. Mais cette école ne fut sans doute que virtuelle, car ses auteurs, dans la mesure où ils ont vraiment existé, ne se connaissaient pas forcément, et certains textes sont attribués à différentes écoles selon les catalogues. De plus, les auteurs réunis a posteriori sous la même rubrique "Taoïsme" peuvent avoir sur leurs orientations fondamentales des vues tout à fait opposées : le Laozi contient les principes d'une recherche de l'immortalité alors que le Zhuangzi la critique comme une vanité; le Laozi est en partie fait de conseils à l'usage du Prince alors que le Zhuangzi est très critique à l'égard de l'action politique, etc. Le Taoïsme est donc essentiellement pluriel.
Durant la période des Trois Royaumes (220~265), les termes dào jiā 道家 et dào jiào 道教 divergent, le premier désignant la philosophie et le second la religion. Car la catégorie a vite englobé des croyances et pratiques religieuses d’origine diverse, comme l’évoque Isabelle Robinet dans Histoire du taoïsme : des origines au XIVe siècle : « ...le taoïsme n’a jamais été une religion unifiée et a constamment été une combinaison d’enseignements fondés sur des révélations originelles diverses [...] il ne peut être saisi que dans ses manifestations concrètes »[1],[2].
Le taoïsme est-il une philosophie ou une religion ? Les deux, peut-on dire. Il a en tous cas toujours eu des expressions intellectuelles tout autant que culturelles, mais en diverses proportions selon les époques, et surtout, les classes sociales. Le parti de cet article est d’abord de fournir quelques repères historiques sur le temps long. Sont évoquées les conceptions antiques du Zhuangzi (Tchouang Tseu) et du Dao De Jing (Tao Te King), car ces textes continuent d’inspirer la pensée chinoise, ainsi que l’occident, avec des thèmes comme le Dao, la critique de la pensée dualiste, de la technique, de la morale ; dans un éloge de la nature et de la spontanéité. On trouvera aussi un exposé sur les pratiques taoïstes, concentré sur le moyen âge chinois (les six dynasties, 200~400). La période permet de révéler des techniques mystiques, des idées médicales, une alchimie, des rites collectifs. Leur élaboration a commencé bien avant et s’est poursuivie ensuite, mais ce moment permet d’en offrir un tableau plus riche, et plus attesté. Il en résulte un panorama large, fondé sur des textes et des commentaires récents, afin que chacun puisse se faire son idée du taoïsme comme cela se fit par le passé, mais en privilégiant les sources les plus significatives, les plus évocatrices. Si le Taoïsme est une philosophie, ce n'est évidemment pas dans le sens où Socrate et les philosophes grecs peuvent l'entendre, car le mot même de philosophie, zhe xue, n'apparaît dans la langue chinoise qu'au détour des influences japonaises, au début du XX° siècle. Si la philosophie est une recherche de la vérité au moyen du verbe, du Logos, alors le Taoïsme n'est pas une philosophie car la vérité n'est pas son point de mire et le langage est loin d'être son instrument privilégié. Par contre, si le terme philosophie désigne un type de discours enveloppant une vision du monde (sens large), alors, bien sûr, le Taoïsme peut être considéré comme une philosophie.
Si l'on s'entend pour dire que le Taoïsme propose des exercices et un style de vie qui permettent de relier ou d'harmoniser le yin et le yang, la terre et le ciel, c'est-à-dire le visible et l'invisible, alors en ce sens, il peut être considéré comme une religion. Mais c'est évidemment là une réponse rapide qui fait abstraction des aspects complexes du terme religion qui enveloppe un réseau complexe de questions : problème de la transcendance, d'un rapport à un Dieu ou à des Dieux, problème de la révélation ou d'un accès à une vérité révélée, problème de sa dogmatique, problème de son organisation ou de sa structure hiérarchique, etc.
Histoire
Sima Qian (-145~-86) est le père de l’histoire chinoise, il chercha à renseigner la biographie de tous les personnages mythiques ou réels des époques précédentes, et parmi des vies d’empereurs, ce commentaire en exergue est à propos des saints de l'école de la Voie (Zhuangzi, Laozi). Il résume la difficulté d’établir une chronologie de cet enseignement, car ceux qui le suivirent s’ingénièrent aussi bien à se cacher, qu’à brouiller les dates et les noms. L’établissement d’une histoire du taoïsme satisfaisant la critique occidentale est une élaboration récente.
(-1500~-500) Temps mythiques
La chronologie traditionnelle chinoise de Sima Qian en dynasties est évidemment peu fiable quant aux faits sur les périodes anciennes. Toutefois, elle fournit un état des représentations de son époque, ainsi que des penseurs qui l'ont précédée. Confucius croyait aux empereurs Yao et Shun, le Dao De Jing les évoque, plus vaguement. Cette ligne temporelle permet d'introduire quelques idées de mythologie chinoise qui auront leur importance dans la suite du taoïsme.
Nostalgique des origines, le taoïsme situe généralement l'âge d’or avant l’histoire et les empereurs, supposant une douce communauté paysanne sans ordre politique. Dao De Jing : « Du roi, le peuple de l’antiquité savait seulement qu’il existait » 17, maintenant, « Le peuple a faim parce que le prince dévore l’impôt. » 75. L'archéologie constate que la vallée du fleuve jaune est cultivée. On peut supposer des traces de chamanisme (période Yangshao), ces thèmes se retrouveront beaucoup plus tard (voir l’alchimiste Ge Hong, 283~343).
Le premier empereur mythique de la dynastie Xia, Huángdì (-2697~-2598), n’est pas vérifiable. Par contre, les mythes lui attribuent une invention dont on a trace après cette époque, la métallurgie. S’il on en croit le mode de transmission des croyances et pratiques alchimiques[4], on peut supposer que les premiers mystères initiatiques sur la fusion des métaux commencèrent ici (mais les échos écrits commencent avec le huanglao).
La dynastie Shang (-1751~-1111) laisse des traces plus certaines d’une unité de culture, sinon politique. Les écritures retrouvées permettent de reconstituer une société clanique, avec une famille royale occupant le sommet de la hiérarchie, et des chefs de lignée qui perpétuent le culte familial. Ils entretiennent des devins interprétant les craquelures de carapaces de tortue jetés au feu (scapulomancie), de cette pratique se dégagent les sinogrammes, et donc, l’écriture.
Les Shang sont renversés par les Zhou (-1000). Cette ethnie installe une organisation de type féodale, même si le terme n’est parfois pas accordé à la Chine. On trouve en tous cas un mouvement de dissolution de la fidélité à la royauté centrale, dont la nostalgie est conservée. La restauration d’un empire idéal est un thème central des écoles postérieures, mais aussi du projet de civilisation, jusqu’au premier empereur Qin Shi Huang.
Vient ensuite la période des Printemps et des Automnes (-722~-481), du nom de la chronique du royaume de Lu qui couvre ces dates. De nombreux seigneurs avec une langue et une culture commune assistent à une progression démographique, économique et culturelle ; mais sans l’unité politique. Ils se fient de moins en moins à la noblesse héréditaire, ouvrant leurs cours à des intellectuels itinérants, dont résultent les sources compilées dans les cinq classiques. L’un d’eux, le Yì Jīng, a une grande influence sur le taoïsme de notre ère. On suppose qu’à cette époque s’élaborent aussi les spéculations du Yin-Yang et des cinq éléments, ainsi que les premières pratiques d’immortalité.
De ces temps de créations anonymes et de datation incertaine on peut donc retenir : chamanisme, Huángdì, sinogrammes, immortels, Yin-Yang, cinq éléments ; thèmes qui persistent et se combinent tout au long du taoïsme.
(-500~-220) Royaumes combattants, bourgeonnement intellectuel et mystiques taoïstes
La séparation entre cette période et la précédente est tout à fait artificielle, elle en conserve les mêmes caractères sociaux, avec cependant une progression pragmatique dans la concentration politique (sept royaumes) qui entraîne une crise du modèle culturel traditionnel (Confucius). Il s’y développe une classe intellectuelle mercenaire pouvant vivre en dehors des cours seigneuriales, en formant les jeunes nobles pour les emplois publics. C’est le temps des cent écoles. Même si le nombre est trop symbolique pour être exact, la période témoigne d’une vivacité intellectuelle où se forgèrent des concepts pour de nombreux siècles ensuite.
Même si les personnes physiques de Laozi et Zhuangzi sont incertaines, de même que la généalogie de leurs influences et de leur descendance, la possibilité historique de leur œuvre à cette époque est vérifiée par l’état de la langue et de la culture. La section conceptions de cet article se concentre sur ces œuvres. Sociologiquement, ils prouvent une société assez riche pour avoir des sages cachés, des lettrés instruits sans pour autant briguer une place et vivant au cœur du peuple. Les thèmes politiques des autres écoles sont présents, mais on ne lit pas les mêmes intentions de flatter un prince, ou de promettre la recette décisive. La politique semble être une conséquence d’une vérité mystique et cosmologique. Autrement dit, le contexte historique aide à comprendre les mots utilisés, mais ne suffit pas à expliquer les phrases composées, qui elles, sont proprement taoïstes.
C’est également à cette période que se développe dans les cours royales et princières la Voie des magiciens et des immortels née dans les pays de Qi et de Yan. En s’entourant de spécialistes (fangshi) de rituels, magie et alchimie, les souverains espèrent s’assurer le succès et échapper à la mort. La mer Jaune baignant les rivages de ces deux États du Shandong et du Hebei n'abrite-t-elle pas trois îles où poussent des herbes prolongeant la vie ? Le premier empereur Qin et plus tard Wudi des Han y enverront des expéditions infructueuses, mais la mythologie des immortels et les savoir-faire des magiciens garderont leur prestige et seront intégrés dans le taoïsme.
(-221~200) Empire, compilations, taoïsme ésotérique
-221, Qin Shi Huang unifie l’Empire. Il institue la bibliothèque impériale, afin de conserver l’édition officielle des classiques chinois, pour les retirer aux écoles et aux anciens royaumes. La sélection s’est accompagnée de persécutions sur les intellectuels, des livres ont été brûlés, surtout confucéens. Durant la dynastie Han, un travail bibliographique de quatre siècles établira les textes qui nous sont parvenus, en ajoutant parfois beaucoup aux originaux, comme cette citation tirée du Zhuang Zi, certainement postérieure.
Lorsque le monde sombra dans le désordre, saints et sages se cachèrent et le Dao fut divisé, chacun sous le Ciel en prit une parcelle pour se faire valoir. Il en est comme de l’ouïe, de la vue et de l’odorat, qui ont chacun leur usage mais ne communiquent pas : les cent écoles, dans le foisonnement de leurs techniques, en comptent toutes d’excellentes, utiles à tel ou tel moment, mais aucune n’embrasse la globalité.[5]
La période est tentée par un éclectisme qui concilierait toutes les sagesses héritées des Royaumes combattants. Yang Xiong (-53~-18-), l’ermite de la cour, illustre le génie de cette époque, par ses imitations originales des classiques. Son Fayan « paroles pour guider » le rattacherait au confucianisme puisqu’il reprend la forme du Lúnyǔ « les entretiens de Confucius » ; mais il s’inspire aussi du Yì Jīng pour le Taixuanjing « Livre du Mystère suprême » développant une combinatoire ternaire (Terre, Ciel, Homme) qui a eu peu de postérité.
Le courant Huanglao est aussi très caractéristique. En partie philosophie politique de parenté légiste, en partie religion divinisant le mythique Empereur Jaune Huang di et le sage Lao Zi, les empereurs des Han occidentaux Wendi et Jingdi y cherchèrent une philosophie totale, à la fois cosmique et politique, justifiant l'existence de l'empire et réglant leur action[6]. Cette construction confuse, concurrencée dès Wudi par le confucianisme, contribua à la constitution du terreau taoïste.
* une mystique quiétiste, reprise par le bouddhisme Chan (ancêtre du zen japonais) ;
* une éthique libertaire qui inspira notamment la littérature ;
* un sens des équilibres yin yang poursuivi par la médecine chinoise et le développement personnel ;
* un naturalisme visible dans la calligraphie et l’art.
Le terme « taoïsme » recouvre des textes, des auteurs, des croyances et pratiques, et même des phénomènes historiques qui ont pu se réclamer les uns des autres, répartis sur 2 500 ans d’histoire ; il est difficile d’en offrir un portrait unifié de l’extérieur.
La catégorie « Taoïsme » est née sous la dynastie Han (-200~200), bien après la rédaction des premiers textes, du besoin de classer les fonds des bibliothèques princières et impériales. Dào jiā 道家 ou dào jiào 道教, « école taoïste », distingue à l’époque une des écoles philosophiques de la période des Royaumes combattants (-500~-220). École est ici à entendre dans son sens grec, voire pythagoricien, d’une communauté de pensée s’adonnant aussi à une vie philosophique ; n’y voir qu’un courant intellectuel est un anachronisme moderne. Mais cette école ne fut sans doute que virtuelle, car ses auteurs, dans la mesure où ils ont vraiment existé, ne se connaissaient pas forcément, et certains textes sont attribués à différentes écoles selon les catalogues. De plus, les auteurs réunis a posteriori sous la même rubrique "Taoïsme" peuvent avoir sur leurs orientations fondamentales des vues tout à fait opposées : le Laozi contient les principes d'une recherche de l'immortalité alors que le Zhuangzi la critique comme une vanité; le Laozi est en partie fait de conseils à l'usage du Prince alors que le Zhuangzi est très critique à l'égard de l'action politique, etc. Le Taoïsme est donc essentiellement pluriel.
Durant la période des Trois Royaumes (220~265), les termes dào jiā 道家 et dào jiào 道教 divergent, le premier désignant la philosophie et le second la religion. Car la catégorie a vite englobé des croyances et pratiques religieuses d’origine diverse, comme l’évoque Isabelle Robinet dans Histoire du taoïsme : des origines au XIVe siècle : « ...le taoïsme n’a jamais été une religion unifiée et a constamment été une combinaison d’enseignements fondés sur des révélations originelles diverses [...] il ne peut être saisi que dans ses manifestations concrètes »[1],[2].
Le taoïsme est-il une philosophie ou une religion ? Les deux, peut-on dire. Il a en tous cas toujours eu des expressions intellectuelles tout autant que culturelles, mais en diverses proportions selon les époques, et surtout, les classes sociales. Le parti de cet article est d’abord de fournir quelques repères historiques sur le temps long. Sont évoquées les conceptions antiques du Zhuangzi (Tchouang Tseu) et du Dao De Jing (Tao Te King), car ces textes continuent d’inspirer la pensée chinoise, ainsi que l’occident, avec des thèmes comme le Dao, la critique de la pensée dualiste, de la technique, de la morale ; dans un éloge de la nature et de la spontanéité. On trouvera aussi un exposé sur les pratiques taoïstes, concentré sur le moyen âge chinois (les six dynasties, 200~400). La période permet de révéler des techniques mystiques, des idées médicales, une alchimie, des rites collectifs. Leur élaboration a commencé bien avant et s’est poursuivie ensuite, mais ce moment permet d’en offrir un tableau plus riche, et plus attesté. Il en résulte un panorama large, fondé sur des textes et des commentaires récents, afin que chacun puisse se faire son idée du taoïsme comme cela se fit par le passé, mais en privilégiant les sources les plus significatives, les plus évocatrices. Si le Taoïsme est une philosophie, ce n'est évidemment pas dans le sens où Socrate et les philosophes grecs peuvent l'entendre, car le mot même de philosophie, zhe xue, n'apparaît dans la langue chinoise qu'au détour des influences japonaises, au début du XX° siècle. Si la philosophie est une recherche de la vérité au moyen du verbe, du Logos, alors le Taoïsme n'est pas une philosophie car la vérité n'est pas son point de mire et le langage est loin d'être son instrument privilégié. Par contre, si le terme philosophie désigne un type de discours enveloppant une vision du monde (sens large), alors, bien sûr, le Taoïsme peut être considéré comme une philosophie.
Si l'on s'entend pour dire que le Taoïsme propose des exercices et un style de vie qui permettent de relier ou d'harmoniser le yin et le yang, la terre et le ciel, c'est-à-dire le visible et l'invisible, alors en ce sens, il peut être considéré comme une religion. Mais c'est évidemment là une réponse rapide qui fait abstraction des aspects complexes du terme religion qui enveloppe un réseau complexe de questions : problème de la transcendance, d'un rapport à un Dieu ou à des Dieux, problème de la révélation ou d'un accès à une vérité révélée, problème de sa dogmatique, problème de son organisation ou de sa structure hiérarchique, etc.
Histoire
Sima Qian (-145~-86) est le père de l’histoire chinoise, il chercha à renseigner la biographie de tous les personnages mythiques ou réels des époques précédentes, et parmi des vies d’empereurs, ce commentaire en exergue est à propos des saints de l'école de la Voie (Zhuangzi, Laozi). Il résume la difficulté d’établir une chronologie de cet enseignement, car ceux qui le suivirent s’ingénièrent aussi bien à se cacher, qu’à brouiller les dates et les noms. L’établissement d’une histoire du taoïsme satisfaisant la critique occidentale est une élaboration récente.
(-1500~-500) Temps mythiques
La chronologie traditionnelle chinoise de Sima Qian en dynasties est évidemment peu fiable quant aux faits sur les périodes anciennes. Toutefois, elle fournit un état des représentations de son époque, ainsi que des penseurs qui l'ont précédée. Confucius croyait aux empereurs Yao et Shun, le Dao De Jing les évoque, plus vaguement. Cette ligne temporelle permet d'introduire quelques idées de mythologie chinoise qui auront leur importance dans la suite du taoïsme.
Nostalgique des origines, le taoïsme situe généralement l'âge d’or avant l’histoire et les empereurs, supposant une douce communauté paysanne sans ordre politique. Dao De Jing : « Du roi, le peuple de l’antiquité savait seulement qu’il existait » 17, maintenant, « Le peuple a faim parce que le prince dévore l’impôt. » 75. L'archéologie constate que la vallée du fleuve jaune est cultivée. On peut supposer des traces de chamanisme (période Yangshao), ces thèmes se retrouveront beaucoup plus tard (voir l’alchimiste Ge Hong, 283~343).
Le premier empereur mythique de la dynastie Xia, Huángdì (-2697~-2598), n’est pas vérifiable. Par contre, les mythes lui attribuent une invention dont on a trace après cette époque, la métallurgie. S’il on en croit le mode de transmission des croyances et pratiques alchimiques[4], on peut supposer que les premiers mystères initiatiques sur la fusion des métaux commencèrent ici (mais les échos écrits commencent avec le huanglao).
La dynastie Shang (-1751~-1111) laisse des traces plus certaines d’une unité de culture, sinon politique. Les écritures retrouvées permettent de reconstituer une société clanique, avec une famille royale occupant le sommet de la hiérarchie, et des chefs de lignée qui perpétuent le culte familial. Ils entretiennent des devins interprétant les craquelures de carapaces de tortue jetés au feu (scapulomancie), de cette pratique se dégagent les sinogrammes, et donc, l’écriture.
Les Shang sont renversés par les Zhou (-1000). Cette ethnie installe une organisation de type féodale, même si le terme n’est parfois pas accordé à la Chine. On trouve en tous cas un mouvement de dissolution de la fidélité à la royauté centrale, dont la nostalgie est conservée. La restauration d’un empire idéal est un thème central des écoles postérieures, mais aussi du projet de civilisation, jusqu’au premier empereur Qin Shi Huang.
Vient ensuite la période des Printemps et des Automnes (-722~-481), du nom de la chronique du royaume de Lu qui couvre ces dates. De nombreux seigneurs avec une langue et une culture commune assistent à une progression démographique, économique et culturelle ; mais sans l’unité politique. Ils se fient de moins en moins à la noblesse héréditaire, ouvrant leurs cours à des intellectuels itinérants, dont résultent les sources compilées dans les cinq classiques. L’un d’eux, le Yì Jīng, a une grande influence sur le taoïsme de notre ère. On suppose qu’à cette époque s’élaborent aussi les spéculations du Yin-Yang et des cinq éléments, ainsi que les premières pratiques d’immortalité.
De ces temps de créations anonymes et de datation incertaine on peut donc retenir : chamanisme, Huángdì, sinogrammes, immortels, Yin-Yang, cinq éléments ; thèmes qui persistent et se combinent tout au long du taoïsme.
(-500~-220) Royaumes combattants, bourgeonnement intellectuel et mystiques taoïstes
La séparation entre cette période et la précédente est tout à fait artificielle, elle en conserve les mêmes caractères sociaux, avec cependant une progression pragmatique dans la concentration politique (sept royaumes) qui entraîne une crise du modèle culturel traditionnel (Confucius). Il s’y développe une classe intellectuelle mercenaire pouvant vivre en dehors des cours seigneuriales, en formant les jeunes nobles pour les emplois publics. C’est le temps des cent écoles. Même si le nombre est trop symbolique pour être exact, la période témoigne d’une vivacité intellectuelle où se forgèrent des concepts pour de nombreux siècles ensuite.
Même si les personnes physiques de Laozi et Zhuangzi sont incertaines, de même que la généalogie de leurs influences et de leur descendance, la possibilité historique de leur œuvre à cette époque est vérifiée par l’état de la langue et de la culture. La section conceptions de cet article se concentre sur ces œuvres. Sociologiquement, ils prouvent une société assez riche pour avoir des sages cachés, des lettrés instruits sans pour autant briguer une place et vivant au cœur du peuple. Les thèmes politiques des autres écoles sont présents, mais on ne lit pas les mêmes intentions de flatter un prince, ou de promettre la recette décisive. La politique semble être une conséquence d’une vérité mystique et cosmologique. Autrement dit, le contexte historique aide à comprendre les mots utilisés, mais ne suffit pas à expliquer les phrases composées, qui elles, sont proprement taoïstes.
C’est également à cette période que se développe dans les cours royales et princières la Voie des magiciens et des immortels née dans les pays de Qi et de Yan. En s’entourant de spécialistes (fangshi) de rituels, magie et alchimie, les souverains espèrent s’assurer le succès et échapper à la mort. La mer Jaune baignant les rivages de ces deux États du Shandong et du Hebei n'abrite-t-elle pas trois îles où poussent des herbes prolongeant la vie ? Le premier empereur Qin et plus tard Wudi des Han y enverront des expéditions infructueuses, mais la mythologie des immortels et les savoir-faire des magiciens garderont leur prestige et seront intégrés dans le taoïsme.
(-221~200) Empire, compilations, taoïsme ésotérique
-221, Qin Shi Huang unifie l’Empire. Il institue la bibliothèque impériale, afin de conserver l’édition officielle des classiques chinois, pour les retirer aux écoles et aux anciens royaumes. La sélection s’est accompagnée de persécutions sur les intellectuels, des livres ont été brûlés, surtout confucéens. Durant la dynastie Han, un travail bibliographique de quatre siècles établira les textes qui nous sont parvenus, en ajoutant parfois beaucoup aux originaux, comme cette citation tirée du Zhuang Zi, certainement postérieure.
Lorsque le monde sombra dans le désordre, saints et sages se cachèrent et le Dao fut divisé, chacun sous le Ciel en prit une parcelle pour se faire valoir. Il en est comme de l’ouïe, de la vue et de l’odorat, qui ont chacun leur usage mais ne communiquent pas : les cent écoles, dans le foisonnement de leurs techniques, en comptent toutes d’excellentes, utiles à tel ou tel moment, mais aucune n’embrasse la globalité.[5]
La période est tentée par un éclectisme qui concilierait toutes les sagesses héritées des Royaumes combattants. Yang Xiong (-53~-18-), l’ermite de la cour, illustre le génie de cette époque, par ses imitations originales des classiques. Son Fayan « paroles pour guider » le rattacherait au confucianisme puisqu’il reprend la forme du Lúnyǔ « les entretiens de Confucius » ; mais il s’inspire aussi du Yì Jīng pour le Taixuanjing « Livre du Mystère suprême » développant une combinatoire ternaire (Terre, Ciel, Homme) qui a eu peu de postérité.
Le courant Huanglao est aussi très caractéristique. En partie philosophie politique de parenté légiste, en partie religion divinisant le mythique Empereur Jaune Huang di et le sage Lao Zi, les empereurs des Han occidentaux Wendi et Jingdi y cherchèrent une philosophie totale, à la fois cosmique et politique, justifiant l'existence de l'empire et réglant leur action[6]. Cette construction confuse, concurrencée dès Wudi par le confucianisme, contribua à la constitution du terreau taoïste.
Dernière édition par topa le Jeu 5 Fév 2009 - 21:35, édité 1 fois

Chers nouveaux, merci de bien lire le règlement et de faire attention à l'orthographe. Merci aussi de comprendre que modos et admins ne peuvent pas répondre à des MP d'entraide et que le partage se passe sur le forum.
Que la Lumière soit avec vous.
Que la Lumière soit avec vous.
Re: Le Taoïsme
(200~400) Taocratie des Maîtres célestes
En 184, les frères Zhang mènent la révolte des Turbans Jaunes au nom de la « Voie de la Grande paix » (Taiping dao 太平道). La dynastie Han (184) a vacillé, annonçant une période de troubles, contemporaine des grandes migrations barbares. Dans une autre partie de la Chine, l’établissement parallèle d’une église des cinq boisseaux manifeste de même une expression collective et organisée du taoïsme. Les généalogies et les influences sont complexes et disputées, ces traditions se poursuivent encore aujourd’hui. On osera cependant désigner ces phénomènes religieux populaires sous un même terme : les Maîtres célestes[7].
La mobilisation des foules s’effectue autour d'un millénarisme annonçant le retour prochain d’un âge d'or de morale et de religion. L’empire s’effritant, le mythe actif d’un royaume à venir, nourri par les diverses traditions locales (huanglao, fangxian, religions non Han etc..) et bientôt le bouddhisme, stimule de nouveau la réflexion des élites.
Les IIIe et IVe siècles permirent un renouveau intellectuel[8] dans les classes aristocratiques, par la pratique de la « causerie pure » qingtan [9] sur le Xuanxue « étude du mystère » (autrement appelé néo-taoïsme). Il s’en dégage plus d’auteurs originaux que sous l’Empire : Wang Bi (226~249), Guo Xiang (252?~312), Xi Kang (223~263).
Poursuivant des pratiques de la cour Han, l'alchimie est développée par les recherches individuelles d’un Ge Xuan (164?~244?) ou d'un Ge Hong (280~340), et la naissance avec Ge Chaofu (fin du IVe siècle) d’une « école du joyau magique » Lingbao pai. Ce courant absorbe des influences maîtres célestes et prend de l’importance en devenant ritualiste.
Depuis les Trois Royaumes, le pays est divisé, notamment entre le Nord et le Sud. Dans le Nord, Kou Qianzhi (365-448) tente de structurer les maîtres célestes - devenus une nébuleuse de groupes indépendants aux activités parfois suspectes - en un mouvement cohérent et hiérarchisé intégrant la morale confucéenne et le monachisme bouddhiste. Au début du IVe siècle, les invasions déplacent la cour des Jin et une partie des maîtres célestes vers la vallée du Yangzi Jiang où Lu Xiujing (406~477) sera leur réformateur. Ce déplacement du centre culturel a un effet durable dont témoigne le développement du Shangqing.
Cette période est un âge de grande fécondité pour le taoïsme[10] durant laquelle on peut observer ses expressions dans toute leur variété ; dans cet article, elle sert de repère pour la description des pratiques.
(400~1800) Les trois enseignements
L’assimilation du bouddhisme est un phénomène majeur dans l’histoire des idées chinoises. Sa présence commence au Ier siècle mais les idées indiennes sont faussement assimilées à une forme de taoïsme jusqu’au Ve siècle. Bodhidharma, le fondateur symbolique du bouddhisme Chan est un repère acceptable de la transition, mais son génie oral supposé laisse moins de traces dans les textes que par exemple Kumârajîva (344~413?), un missionnaire koutchéen ayant su traduire le message original sanskrit en chinois, ou bien Xuanzang (602 - 664), un chinois qui fit le chemin inverse en rapportant d’Inde les sûtra d’une religion déclinante dans sa terre d’origine. L'ère des trois enseignements (sanjiao 三教)[11] confucianisme, bouddhisme et taoïsme débute ; ils s'influencent mutuellement et il devient encore plus difficile de dégager une innovation qui serait spécifiquement taoïste.
Le syncrétisme permet aux trois enseignements de cohabiter, d’échanger, et aussi d’éviter la plupart du temps les guerres de religion, transformées en luttes d’influence auprès de l’empereur. Le pouvoir attend soutien des trois et officialise à tour de rôle l’un ou l'autre en tentant de le façonner selon ses besoins, provoquant une alliance objective des deux autres. Ainsi l’empereur Wu des Liang du Sud (502-549) prend pour modèle le grand souverain bouddhiste Ashoka (-273~-232). Après la réunification, un patriarche taoïste du Shangqing « Pureté suprême », assure à Gaozu (566~635) qu’il a reçu le mandat céleste en tant que descendant le Laozi car ils ont le même nom de famille, Li (李). Gaozu fonde la dynastie Tang (618), ajoute le Dao De Jing au programme des examens, fait compiler un canon taoïste officiel et ouvre des écoles dans tout l’empire pour l’enseigner. En 845, selon une inspiration confucéenne, l’empereur Tang Wuzong s’illustre par une persécution contre toutes les religions contemplatives et prônant le célibat, menaces pour l'économie, qui vise le taoïsme et le bouddhisme - et affecte même une présence marginale du christianisme nestorien et du manichéisme.
Par la suite, les courants se regroupent et deux Écoles dominent le paysage à partir des dynasties Jin et Yuan (XIIe et XIIIe siècles) : la Puissante alliance de l’Unité orthodoxe, Zhengyi Mengwei , et l’École de la Complétude de l’Authentique, Quanzhen. La première est une fédération d’écoles centrées sur les rituels et talismans présidée par les Maîtres Célestes, la seconde résulte de la fusion de deux courants alchimiques - ou ascétiques, car l'alchimie « interne » est en passe de remplacer l'alchimie « externe ». Nés à la fin des Song, il s'agit de l’école du Nord fondée dans le Shaanxi par l’excentrique Wang Chongyang sur les bases de la tradition alchimique interne dite « Zhonglü » (du nom des deux patriarches immortels Zhongli Quan et Lü Dongbin), du bouddhisme chan et de la bienveillance confucéenne, et de l’école du Sud de Zhang Boduan fondée dans le Sichuan et très active au sud du Yangzi Jiang. Il existe donc aujourd’hui deux courants, Zhengyi plutôt ritualiste et séculier, Quanzhen plutôt ascétique, centré autour de communautés de type bouddhique.
(1800~1949) Chine moderne
Les ennuis du taoïsme avec les autorités commencèrent bien avant l’avènement de la République populaire de Chine. À partir de la seconde moitié des Ming, son image s’est graduellement dégradée auprès des intellectuels et hauts fonctionnaires du fait de son lien avec la religion populaire. Que les écoles taoïstes aient été de tout temps des structures idéales pour le développement des mouvements d’opposition ne joua pas non plus en sa faveur. Liang Qichao (1873-1929), avocat du renouveau social de la Chine, écrivit même qu’il était « humiliant » d’avoir à inclure le taoïsme dans l’histoire religieuse chinoise, « car le pays n’en a jamais tiré aucun avantage ».
Le Mouvement du 4 mai (1919) déclencha une accentuation de la répression. En 1920 une loi, peu appliquée il est vrai, interdit les temples dédiés aux divinités des éléments et des phénomènes naturels, ainsi que l’usage des talismans et autres protections magiques. Seuls les temples consacrés à des personnages illustres et exemplaires furent autorisés.
En 184, les frères Zhang mènent la révolte des Turbans Jaunes au nom de la « Voie de la Grande paix » (Taiping dao 太平道). La dynastie Han (184) a vacillé, annonçant une période de troubles, contemporaine des grandes migrations barbares. Dans une autre partie de la Chine, l’établissement parallèle d’une église des cinq boisseaux manifeste de même une expression collective et organisée du taoïsme. Les généalogies et les influences sont complexes et disputées, ces traditions se poursuivent encore aujourd’hui. On osera cependant désigner ces phénomènes religieux populaires sous un même terme : les Maîtres célestes[7].
La mobilisation des foules s’effectue autour d'un millénarisme annonçant le retour prochain d’un âge d'or de morale et de religion. L’empire s’effritant, le mythe actif d’un royaume à venir, nourri par les diverses traditions locales (huanglao, fangxian, religions non Han etc..) et bientôt le bouddhisme, stimule de nouveau la réflexion des élites.
Les IIIe et IVe siècles permirent un renouveau intellectuel[8] dans les classes aristocratiques, par la pratique de la « causerie pure » qingtan [9] sur le Xuanxue « étude du mystère » (autrement appelé néo-taoïsme). Il s’en dégage plus d’auteurs originaux que sous l’Empire : Wang Bi (226~249), Guo Xiang (252?~312), Xi Kang (223~263).
Poursuivant des pratiques de la cour Han, l'alchimie est développée par les recherches individuelles d’un Ge Xuan (164?~244?) ou d'un Ge Hong (280~340), et la naissance avec Ge Chaofu (fin du IVe siècle) d’une « école du joyau magique » Lingbao pai. Ce courant absorbe des influences maîtres célestes et prend de l’importance en devenant ritualiste.
Depuis les Trois Royaumes, le pays est divisé, notamment entre le Nord et le Sud. Dans le Nord, Kou Qianzhi (365-448) tente de structurer les maîtres célestes - devenus une nébuleuse de groupes indépendants aux activités parfois suspectes - en un mouvement cohérent et hiérarchisé intégrant la morale confucéenne et le monachisme bouddhiste. Au début du IVe siècle, les invasions déplacent la cour des Jin et une partie des maîtres célestes vers la vallée du Yangzi Jiang où Lu Xiujing (406~477) sera leur réformateur. Ce déplacement du centre culturel a un effet durable dont témoigne le développement du Shangqing.
Cette période est un âge de grande fécondité pour le taoïsme[10] durant laquelle on peut observer ses expressions dans toute leur variété ; dans cet article, elle sert de repère pour la description des pratiques.
(400~1800) Les trois enseignements
L’assimilation du bouddhisme est un phénomène majeur dans l’histoire des idées chinoises. Sa présence commence au Ier siècle mais les idées indiennes sont faussement assimilées à une forme de taoïsme jusqu’au Ve siècle. Bodhidharma, le fondateur symbolique du bouddhisme Chan est un repère acceptable de la transition, mais son génie oral supposé laisse moins de traces dans les textes que par exemple Kumârajîva (344~413?), un missionnaire koutchéen ayant su traduire le message original sanskrit en chinois, ou bien Xuanzang (602 - 664), un chinois qui fit le chemin inverse en rapportant d’Inde les sûtra d’une religion déclinante dans sa terre d’origine. L'ère des trois enseignements (sanjiao 三教)[11] confucianisme, bouddhisme et taoïsme débute ; ils s'influencent mutuellement et il devient encore plus difficile de dégager une innovation qui serait spécifiquement taoïste.
Le syncrétisme permet aux trois enseignements de cohabiter, d’échanger, et aussi d’éviter la plupart du temps les guerres de religion, transformées en luttes d’influence auprès de l’empereur. Le pouvoir attend soutien des trois et officialise à tour de rôle l’un ou l'autre en tentant de le façonner selon ses besoins, provoquant une alliance objective des deux autres. Ainsi l’empereur Wu des Liang du Sud (502-549) prend pour modèle le grand souverain bouddhiste Ashoka (-273~-232). Après la réunification, un patriarche taoïste du Shangqing « Pureté suprême », assure à Gaozu (566~635) qu’il a reçu le mandat céleste en tant que descendant le Laozi car ils ont le même nom de famille, Li (李). Gaozu fonde la dynastie Tang (618), ajoute le Dao De Jing au programme des examens, fait compiler un canon taoïste officiel et ouvre des écoles dans tout l’empire pour l’enseigner. En 845, selon une inspiration confucéenne, l’empereur Tang Wuzong s’illustre par une persécution contre toutes les religions contemplatives et prônant le célibat, menaces pour l'économie, qui vise le taoïsme et le bouddhisme - et affecte même une présence marginale du christianisme nestorien et du manichéisme.
Par la suite, les courants se regroupent et deux Écoles dominent le paysage à partir des dynasties Jin et Yuan (XIIe et XIIIe siècles) : la Puissante alliance de l’Unité orthodoxe, Zhengyi Mengwei , et l’École de la Complétude de l’Authentique, Quanzhen. La première est une fédération d’écoles centrées sur les rituels et talismans présidée par les Maîtres Célestes, la seconde résulte de la fusion de deux courants alchimiques - ou ascétiques, car l'alchimie « interne » est en passe de remplacer l'alchimie « externe ». Nés à la fin des Song, il s'agit de l’école du Nord fondée dans le Shaanxi par l’excentrique Wang Chongyang sur les bases de la tradition alchimique interne dite « Zhonglü » (du nom des deux patriarches immortels Zhongli Quan et Lü Dongbin), du bouddhisme chan et de la bienveillance confucéenne, et de l’école du Sud de Zhang Boduan fondée dans le Sichuan et très active au sud du Yangzi Jiang. Il existe donc aujourd’hui deux courants, Zhengyi plutôt ritualiste et séculier, Quanzhen plutôt ascétique, centré autour de communautés de type bouddhique.
(1800~1949) Chine moderne
Les ennuis du taoïsme avec les autorités commencèrent bien avant l’avènement de la République populaire de Chine. À partir de la seconde moitié des Ming, son image s’est graduellement dégradée auprès des intellectuels et hauts fonctionnaires du fait de son lien avec la religion populaire. Que les écoles taoïstes aient été de tout temps des structures idéales pour le développement des mouvements d’opposition ne joua pas non plus en sa faveur. Liang Qichao (1873-1929), avocat du renouveau social de la Chine, écrivit même qu’il était « humiliant » d’avoir à inclure le taoïsme dans l’histoire religieuse chinoise, « car le pays n’en a jamais tiré aucun avantage ».
Le Mouvement du 4 mai (1919) déclencha une accentuation de la répression. En 1920 une loi, peu appliquée il est vrai, interdit les temples dédiés aux divinités des éléments et des phénomènes naturels, ainsi que l’usage des talismans et autres protections magiques. Seuls les temples consacrés à des personnages illustres et exemplaires furent autorisés.

Chers nouveaux, merci de bien lire le règlement et de faire attention à l'orthographe. Merci aussi de comprendre que modos et admins ne peuvent pas répondre à des MP d'entraide et que le partage se passe sur le forum.
Que la Lumière soit avec vous.
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Re: Le Taoïsme
(1949~1976) Révolution et persécutions
Les moines du mont Wudang recueillirent la troisième armée rouge et beaucoup de taoïstes firent preuve de patriotisme pendant l’invasion japonaise, mais ils ne furent pas épargnés par les communistes pour autant. Le monastère principal de l’école Zhengyi sur le mont Longhu au Jiangxi fut incendié en 1948, et son patriarche se réfugia à Taïwan en 1950. La politique générale vis à vis des religions s’appliqua à partir de 1949 au taoïsme et à la religion populaire : pas de suppression totale, mais interdiction des nouvelles ordinations, répression de toutes les activités qualifiées de superstitieuses (talismans, divinations..) et anti-marxistes (écoles hiérarchisées, temples et fêtes de clan…) et confiscation de locaux. Certaines sectes furent déclarées illégales et passèrent dans la clandestinité. Parfois obligées de recourir à des voies illégales pour recueillir des fonds, certains de leurs membres se virent associés à des scandales, ce qui n’arrangea rien. En 1956, de précieuses statues de bronze du mont Wudang furent fondues.
Dans le cadre du Mouvement pour les trois autonomies destiné à mettre fin à la dépendance financière, idéologique et administrative des religions de Chine vis à vis d’institutions étrangères, fut fondée en 1957 l’Association taoïste chinoise. Le gouvernement espérait aussi à travers elle mieux contrôler l’ensemble très divisé des écoles. Il s’engagea en contrepartie à restaurer et entretenir les temples les plus célèbres. En 1961, les recherches, les publications et la formation de personnel reprirent sous l’impulsion du président, Chen Yingning, mais la Révolution culturelle interrompit vite toute activité pour le taoïsme comme pour les autres religions. En 1966 l’association fut dissoute, les temples fermés ou réquisitionnés, les moines et nonnes renvoyés. On déplora de nombreuses destructions, dont 10 000 rouleaux de textes sacrés au monastère Louguantai [12] au Shaanxi, près de la passe par laquelle Lao Zi partit, dit la légende, vers l’Ouest.
(1976~...) Après Mao
C’est en 1979 sous Deng Xiao-ping que reprit une certaine activité. L’Association taoïste, reconstituée en mai 1980, tint sa troisième séance au Baiyun Guan [13] ou Monastère des nuages blancs de Pékin, temple principal de l’école Quanzhen Dao, qui rouvrit en 1984 autant comme lieu touristique que religieux. Les associations locales furent reconstituées à partir de quelques anciens maîtres et de jeunes recrues complètement inexpérimentées.
Le premier centre de formation théologique ouvrit en 1984 au Baiyun Guan de Pékin, et les ordinations Quanzhen reprirent en 1989. En plus mauvais termes avec le gouvernement communiste, Zhengyi dut attendre 1992 pour voir les siennes reconnues et son monastère principal (Longhu) s’ouvrir, tout d’abord aux Chinois d’outre-mer des régions comme Taïwan où cette école est bien implantée. En 1994, on comptait environ 450 grands temples et monastères rouverts et restaurés, en partie avec des fonds donnés par les taoïstes d’outre-mer. Les moins grands fonctionnent il est vrai souvent plus comme des lieux touristiques où moines et nonnes accueillent les visiteurs que comme des centres d’étude et de pratique religieuse. Les pratiquants les plus déterminés se font ermites.
Les temples, moines ou maîtres taoïstes doivent obtenir une autorisation formelle d’exercice, nécessaire également pour les cérémonies publiques. Néanmoins, dans les régions rurales, de nombreux maîtres mariés et vivant au sein de la société, souvent dans la mouvance Zhengyi, plus difficiles à contrôler que les moines, exerceraient de façon “sauvage".
La première rencontre entre les clergés taïwanais et continental - première rencontre entre les sectes Quanzhen et Zhengyi de l’histoire du taoïsme - se déroula en septembre 1992 au temple de Louguantai. En novembre eut lieu la première visite officielle en Chine d’une délégation de l’Association générale des taoïstes de Taiwan.
Des recherches sur le taoïsme ont lieu dans les départements d’étude des religions de l’Académie des sciences sociales, en particulier à Pékin, Shanghai, au Sichuan et au Jiangsu. Des instituts de recherche sur la culture taoïste ont été fondés à Pékin (1989), Shanghai (1988) et Xi’an (1992). Le Taoïsme chinois [14], organe de l’Association, publie des études. De 1986 à 1993 on a réimprimé L’Essentiel des écritures taoïstes [15], extrait de treize mille textes gravés sur bois de la dynastie Qing.
Les moines du mont Wudang recueillirent la troisième armée rouge et beaucoup de taoïstes firent preuve de patriotisme pendant l’invasion japonaise, mais ils ne furent pas épargnés par les communistes pour autant. Le monastère principal de l’école Zhengyi sur le mont Longhu au Jiangxi fut incendié en 1948, et son patriarche se réfugia à Taïwan en 1950. La politique générale vis à vis des religions s’appliqua à partir de 1949 au taoïsme et à la religion populaire : pas de suppression totale, mais interdiction des nouvelles ordinations, répression de toutes les activités qualifiées de superstitieuses (talismans, divinations..) et anti-marxistes (écoles hiérarchisées, temples et fêtes de clan…) et confiscation de locaux. Certaines sectes furent déclarées illégales et passèrent dans la clandestinité. Parfois obligées de recourir à des voies illégales pour recueillir des fonds, certains de leurs membres se virent associés à des scandales, ce qui n’arrangea rien. En 1956, de précieuses statues de bronze du mont Wudang furent fondues.
Dans le cadre du Mouvement pour les trois autonomies destiné à mettre fin à la dépendance financière, idéologique et administrative des religions de Chine vis à vis d’institutions étrangères, fut fondée en 1957 l’Association taoïste chinoise. Le gouvernement espérait aussi à travers elle mieux contrôler l’ensemble très divisé des écoles. Il s’engagea en contrepartie à restaurer et entretenir les temples les plus célèbres. En 1961, les recherches, les publications et la formation de personnel reprirent sous l’impulsion du président, Chen Yingning, mais la Révolution culturelle interrompit vite toute activité pour le taoïsme comme pour les autres religions. En 1966 l’association fut dissoute, les temples fermés ou réquisitionnés, les moines et nonnes renvoyés. On déplora de nombreuses destructions, dont 10 000 rouleaux de textes sacrés au monastère Louguantai [12] au Shaanxi, près de la passe par laquelle Lao Zi partit, dit la légende, vers l’Ouest.
(1976~...) Après Mao
C’est en 1979 sous Deng Xiao-ping que reprit une certaine activité. L’Association taoïste, reconstituée en mai 1980, tint sa troisième séance au Baiyun Guan [13] ou Monastère des nuages blancs de Pékin, temple principal de l’école Quanzhen Dao, qui rouvrit en 1984 autant comme lieu touristique que religieux. Les associations locales furent reconstituées à partir de quelques anciens maîtres et de jeunes recrues complètement inexpérimentées.
Le premier centre de formation théologique ouvrit en 1984 au Baiyun Guan de Pékin, et les ordinations Quanzhen reprirent en 1989. En plus mauvais termes avec le gouvernement communiste, Zhengyi dut attendre 1992 pour voir les siennes reconnues et son monastère principal (Longhu) s’ouvrir, tout d’abord aux Chinois d’outre-mer des régions comme Taïwan où cette école est bien implantée. En 1994, on comptait environ 450 grands temples et monastères rouverts et restaurés, en partie avec des fonds donnés par les taoïstes d’outre-mer. Les moins grands fonctionnent il est vrai souvent plus comme des lieux touristiques où moines et nonnes accueillent les visiteurs que comme des centres d’étude et de pratique religieuse. Les pratiquants les plus déterminés se font ermites.
Les temples, moines ou maîtres taoïstes doivent obtenir une autorisation formelle d’exercice, nécessaire également pour les cérémonies publiques. Néanmoins, dans les régions rurales, de nombreux maîtres mariés et vivant au sein de la société, souvent dans la mouvance Zhengyi, plus difficiles à contrôler que les moines, exerceraient de façon “sauvage".
La première rencontre entre les clergés taïwanais et continental - première rencontre entre les sectes Quanzhen et Zhengyi de l’histoire du taoïsme - se déroula en septembre 1992 au temple de Louguantai. En novembre eut lieu la première visite officielle en Chine d’une délégation de l’Association générale des taoïstes de Taiwan.
Des recherches sur le taoïsme ont lieu dans les départements d’étude des religions de l’Académie des sciences sociales, en particulier à Pékin, Shanghai, au Sichuan et au Jiangsu. Des instituts de recherche sur la culture taoïste ont été fondés à Pékin (1989), Shanghai (1988) et Xi’an (1992). Le Taoïsme chinois [14], organe de l’Association, publie des études. De 1986 à 1993 on a réimprimé L’Essentiel des écritures taoïstes [15], extrait de treize mille textes gravés sur bois de la dynastie Qing.

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Que la Lumière soit avec vous.
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Re: Le Taoïsme
Conceptions : Principaux traits
Avant le bouddhisme, et surtout à partir des Han, le taoïsme s’est défini par rapport à son rival, le confucianisme. Cependant, ces deux courants de pensée partagent l’héritage du fond culturel chinois, qui est beaucoup plus important que ce qui les sépare, et sont ainsi plus complémentaires qu’antagonistes. Les lettrés chinois les ont le plus souvent perçus comme deux moyens différents d’arriver au même but : la sagesse pour soi et la société. Chacun est efficace dans son domaine, et on peut très bien, comme le dit l’adage, être « confucianiste le jour et taoïste la nuit ».
Deux textes essentiels
Les références les plus sûres sont constituées par le « Canon taoïste », traditionnellement trois livres écrits vers le IVe siècle av. J.-C. et compilés sous les Han : le Dao De Jing, le Zhuangzi et le Lie Zi. Avec la critique moderne on écartera ce dernier, ou Vrai Classique du vide parfait, car cette compilation plus tardive apporte peu aux deux autres.
* Le Dao De Jing (ou Tao Te Ching, Livre de la Voie et de sa Vertu) est un court recueil d’aphorismes obscurs et poétiques attribué au père fondateur et même divinisé du taoïsme : Laozi (Lao-tseu). Les taoïstes n’ont pas cessé de le lire, en l’interprétant très diversement selon les siècles. Pour plusieurs courants, il fut au centre de cérémonies, pas exactement comme livre sacré, mais plutôt comme texte de prière. D’autres cultures le découvrent, sa traduction est une gageure dans toutes les langues, y chercher un sens inspire beaucoup d’auteurs. La divergence des interprétations illustre la richesse fluide et féconde du tao ; un texte majeur de l’humanité.
* Le Zhuangzi (Tchouang-tseu), du nom de son auteur, est un recueil de fables dialoguées, vivantes et d’enseignement profond. La forme en apparence plus directe, plaisante et pleine d’humour, traite au fond de thèmes philosophiques rigoureusement sentis. Des générations de mandarins y ont trouvé une consolation des soucis de leur charge dans la figure d’un saint sans ambition, dégagé des contraintes sociales. Des modernes y cherchent au cœur du caractère ou dans le rythme d’une histoire, une sagesse chinoise toujours actuelle.
Ces textes permettent de dégager quelques thèmes taoïstes, mais on préviendra que pour l’histoire des idées chinoises, ce sont des lieux aussi communs que raison ou culture pour la philosophie occidentale. Les contemporains de Laozi et Zhuangzi les employaient aussi, quoique interprétés différemment et sans la même importance. La compréhension que nous en avons désormais, dépends largement des siècles d’interprétation qui suivirent, notamment dans le néo-confucianisme de la dynastie Song (Xe et XIe siècle). Autrement dit, il faut commencer par là, mais éviter d’en déduire des catégories trop strictes entre ce qui serait taoïste, et ce qui ne le serait pas.
Suivre la Voie
La recherche de la sagesse en Chine se fonde principalement sur l’harmonie. L’harmonie, pour les taoïstes, se trouve en plaçant son cœur (et son esprit, le caractère chinois du cœur désigne les deux entités) dans la Voie (le Tao), c’est-à-dire dans la même voie que la nature. En retournant à l’authenticité primordiale et naturelle, en imitant la passivité féconde de la nature qui produit spontanément les « dix mille êtres », l’homme peut se libérer des contraintes et son esprit peut « chevaucher les nuages ». Prônant une sorte de quiétisme naturaliste (Granet), le taoïsme est un idéal d’insouciance, de spontanéité, de liberté individuelle, de refus des rigueurs de la vie sociale et de communion extatique avec les forces cosmiques. Ce taoïsme des grandes chevauchées mystiques a servi de refuge aux lettrés marginaux, ou marginalisés par un bannissement aux marches de l’Empire, aux poètes oubliés, aux peintres reclus... et fascine aujourd’hui bien des Occidentaux.
Pour se libérer des contraintes sociales, le taoïste peut fuir la ville et se retirer dans les montagnes, ou vivre en paysan. Dans les Entretiens de Confucius, on trouve déjà cette opposition entre d’une part ceux qui assument la vie en société et cherchent à l’améliorer (les confucianistes) et, d’autre part, ceux qui considèrent qu’il est impossible et dangereux d’améliorer la société, qui n’est qu’un cadre artificiel empêchant le naturel de s’exprimer (les taoïstes), une dialectique peut-être analogue à la question de l'engagement de l’intellectuel. Zhuangzi a des images frappantes : un arbre tordu, dont le menuisier ne peut faire de planches, vivra de sa belle vie au bord du chemin, tandis qu’un arbre bien droit sera coupé en planches puis vendu par le bûcheron. L’inutilité est garante de sérénité, de longue vie. De même l’occupant d’une barque se fera insulter copieusement s’il vient gêner un gros bateau, mais, si la barque est vide, le gros bateau s’arrangera simplement pour l’éviter. Il convient donc d’être inutile, vide, sans qualités, transparent, de « vomir son intelligence », de n’avoir pas d’idées préconçues et le moins d’opinions possible. Ayant fait le vide en soi, le sage est entièrement disponible et se laisse emporter comme une feuille morte dans le courant de la vie, c’est-à-dire : librement « s’ébattre dans la Voie ».
Avant le bouddhisme, et surtout à partir des Han, le taoïsme s’est défini par rapport à son rival, le confucianisme. Cependant, ces deux courants de pensée partagent l’héritage du fond culturel chinois, qui est beaucoup plus important que ce qui les sépare, et sont ainsi plus complémentaires qu’antagonistes. Les lettrés chinois les ont le plus souvent perçus comme deux moyens différents d’arriver au même but : la sagesse pour soi et la société. Chacun est efficace dans son domaine, et on peut très bien, comme le dit l’adage, être « confucianiste le jour et taoïste la nuit ».
Deux textes essentiels
Les références les plus sûres sont constituées par le « Canon taoïste », traditionnellement trois livres écrits vers le IVe siècle av. J.-C. et compilés sous les Han : le Dao De Jing, le Zhuangzi et le Lie Zi. Avec la critique moderne on écartera ce dernier, ou Vrai Classique du vide parfait, car cette compilation plus tardive apporte peu aux deux autres.
* Le Dao De Jing (ou Tao Te Ching, Livre de la Voie et de sa Vertu) est un court recueil d’aphorismes obscurs et poétiques attribué au père fondateur et même divinisé du taoïsme : Laozi (Lao-tseu). Les taoïstes n’ont pas cessé de le lire, en l’interprétant très diversement selon les siècles. Pour plusieurs courants, il fut au centre de cérémonies, pas exactement comme livre sacré, mais plutôt comme texte de prière. D’autres cultures le découvrent, sa traduction est une gageure dans toutes les langues, y chercher un sens inspire beaucoup d’auteurs. La divergence des interprétations illustre la richesse fluide et féconde du tao ; un texte majeur de l’humanité.
* Le Zhuangzi (Tchouang-tseu), du nom de son auteur, est un recueil de fables dialoguées, vivantes et d’enseignement profond. La forme en apparence plus directe, plaisante et pleine d’humour, traite au fond de thèmes philosophiques rigoureusement sentis. Des générations de mandarins y ont trouvé une consolation des soucis de leur charge dans la figure d’un saint sans ambition, dégagé des contraintes sociales. Des modernes y cherchent au cœur du caractère ou dans le rythme d’une histoire, une sagesse chinoise toujours actuelle.
Ces textes permettent de dégager quelques thèmes taoïstes, mais on préviendra que pour l’histoire des idées chinoises, ce sont des lieux aussi communs que raison ou culture pour la philosophie occidentale. Les contemporains de Laozi et Zhuangzi les employaient aussi, quoique interprétés différemment et sans la même importance. La compréhension que nous en avons désormais, dépends largement des siècles d’interprétation qui suivirent, notamment dans le néo-confucianisme de la dynastie Song (Xe et XIe siècle). Autrement dit, il faut commencer par là, mais éviter d’en déduire des catégories trop strictes entre ce qui serait taoïste, et ce qui ne le serait pas.
Suivre la Voie
La recherche de la sagesse en Chine se fonde principalement sur l’harmonie. L’harmonie, pour les taoïstes, se trouve en plaçant son cœur (et son esprit, le caractère chinois du cœur désigne les deux entités) dans la Voie (le Tao), c’est-à-dire dans la même voie que la nature. En retournant à l’authenticité primordiale et naturelle, en imitant la passivité féconde de la nature qui produit spontanément les « dix mille êtres », l’homme peut se libérer des contraintes et son esprit peut « chevaucher les nuages ». Prônant une sorte de quiétisme naturaliste (Granet), le taoïsme est un idéal d’insouciance, de spontanéité, de liberté individuelle, de refus des rigueurs de la vie sociale et de communion extatique avec les forces cosmiques. Ce taoïsme des grandes chevauchées mystiques a servi de refuge aux lettrés marginaux, ou marginalisés par un bannissement aux marches de l’Empire, aux poètes oubliés, aux peintres reclus... et fascine aujourd’hui bien des Occidentaux.
Pour se libérer des contraintes sociales, le taoïste peut fuir la ville et se retirer dans les montagnes, ou vivre en paysan. Dans les Entretiens de Confucius, on trouve déjà cette opposition entre d’une part ceux qui assument la vie en société et cherchent à l’améliorer (les confucianistes) et, d’autre part, ceux qui considèrent qu’il est impossible et dangereux d’améliorer la société, qui n’est qu’un cadre artificiel empêchant le naturel de s’exprimer (les taoïstes), une dialectique peut-être analogue à la question de l'engagement de l’intellectuel. Zhuangzi a des images frappantes : un arbre tordu, dont le menuisier ne peut faire de planches, vivra de sa belle vie au bord du chemin, tandis qu’un arbre bien droit sera coupé en planches puis vendu par le bûcheron. L’inutilité est garante de sérénité, de longue vie. De même l’occupant d’une barque se fera insulter copieusement s’il vient gêner un gros bateau, mais, si la barque est vide, le gros bateau s’arrangera simplement pour l’éviter. Il convient donc d’être inutile, vide, sans qualités, transparent, de « vomir son intelligence », de n’avoir pas d’idées préconçues et le moins d’opinions possible. Ayant fait le vide en soi, le sage est entièrement disponible et se laisse emporter comme une feuille morte dans le courant de la vie, c’est-à-dire : librement « s’ébattre dans la Voie ».

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Re: Le Taoïsme
Plénitude du vide et autres paradoxes
La plénitude du vide pourrait passer pour un paradoxe purement formel, un pur jeu de mots. Le chapitre 11 du Dao De Jing fournit des analogies plus éclairantes : la roue tourne par le vide du moyeu, la jarre contient d’autant plus qu’elle est creuse, sans les trous des portes et fenêtres, à quoi sert une maison ? La page se conclut par une formule que l’on peut traduire : « du plein, le moyen ; du vide, l’effet ». Cette interprétation volontairement abstraite trouve une application universelle, par exemple, la stratégie militaire. L’Art de la guerre de Sunzi a un chapitre « du plein et du vide » où il explique très concrètement comment un général doit disposer du lieu de bataille (le plein) comme un potentiel (les moyens), de passes ou d’entrées (des vides) où il attire l’adversaire de son plein gré pour le battre avec le moindre effort (l’effet). La fable du coq de combat de Zhuangzi (19) qui vaincra sans combat est une autre illustration de la vertu supposée du vide intérieur[16].
L’inutilité sociale, l’absence de qualités effectives qui est présence en puissance de toutes les qualités possibles, la vacuité d’un cœur libéré de tout souci mondain, sont les aspirations les plus courantes de la voie taoïste. On peut se retirer du monde pour s’en approcher, mais ce n’est ni nécessaire ni suffisant. Pour réaliser cette libération, pour « trouver la Voie », un des moyens possible est l’utilisation des paradoxes. Il y en a beaucoup dans le Dao De Jing : c’est sans sortir de chez soi qu’on connaît le monde, c’est en ne sachant pas qu’on sait, c’est quand on agit le moins que son action est la plus efficace, la faiblesse est plus forte que la force, la stupidité marque l’intelligence suprême, ou la civilisation est une décadence. Le but de ces paradoxes semble d'abord de briser la pensée conventionnelle, de rompre les chaînes logiques et casser le sens des mots, comme le cultivera plus tard le bouddhisme Chan. C’est aussi une arme polémique contre les doctrines qui s’instituent, par exemple le confucianisme. Mais il y a certainement aussi, comme pour le paradoxe du vide, une manière de pratiquer ces paradoxes qui apporte une efficacité, justifiant l'intérêt encore porté à ce texte. Son secret semble un mystère vivant, pas une mécanique vide.
Non-agir
Le Dao De Jing est aussi un manuel de politique magico-mystique. Si on « non-agit » la nature et ses dix mille êtres, ils croissent et se multiplient. Si on ne cherche pas à gouverner les hommes, ils s’auto-organisent spontanément de la meilleure façon possible. Cette idée qui peut sembler libertaire doit être remise en contexte. D’un côté, elle se fonde sur l’antique croyance chamanique d’une action efficace du Prince par le jeu des correspondances entre les microcosmes et le macrocosme. Ainsi le simple fait pour celui qui dispose du Mandat du Ciel de décrire dans sa maison la suite des saisons en déménageant régulièrement d’une salle à l’autre, assure que la pluie viendra à son heure féconder les champs, que l’hiver durera le temps voulu, etc. L’inaction apparente n’empêche pas l’action effective. Si la circulation saisonnière dans sa maison assure la bonne marche de l’empire, c’est parce qu’il y a « résonance » et effet d’entraînement — ou d’engrenage — entre la maison du Prince et son empire. C’est-à-dire que la maison du Prince est conçue comme une représentation homothétique du monde. D’ailleurs, les éclipses, famines ou inondations sont interprétées aussitôt comme un dérèglement des mœurs dans la maison du Prince. D’autre part, cette idée d’une inaction efficace a pu être prônée par des penseurs plus rationnels, quand ils souhaitaient contenir les caprices des princes et limiter leurs dégâts sur le peuple.
Le « non-agir » ou wu-wei, au sein de l’individu, a une grande portée et le taoïsme s’attache à cultiver l’efficacité particulière qui découle de l’absence d’intentions. L’activité de certains artisans est minutieusement décrite par Zhuang Zi. Il montre un boucher ou un charron qui ont acquis la plus grande maîtrise de leur art après des années d’apprentissage, mais surtout, ils peuvent oublier les règles et la matière qu’ils travaillent, conduits par le Tao. Ils laissent les gestes et leur corps opérer seul, sans intention consciente de la volonté. L’art le plus humble permet à tous d’atteindre un absolu. Le confucianisme préférait restaurer les hiérarchies : « Même subalternes, tous les arts et les places sont respectables. Mais à trop vouloir y chercher, on s’y enferme. L’honnête homme n’aura pas de métier. » Entretiens de Confucius 19:4 [17] On rencontre tous les jours des situations qui montrent que le vouloir peut interférer avec l’action du corps et produire des œuvres ratées. Une part d’« inconscience » est souvent nécessaire pour peindre, écrire, sculpter, chanter. Qui veut bien faire n’arrive au mieux qu’au médiocre. Pour un créateur, aspirer au Beau ne conduit souvent qu’à des œuvres qui sentent la sueur et la colle. Voilà un des paradoxes humains des plus fertiles décelés par le taoïsme, et tout l’art chinois, ainsi que sa critique, s’en ressentent.
Pratiques : la quête d’immortalité
La quête d’immortalité est un principe organisateur des multiples pratiques du taoïsme. Plusieurs millénaires, un continent, des clergés diversement organisés et parfois en conflit ; même appuyée sur des spécialistes (Maspero[18], Robinet[19]), cette simplification demande justification.
L’archéologie et les textes confirment les dépenses ruineuses du deuil, le culte des ancêtres, et la croyance aux esprits. Le panthéon des chinois a beaucoup varié, mais presque tous crurent que les morts continuaient une existence, que les vivants leur devaient des offrandes, pour espérer une vie meilleure. Confucius enseigna la sagesse de ne pas craindre les fantômes, de respecter les rites dans l’intention, sans pour autant y sacrifier sa fortune. « Le deuil doit porter jusqu’à l'affliction mais pas plus » [20], « Le Maître ne parlait jamais de l’étrange, ni des esprits » [21]. Le bouddhisme apporta la Saṃsāra (le cycle des renaissances) dont le nirvāna libère. Les premières traductions des textes bouddhistes sont justement révélatrices, car faute d’un vocabulaire adapté, elles empruntent des termes taoïstes[22]. La réincarnation est ignorée, mais le message du Bouddha est retenu, car il sauve de toute mort, donc d’abord de la première. Le nirvana est interprété comme l’immortalité, le bouddhisme est assimilé à un ensemble de recettes taoïstes : prescriptions alimentaires et morales, concentration et méditation. La force du clergé bouddhiste, l’unité de son message, l’afflux continu de missionnaires indiens aux sources de la doctrine a inversé le rapport d’assimilation ; le syncrétisme chinois a fini par fondre ce qu’il y aurait de spécifique au taoïsme. Afin cependant d’illustrer des pratiques religieuses spécifiquement taoïstes, on s’accordera avec les spécialistes [23] à se concentrer sur la période des six dynasties (200-400) entre les Han et les Tang, très prolifique en techniques de longévité.
Bien antérieur (IVe siècle av. J.-C.), le Dao De Jing et le Zhuang Zi partagent aussi cette quête, mais en lui donnant un cadre métaphysique[24]. Ces textes résultent d’une démarche expérimentale, non pas mesurable, ou observable, mais bien d’une expérience totale de l’individu : la mystique. À la manière des yoga sutra mais avec d’autres conclusions, ces maîtres ont confronté leurs sens à leur langue, découvrant sans influence des universaux spirituels, et la particularité des intuitions de leur culture. Ainsi les spéculations sur le Qi supposent techniquement un monisme vitaliste ou naturaliste qui ne distingue pas l’esprit de la matière. En conséquence l’individu n’est pas connu comme un dualisme d’une seule âme et d’un seul corps, mais de nombreux principes uniquement maintenus ensemble par la vie, que la mort sépare. Dès lors l’immortalité personnelle ne se fera pas sans le corps, qui en retient l’expérience et la mémoire, il entre dans la grande préoccupation taoïste : nourrir le principe vital.
L’objectif est clarifié, mais on est ensuite frappé par l’immense variété des prescriptions. Le confucianisme rappelait à l’esprit des anciens et se contenait au classique des rites. L’organisation des pratiques bouddhistes résista tant bien que mal à l’inventivité chinoise. Le taoïsme manifeste un génie religieux pléthorique si bien que la première tâche de l’adepte est de voyager à travers la Chine, pour trouver le maître qui convient à sa voie et à son avancement, en se gardant des imposteurs ou de pratiques trop dangereuses pour son grade. La critique moderne permet tout de même de classer des spécificités.
* Nourrir le corps : diététique, alchimie, respiration, gymnastiques, sexualité, médecine
* Nourrir l’esprit : morale, panthéon, exorcisme, divination, cérémonies
La plénitude du vide pourrait passer pour un paradoxe purement formel, un pur jeu de mots. Le chapitre 11 du Dao De Jing fournit des analogies plus éclairantes : la roue tourne par le vide du moyeu, la jarre contient d’autant plus qu’elle est creuse, sans les trous des portes et fenêtres, à quoi sert une maison ? La page se conclut par une formule que l’on peut traduire : « du plein, le moyen ; du vide, l’effet ». Cette interprétation volontairement abstraite trouve une application universelle, par exemple, la stratégie militaire. L’Art de la guerre de Sunzi a un chapitre « du plein et du vide » où il explique très concrètement comment un général doit disposer du lieu de bataille (le plein) comme un potentiel (les moyens), de passes ou d’entrées (des vides) où il attire l’adversaire de son plein gré pour le battre avec le moindre effort (l’effet). La fable du coq de combat de Zhuangzi (19) qui vaincra sans combat est une autre illustration de la vertu supposée du vide intérieur[16].
L’inutilité sociale, l’absence de qualités effectives qui est présence en puissance de toutes les qualités possibles, la vacuité d’un cœur libéré de tout souci mondain, sont les aspirations les plus courantes de la voie taoïste. On peut se retirer du monde pour s’en approcher, mais ce n’est ni nécessaire ni suffisant. Pour réaliser cette libération, pour « trouver la Voie », un des moyens possible est l’utilisation des paradoxes. Il y en a beaucoup dans le Dao De Jing : c’est sans sortir de chez soi qu’on connaît le monde, c’est en ne sachant pas qu’on sait, c’est quand on agit le moins que son action est la plus efficace, la faiblesse est plus forte que la force, la stupidité marque l’intelligence suprême, ou la civilisation est une décadence. Le but de ces paradoxes semble d'abord de briser la pensée conventionnelle, de rompre les chaînes logiques et casser le sens des mots, comme le cultivera plus tard le bouddhisme Chan. C’est aussi une arme polémique contre les doctrines qui s’instituent, par exemple le confucianisme. Mais il y a certainement aussi, comme pour le paradoxe du vide, une manière de pratiquer ces paradoxes qui apporte une efficacité, justifiant l'intérêt encore porté à ce texte. Son secret semble un mystère vivant, pas une mécanique vide.
Non-agir
Le Dao De Jing est aussi un manuel de politique magico-mystique. Si on « non-agit » la nature et ses dix mille êtres, ils croissent et se multiplient. Si on ne cherche pas à gouverner les hommes, ils s’auto-organisent spontanément de la meilleure façon possible. Cette idée qui peut sembler libertaire doit être remise en contexte. D’un côté, elle se fonde sur l’antique croyance chamanique d’une action efficace du Prince par le jeu des correspondances entre les microcosmes et le macrocosme. Ainsi le simple fait pour celui qui dispose du Mandat du Ciel de décrire dans sa maison la suite des saisons en déménageant régulièrement d’une salle à l’autre, assure que la pluie viendra à son heure féconder les champs, que l’hiver durera le temps voulu, etc. L’inaction apparente n’empêche pas l’action effective. Si la circulation saisonnière dans sa maison assure la bonne marche de l’empire, c’est parce qu’il y a « résonance » et effet d’entraînement — ou d’engrenage — entre la maison du Prince et son empire. C’est-à-dire que la maison du Prince est conçue comme une représentation homothétique du monde. D’ailleurs, les éclipses, famines ou inondations sont interprétées aussitôt comme un dérèglement des mœurs dans la maison du Prince. D’autre part, cette idée d’une inaction efficace a pu être prônée par des penseurs plus rationnels, quand ils souhaitaient contenir les caprices des princes et limiter leurs dégâts sur le peuple.
Le « non-agir » ou wu-wei, au sein de l’individu, a une grande portée et le taoïsme s’attache à cultiver l’efficacité particulière qui découle de l’absence d’intentions. L’activité de certains artisans est minutieusement décrite par Zhuang Zi. Il montre un boucher ou un charron qui ont acquis la plus grande maîtrise de leur art après des années d’apprentissage, mais surtout, ils peuvent oublier les règles et la matière qu’ils travaillent, conduits par le Tao. Ils laissent les gestes et leur corps opérer seul, sans intention consciente de la volonté. L’art le plus humble permet à tous d’atteindre un absolu. Le confucianisme préférait restaurer les hiérarchies : « Même subalternes, tous les arts et les places sont respectables. Mais à trop vouloir y chercher, on s’y enferme. L’honnête homme n’aura pas de métier. » Entretiens de Confucius 19:4 [17] On rencontre tous les jours des situations qui montrent que le vouloir peut interférer avec l’action du corps et produire des œuvres ratées. Une part d’« inconscience » est souvent nécessaire pour peindre, écrire, sculpter, chanter. Qui veut bien faire n’arrive au mieux qu’au médiocre. Pour un créateur, aspirer au Beau ne conduit souvent qu’à des œuvres qui sentent la sueur et la colle. Voilà un des paradoxes humains des plus fertiles décelés par le taoïsme, et tout l’art chinois, ainsi que sa critique, s’en ressentent.
Pratiques : la quête d’immortalité
La quête d’immortalité est un principe organisateur des multiples pratiques du taoïsme. Plusieurs millénaires, un continent, des clergés diversement organisés et parfois en conflit ; même appuyée sur des spécialistes (Maspero[18], Robinet[19]), cette simplification demande justification.
L’archéologie et les textes confirment les dépenses ruineuses du deuil, le culte des ancêtres, et la croyance aux esprits. Le panthéon des chinois a beaucoup varié, mais presque tous crurent que les morts continuaient une existence, que les vivants leur devaient des offrandes, pour espérer une vie meilleure. Confucius enseigna la sagesse de ne pas craindre les fantômes, de respecter les rites dans l’intention, sans pour autant y sacrifier sa fortune. « Le deuil doit porter jusqu’à l'affliction mais pas plus » [20], « Le Maître ne parlait jamais de l’étrange, ni des esprits » [21]. Le bouddhisme apporta la Saṃsāra (le cycle des renaissances) dont le nirvāna libère. Les premières traductions des textes bouddhistes sont justement révélatrices, car faute d’un vocabulaire adapté, elles empruntent des termes taoïstes[22]. La réincarnation est ignorée, mais le message du Bouddha est retenu, car il sauve de toute mort, donc d’abord de la première. Le nirvana est interprété comme l’immortalité, le bouddhisme est assimilé à un ensemble de recettes taoïstes : prescriptions alimentaires et morales, concentration et méditation. La force du clergé bouddhiste, l’unité de son message, l’afflux continu de missionnaires indiens aux sources de la doctrine a inversé le rapport d’assimilation ; le syncrétisme chinois a fini par fondre ce qu’il y aurait de spécifique au taoïsme. Afin cependant d’illustrer des pratiques religieuses spécifiquement taoïstes, on s’accordera avec les spécialistes [23] à se concentrer sur la période des six dynasties (200-400) entre les Han et les Tang, très prolifique en techniques de longévité.
Bien antérieur (IVe siècle av. J.-C.), le Dao De Jing et le Zhuang Zi partagent aussi cette quête, mais en lui donnant un cadre métaphysique[24]. Ces textes résultent d’une démarche expérimentale, non pas mesurable, ou observable, mais bien d’une expérience totale de l’individu : la mystique. À la manière des yoga sutra mais avec d’autres conclusions, ces maîtres ont confronté leurs sens à leur langue, découvrant sans influence des universaux spirituels, et la particularité des intuitions de leur culture. Ainsi les spéculations sur le Qi supposent techniquement un monisme vitaliste ou naturaliste qui ne distingue pas l’esprit de la matière. En conséquence l’individu n’est pas connu comme un dualisme d’une seule âme et d’un seul corps, mais de nombreux principes uniquement maintenus ensemble par la vie, que la mort sépare. Dès lors l’immortalité personnelle ne se fera pas sans le corps, qui en retient l’expérience et la mémoire, il entre dans la grande préoccupation taoïste : nourrir le principe vital.
L’objectif est clarifié, mais on est ensuite frappé par l’immense variété des prescriptions. Le confucianisme rappelait à l’esprit des anciens et se contenait au classique des rites. L’organisation des pratiques bouddhistes résista tant bien que mal à l’inventivité chinoise. Le taoïsme manifeste un génie religieux pléthorique si bien que la première tâche de l’adepte est de voyager à travers la Chine, pour trouver le maître qui convient à sa voie et à son avancement, en se gardant des imposteurs ou de pratiques trop dangereuses pour son grade. La critique moderne permet tout de même de classer des spécificités.
* Nourrir le corps : diététique, alchimie, respiration, gymnastiques, sexualité, médecine
* Nourrir l’esprit : morale, panthéon, exorcisme, divination, cérémonies

Chers nouveaux, merci de bien lire le règlement et de faire attention à l'orthographe. Merci aussi de comprendre que modos et admins ne peuvent pas répondre à des MP d'entraide et que le partage se passe sur le forum.
Que la Lumière soit avec vous.
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Re: Le Taoïsme
Nourrir le corps : la transmutation
La vie se nourrit avec du mort, l’adepte le constate aussi, et se demande surtout : comment devenir immortel en mangeant des choses qui vont mourir ? Des pratiques corporelles parfois nuisibles à la santé se déduisent de cette logique, transformer la chair en vie imputrescible. Par l’ascèse, l’adepte cherche à réveiller l’embryon qui résiderait dans son nombril. À cette force de croissance et de génération, il prête la vertu du serpent, de pouvoir muer. La dépouille actuelle est transitoire, une autre plus durable peut lui succéder, du moins si l’on se nourrit suffisamment bien : le principe vital.
Le régime alimentaire prescrit pour devenir bon taoïste est très sévère, il résulte d’un raisonnement. Pour devenir immortel, il faut se nourrir d’immortel. Outre des jeûnes rituels, les taoïstes voudraient se passer de tout aliment mortel, « Travaillez, non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui subsiste pour la vie éternelle » [26], sans pour autant se satisfaire d’une métaphore comme les nourritures spirituelles [27]. Les taoïstes espèrent spiritualiser la nourriture elle-même.
Ils commencent par écarter les mets fermentés, comme le fromage, qui rappelle trop la pourriture, puis la viande. L’adepte passe ensuite l’épreuve de se passer des céréales (la base alimentaire humaine) censées nourrir les trois vers, des démons qui mangent le corps au dedans et le font vieillir. Les textes ne cachent pas la difficulté et les maux passagers que l’on traverse.
Un tel régime aurait dû décimer les adeptes, où trouvaient-ils alors leurs calories ? On rapporte de nombreuses décoctions et drogues devant pallier les carences les plus évidentes, et il y avait l’alcool. Le vin et l’ivresse est un thème classique de la poésie taoïste (Li Bai, 701~762), on peut par exemple supposer qu’il était la base alimentaire de Xi Kang (223~262)[28] vers la fin de sa vie. Cela rejoint cette figure populaire de l’immortel joyeux et ivre, à perpétuité. Toutefois, le vin était cher, c’est un idéal inaccessible à la majorité. De plus, il est combattu par le Bouddhisme, ce qui a influencé les pratiques taoïstes ultérieures.
Alchimie
Cette introduction par l’alimentation donne un contexte à des anecdotes d’alchimistes empoisonnant des empereurs avec leurs recettes. Pour devenir immortel, il faut non seulement se garder du mort, mais aussi se transformer de l’intérieur pour devenir imputrescible. Des adeptes tentèrent d’ingérer du plomb ou de l’or liquide pour s’accorder à une représentation symbolique du corps en correspondance avec les métaux. Le cinabre eut encore plus de faveur. Ce minerai de mercure passe par plusieurs couleurs à la fusion, illustrant la transmutation. Il a été l’objet d’une quête ruineuse, qui explique que l’alchimie externe a ensuite servi d’analogie à une forme réfléchie, l’alchimie interne, pratiquée dans la respiration.
Respiration
Le taoïsme a raffiné les techniques respiratoires à un degré que l’on ne rencontre que dans le yoga. L’historien occidental peut y chercher des influences, les textes yogis sont antérieurs. Mais les comparaisons ne suffisent pas à prouver une transmission, il est juste possible d’invoquer un fond commun de chamanisme eurasien.
Les taoïstes ont d’ailleurs découvert l’originalité de leurs techniques en les comparant à celles importées par les bouddhistes. Les indiens préconisent une respiration profonde et continue, afin de détacher l’esprit d’un corps illusoire, pour que l’atmân rejoigne le brahman. Les Chinois ont une métaphysique et une technique différente. Ils cherchent à retenir le souffle le plus longtemps possible. Cette apnée a des effets psychotropes différents, accompagnés de représentations. L’air, le Qi, est considéré comme la substance de tous les corps. L’adepte, en respirant, régénère sa matière, avec un accompagnement mental de la sensation d’air dans une anatomie sentie, la circulation du souffle. Un occidental peut se faire une idée de ces exercices avec la sophrologie, expérimenter l’effet à long terme demande un engagement plus important.
Qu’est-ce l’adepte espérait de cette pratique continue ? « Confucius disait : Autrefois je passais les jours sans manger et des nuits sans dormir, me consacrant à la méditation. J’aurais plus appris en étudiant. » Entretiens 15:30. Le taoïste n’y cherche pas une connaissance mais la transmutation de son corps par l’air, que le Qi alimente l’embryon. Cet embryon, appelé "embryon de l'immortalité", naît à la fusion des souffles. Ces derniers sont définis dans un texte ancien datant de l'époque Han, le Huangting Jing : "Laozi, au repos, fit ces vers de sept pieds afin d'expliquer le corps humain et toutes ses divinités : en haut, c'est la Cour jaune (la rate) ; en bas, la Passe de l'origine (l'extrémité de la colonne vertébrale ?) ; derrière, on trouve le Portique obscur (les reins) ; devant, la Porte du destin (le nombril ?). Respirez à travers la Hutte (le thorax) jusqu'au Champ de cinabre ; que l'eau claire du Lac de jade (la bouche) vienne irriguer la racine merveilleuse." Le but est de réaliser la respiration de l'embryon afin que celui-ci, après une longue gestation, puisse grandir jusqu'au moment où il pourra se dissocier du corps mortel et rejoindre ainsi les régions paradisaques. C'est donc de cette manière que le taoïste effectuera sa transmutation.
Gymnastiques
Sous le nom Daoyin, Maspero[29] tire des textes des exercices de gymnastique très précis. Ces mouvements s’accompagnent toujours d’instructions sur la respiration. Ils visent à assouplir le corps pour aider la pensée à faire circuler les énergies, qu’elles soient alimentaires, respiratoires, ou sexuelles. Ces pratiques se distinguent définitivement du yoga, car ce ne sont pas des postures, mais bien des mouvements. Le taoïsme apporte le mouvement à l’ascèse, et l’ascèse au mouvement. Cette inspiration se poursuit dans le Qi gong « travail du souffle », ou les arts martiaux chinois - wushu.
Sexualité
A l'opposé des pratiques religieuses monacales, un taoïste peut être marié, la piété filiale et le culte chinois de la descendance est respecté. La sexualité n’est pas réprimée, mais sacralisée, notamment par les complémentarités yin-yang nourrissant symboliquement le principe vital. Rappelons la particularité de la technique respiratoire chinoise : l’apnée, la rétention. Ce mode est appliqué à l’acte, les traités s’étendent sur des recettes pour conserver l'essence tout en la stimulant (coitus interruptus, masturbation). Certains exercices taoïstes permettent aux hommes d'avoir des orgasmes multiples sans éjaculer, cette pratique n'a rien d'extraordinaire et peut être atteinte par tous, ceci est expliqué par exemple dans "L'homme multi-orgasmique" ou encore "Les secrets de l'amour selon le Tao : Cultivez l'énergie sexuelle masculine" de Mantak Chia. Là aussi, l’Inde est différente, le tantrisme idéalise plutôt l’orgasme comme une voie du nirvana.
Ces enseignements s'appliquent aux hommes et aux femmes sans discrimination d'âge. Peu connue par les gens du commun, même en Chine, la sexualité taoïste s'intéresse à la transformation du corps physique, la régénérescence, par des pratiques considérées comme une branche à part du Taoïsme. "Cueillir des pâquerettes en dehors du Tao", sous entendu pratiquer la sexualité Taoïste, participe à l'idéal d'immortalité mais peut aussi être une façon d'améliorer la vie quotidienne pour prolonger le passage dans le monde vivant.
Mis à part les pratiques les plus répandues, il existe aussi la voie de la Tigresse Blanche, différente de ce que Mantak Chia propose dans ses livres et qui s'adresse aux femmes. Elle peut être considérée comme immorale, dans une certaine mesure, dans le sens où la femme, la "tigresse blanche", pousse l'homme à l'éjaculation afin de pouvoir prendre son énergie sexuelle (bien qu'apparement, l'homme pourrait bénéficier de certains aspects). La femme pratique avec plusieurs "dragons verts" - c'est le nom donné à son compagnon momentané, elle en a plusieurs, chacun pendant une période définie ou un certain nombre de rapports - tout en veillant à se référer à certains critères, c'est-à-dire que la personne soit en bonne santé, ait une énergie saine, ne boive pas.
La vie se nourrit avec du mort, l’adepte le constate aussi, et se demande surtout : comment devenir immortel en mangeant des choses qui vont mourir ? Des pratiques corporelles parfois nuisibles à la santé se déduisent de cette logique, transformer la chair en vie imputrescible. Par l’ascèse, l’adepte cherche à réveiller l’embryon qui résiderait dans son nombril. À cette force de croissance et de génération, il prête la vertu du serpent, de pouvoir muer. La dépouille actuelle est transitoire, une autre plus durable peut lui succéder, du moins si l’on se nourrit suffisamment bien : le principe vital.
Le régime alimentaire prescrit pour devenir bon taoïste est très sévère, il résulte d’un raisonnement. Pour devenir immortel, il faut se nourrir d’immortel. Outre des jeûnes rituels, les taoïstes voudraient se passer de tout aliment mortel, « Travaillez, non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui subsiste pour la vie éternelle » [26], sans pour autant se satisfaire d’une métaphore comme les nourritures spirituelles [27]. Les taoïstes espèrent spiritualiser la nourriture elle-même.
Ils commencent par écarter les mets fermentés, comme le fromage, qui rappelle trop la pourriture, puis la viande. L’adepte passe ensuite l’épreuve de se passer des céréales (la base alimentaire humaine) censées nourrir les trois vers, des démons qui mangent le corps au dedans et le font vieillir. Les textes ne cachent pas la difficulté et les maux passagers que l’on traverse.
Un tel régime aurait dû décimer les adeptes, où trouvaient-ils alors leurs calories ? On rapporte de nombreuses décoctions et drogues devant pallier les carences les plus évidentes, et il y avait l’alcool. Le vin et l’ivresse est un thème classique de la poésie taoïste (Li Bai, 701~762), on peut par exemple supposer qu’il était la base alimentaire de Xi Kang (223~262)[28] vers la fin de sa vie. Cela rejoint cette figure populaire de l’immortel joyeux et ivre, à perpétuité. Toutefois, le vin était cher, c’est un idéal inaccessible à la majorité. De plus, il est combattu par le Bouddhisme, ce qui a influencé les pratiques taoïstes ultérieures.
Alchimie
Cette introduction par l’alimentation donne un contexte à des anecdotes d’alchimistes empoisonnant des empereurs avec leurs recettes. Pour devenir immortel, il faut non seulement se garder du mort, mais aussi se transformer de l’intérieur pour devenir imputrescible. Des adeptes tentèrent d’ingérer du plomb ou de l’or liquide pour s’accorder à une représentation symbolique du corps en correspondance avec les métaux. Le cinabre eut encore plus de faveur. Ce minerai de mercure passe par plusieurs couleurs à la fusion, illustrant la transmutation. Il a été l’objet d’une quête ruineuse, qui explique que l’alchimie externe a ensuite servi d’analogie à une forme réfléchie, l’alchimie interne, pratiquée dans la respiration.
Respiration
Le taoïsme a raffiné les techniques respiratoires à un degré que l’on ne rencontre que dans le yoga. L’historien occidental peut y chercher des influences, les textes yogis sont antérieurs. Mais les comparaisons ne suffisent pas à prouver une transmission, il est juste possible d’invoquer un fond commun de chamanisme eurasien.
Les taoïstes ont d’ailleurs découvert l’originalité de leurs techniques en les comparant à celles importées par les bouddhistes. Les indiens préconisent une respiration profonde et continue, afin de détacher l’esprit d’un corps illusoire, pour que l’atmân rejoigne le brahman. Les Chinois ont une métaphysique et une technique différente. Ils cherchent à retenir le souffle le plus longtemps possible. Cette apnée a des effets psychotropes différents, accompagnés de représentations. L’air, le Qi, est considéré comme la substance de tous les corps. L’adepte, en respirant, régénère sa matière, avec un accompagnement mental de la sensation d’air dans une anatomie sentie, la circulation du souffle. Un occidental peut se faire une idée de ces exercices avec la sophrologie, expérimenter l’effet à long terme demande un engagement plus important.
Qu’est-ce l’adepte espérait de cette pratique continue ? « Confucius disait : Autrefois je passais les jours sans manger et des nuits sans dormir, me consacrant à la méditation. J’aurais plus appris en étudiant. » Entretiens 15:30. Le taoïste n’y cherche pas une connaissance mais la transmutation de son corps par l’air, que le Qi alimente l’embryon. Cet embryon, appelé "embryon de l'immortalité", naît à la fusion des souffles. Ces derniers sont définis dans un texte ancien datant de l'époque Han, le Huangting Jing : "Laozi, au repos, fit ces vers de sept pieds afin d'expliquer le corps humain et toutes ses divinités : en haut, c'est la Cour jaune (la rate) ; en bas, la Passe de l'origine (l'extrémité de la colonne vertébrale ?) ; derrière, on trouve le Portique obscur (les reins) ; devant, la Porte du destin (le nombril ?). Respirez à travers la Hutte (le thorax) jusqu'au Champ de cinabre ; que l'eau claire du Lac de jade (la bouche) vienne irriguer la racine merveilleuse." Le but est de réaliser la respiration de l'embryon afin que celui-ci, après une longue gestation, puisse grandir jusqu'au moment où il pourra se dissocier du corps mortel et rejoindre ainsi les régions paradisaques. C'est donc de cette manière que le taoïste effectuera sa transmutation.
Gymnastiques
Sous le nom Daoyin, Maspero[29] tire des textes des exercices de gymnastique très précis. Ces mouvements s’accompagnent toujours d’instructions sur la respiration. Ils visent à assouplir le corps pour aider la pensée à faire circuler les énergies, qu’elles soient alimentaires, respiratoires, ou sexuelles. Ces pratiques se distinguent définitivement du yoga, car ce ne sont pas des postures, mais bien des mouvements. Le taoïsme apporte le mouvement à l’ascèse, et l’ascèse au mouvement. Cette inspiration se poursuit dans le Qi gong « travail du souffle », ou les arts martiaux chinois - wushu.
Sexualité
A l'opposé des pratiques religieuses monacales, un taoïste peut être marié, la piété filiale et le culte chinois de la descendance est respecté. La sexualité n’est pas réprimée, mais sacralisée, notamment par les complémentarités yin-yang nourrissant symboliquement le principe vital. Rappelons la particularité de la technique respiratoire chinoise : l’apnée, la rétention. Ce mode est appliqué à l’acte, les traités s’étendent sur des recettes pour conserver l'essence tout en la stimulant (coitus interruptus, masturbation). Certains exercices taoïstes permettent aux hommes d'avoir des orgasmes multiples sans éjaculer, cette pratique n'a rien d'extraordinaire et peut être atteinte par tous, ceci est expliqué par exemple dans "L'homme multi-orgasmique" ou encore "Les secrets de l'amour selon le Tao : Cultivez l'énergie sexuelle masculine" de Mantak Chia. Là aussi, l’Inde est différente, le tantrisme idéalise plutôt l’orgasme comme une voie du nirvana.
Ces enseignements s'appliquent aux hommes et aux femmes sans discrimination d'âge. Peu connue par les gens du commun, même en Chine, la sexualité taoïste s'intéresse à la transformation du corps physique, la régénérescence, par des pratiques considérées comme une branche à part du Taoïsme. "Cueillir des pâquerettes en dehors du Tao", sous entendu pratiquer la sexualité Taoïste, participe à l'idéal d'immortalité mais peut aussi être une façon d'améliorer la vie quotidienne pour prolonger le passage dans le monde vivant.
Mis à part les pratiques les plus répandues, il existe aussi la voie de la Tigresse Blanche, différente de ce que Mantak Chia propose dans ses livres et qui s'adresse aux femmes. Elle peut être considérée comme immorale, dans une certaine mesure, dans le sens où la femme, la "tigresse blanche", pousse l'homme à l'éjaculation afin de pouvoir prendre son énergie sexuelle (bien qu'apparement, l'homme pourrait bénéficier de certains aspects). La femme pratique avec plusieurs "dragons verts" - c'est le nom donné à son compagnon momentané, elle en a plusieurs, chacun pendant une période définie ou un certain nombre de rapports - tout en veillant à se référer à certains critères, c'est-à-dire que la personne soit en bonne santé, ait une énergie saine, ne boive pas.

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Que la Lumière soit avec vous.
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Re: Le Taoïsme
Médecine
L’attitude scientifique à l’égard de la médecine est révélatrice d’une rupture avec le taoïsme antique, de l’influence de l’idéal confucéen à partir des Han, et du rendez-vous manqué avec une méthode plus expérimentale. Zhuang Zi (3) raconte la fable diversement interprétée d’un boucher trouvant le Dao du monde en découpant des carcasses. il n’y a pas encore d’intention scientifique, mais au moins, l’obstacle épistémologique du mépris pour les métiers du sang est levé. Seulement par la suite, à « la différence des Grecs et des Hindous, les Chinois n’ont jamais pratiqué la dissection comme procédé courant d’étude. On cite deux séries de dissections, à mille ans de distance, l’une dans les premières années du Ier siècle de notre ère, l’autre au milieu du XIIe siècle. »[30]. Les premières observations ont aidé à construire une image du corps servant de support à une anatomie symbolique, à l’aide de correspondances entre les organes et les éléments. Les observations suivantes ont été réfutées lorsqu’elles ne confirmaient pas les théories, en arguant que le corps d’un condamné à mort n’était pas de même nature que celui d’un sage taoïste ayant médité toute sa vie.
D’après les chroniques, la vie d’un bon taoïste dure au moins 90 ans (nombre symbolique), âge auquel l’embryon doit se réveiller pour survivre à l’enterrement. Dans sa tombe, il ne laissera que sa ceinture et son bonnet, ou un bâton, poursuivant son immortalité heureuse dans un coin de pays où il n’effraiera pas la société. Un aspirant le cherchera pour lui demander son secret ; ainsi se perpétue la croyance. Il est difficile d’en mesurer l’adhésion, elle inspire encore des fictions[31].
Nourrir l’esprit
Du taoïsme, on connaît d’abord l’individualisme libertaire de zhuangzi, on lit plus rarement un pragmatisme dans la mystique du Dao De Jing, enfin le plus souvent, la morale développée dans les courants collectifs est ignorée. C’est cet aspect qui est développé ici, car il s’exprime à la même époque que les idéaux de longévité, même s’il contredit en partie le taoïsme antique.
« Ceux qui n’accomplissent pas d’actes de vertu et se contentent de pratiquer les procédés magiques n’obtiendront jamais la Vie Éternelle » Ge Hong, Baopuzi, j. 3, 8 b.
« Le premier du mois, le matin, il allait se promener au marché, le long des rues, sur les places ; et quand il voyait des pauvres ou des affamés, il enlevait ses habits et les leur donnait... Une année qu’il y eut grande sécheresse et famine, et que le boisseau de riz atteignit le prix de mille pièces de monnaie, en sorte que les routes étaient couvertes d’affamés, il épuisa sa fortune et ruina sa famille pour venir en aide à leur détresse ; et il le fit en cachette, de sorte que les gens ne savaient pas que c’était de lui que venaient ces dons généreux. » Daozang, « le canon taoïste », fasc. 152.
La source du dernier extrait est une biographie canonique d’un saint taoïste, censé avoir vécu une vie idéale. Avant de découvrir la voie, l’adepte pratique une charité assez familière au christianisme. Elle prescrit des commandements de bon sens comme « tu ne tueras pas, tu ne voleras point ». La réflexion éthique distingue la charité discrète de la démonstration de vertu, elle n’explore pas en profondeur les mobiles de l’intention. La faute ne se transmet pas de pères en fils, ou par les renaissances ; le pardon et le rachat sont possibles. L’évaluation très précise des fautes et des bonnes actions répond au code des délits et des peines, révélateur des représentations et de l’ordre social. On peut se racheter en réparant cent pas de route, ou en fournissant le riz et la viande utiles à des auberges publiques gratuites[32].
Cette échelle précise des valeurs permet une comptabilité précise. Il n’y a pas l’équivalent d’une l’Extrême-onction qui remet les péchés du mourant pour qu’il accède à la vie éternelle. Pour un taoïste, une mauvaise action, ce sont des jours de vie en moins, et quand la mort vient, il est trop tard. Les textes ajoutent une progression logarithmique. Lorsqu’à un seuil de sa vie morale l’adepte doit 30 bonnes actions pour monter en grade, un seul échec demande à tout recommencer. « Il faut, dit un alchimiste du IVe siècle, avoir accompli 1 200 bonnes actions pour pouvoir devenir immortel ; et toute mauvaise action interrompt la série et oblige à recommencer du début, fût‑on arrivé à 1 199 »[33].
Panthéon
Le taoïsme est une quête individuelle de la Panacée, la recette qui rendra immortel. La séparation entre les vivants et les dieux n’est pas ferme, le panthéon est en croissance continue. Il y eut des intentions d’organiser ces légions en hiérarchies, qui empruntent les divisions administratives des fonctionnaires impériaux[34]. Le taoïsme n’a pas exactement développé une mythologie, dans le sens d’une généalogie de personnes divines dont s’extraient des vertus (Hésiode ou l’ennéade égyptienne). L’abstraction ayant déjà été opérée dans la théorie des cinq éléments (Chine), le problème théologique est plutôt de ramener la variété des figures à ces principes.
L’adepte a aussi un temple tout personnel, son corps, dont les organes correspondent avec les éléments (et les immortels qui en dépendent). Selon son degré, la méditation communique avec des petits fonctionnaires digestifs, pour obtenir un ingrédient d’une recette, mais par l’abstraction, s’élève au Dao qui seul conduit le monde et mène le corps à l’éternité.
Exorcisme
Dans la société populaire, le saint taoïste a le rôle du sorcier, spécialiste de l’irrationnel, et connaisseur des démons. C’est donc naturellement qu’il joue le rôle d’exorciste des maladies individuelles, et parfois collectives, par sa connaissance de rites et de magies.
Divination
Le Yi Jing (classique des mutations) n’est pas spécifique aux taoïstes, mais il a traversé les six dynasties (IIIe~IVe s.) grâce à eux. Ils poursuivirent les spéculations ésotériques des Han, en ajoutant leurs commentaires (Wang Bi, 226~249), que le néo-confucianisme reprit. Les trigrammes sont un support de méditation, servant aussi à la composition de talismans et aux rituels.
Cérémonies
Sociologiquement, le taoïsme a d’abord concerné les élites, voire l’empereur. Les pratiques individuelles se sont ritualisées en cérémonies collectives après la dynastie Han, avec l’apparition des mouvements populaires de type maîtres célestes. Interpréter des textes provenant souvent de condamnations extérieures, comme des bouddhistes, est un exercice incertain. On distinguera cependant les rites d’investiture qui officialisent la conversion et la progression de l’adepte dans la Voie, se référant aux coutumes féodales de la dynastie Zhou. On trouve aussi des lectures collectives du Dao De Jing, des confessions et des repentances publiques. Le calendrier est rythmé par des fêtes solaires, notamment les équinoxes, précédés de jeûnes, aboutissant à des paroxysmes. Il y a beaucoup de littérature sur ces festins orgiaques, cherchant à rendre symbolique des échanges ritualisés entre partenaires sexuels. Dans certaines régions, les églises taoïstes tenaient l’état-civil, et célébraient les naissances, les mariages et les décès. Contrairement aux religions universelles de salut, les rituels taoïstes ne sont pas fixés en une recette stricte et exportable.
1/ # ↑ Isabelle Robinet Histoire du taoïsme : des origines au XIVe siècle [archive]
2/ # ↑ Pour l’Encyclopédie philosophique de Stanford Encyclopédie philosophique de Stanford-Taoïsme
archive] : « Le taoïsme est un terme-parapluie qui recouvre un ensemble de doctrines [philosophiques] qui ont en commun une orientation similaire. Le terme taoïsme est également associé à différents courants religieux naturalistes ou mystiques.....Le résultat est que [c’]est un concept essentiellement malléable. La fameuse question de Creel : « Qu’est-ce que le taoïsme? » reste toujours aussi difficile. ».
3/# ↑ Marcel Granet, Pensée chinoise, « Introduction », 1934.
4/# ↑ Mircea Eliade, Forgerons et alchimistes, Flammarion (coll. « Homo Sapiens »), Paris, 1956, 209 p.
5/# ↑ Zhuang Zi 33, cité par Anne Cheng, Histoire de la pensée chinoise, « Chapitre 12, La vision holiste des Han ». Remarquons que cette histoire traite quatre siècle de dynastie Han en 30 pages contre 150 pour les Royaumes combattants
6/# ↑ Le stoïcisme impérial a un moment rempli ce besoin pour Rome.
7/# ↑ Isabelle Robinet, op. cit., « III. Les maîtres célestes »
8/# ↑ Anne Cheng, op. cit., « Le renouveau intellectuel des IIIe et IVe siècle »
9/# ↑ 清談
10/# ↑ voir Maspero
11/# ↑ Ce terme est aussi connu comme trois religions, mais cela suggère une opposition à la philosophie, problème de la modernité occidentale peu éclairant du contexte religieux en Chine. Nous choisissons la traduction d’Isabelle Robinet des trois enseignements, le Ricci conseille les trois doctrines.
12/# ↑ 樓觀台
13/# ↑ 白雲觀
14/# ↑ Zhongguo Daojiao 中國道教
15/# ↑ DaozangJiyao 道藏輯要
16/# ↑ François Jullien développe beaucoup plus longuement ce rapprochement entre le Dao De Jing et Sunzi dans le Traité de l’efficacité, Grasset, 1996.
17/# ↑ Le confucianisme a pu interpréter ce passage contre Zhuang Zi, mais Confucius devait avoir en tête le chemin de carrière de l’ambitieux qu’une tâche subalterne peut arrêter.
18/# ↑ Henri Maspero, Le Taoïsme et les Religions chinoises.
19/# ↑ isabelle Robinet, Histoire du taoïsme : des origines au XIVe siècle.
20/# ↑ Entretiens 19:14
21/# ↑ Ibid, 7:20
22/# ↑ Voir Maspero, op. cit., « Le Taoïsme et les débuts du Bouddhisme en Chine »
23/# ↑ Maspero, op. cit. « Le Taoïsme dans les croyances religieuses des Chinois à l’époque des six dynasties »
24/# ↑ Maspero, op. cit., pp450-462 « Les techniques d’immortalité et la vie mystique dans l’école taoïste de Zhuangzi » découvre les pratiques de longévité dans une analyse confondante des textes.
25/# ↑ Cette parole rapportée du Christ (logia) est aussi retrouvée dans Matthieu (24, 34-36), Marc (13, 30-32) ou Luc (21,32-33)
26/# ↑ Évangile selon Jean 6:27
27/# ↑ « Il est écrit : Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu » Évangile selon Matthieu 4:4
28/# ↑ Maspero, op. cit., « Le poète Xi Kang et le club des sept sages de la forêt de bambous »
29/# ↑ Maspero, op. cit., « Les procédés pour nourrir le principe vital dans la religion taoïste ancienne », 3e partie « La gymnastique Daoyin »
30/# ↑ Maspero, op. cit., « Les procédés de nourrir le principe vital dans la religion taoïste ancienne, Introduction, Anatomie et physiologie chinoises, 1. Les médecins. »
31/# ↑ Woody Allen, Alice (film, 1990).
32/# ↑ Maspero, op. cit., « Essai sur le Taoïsme aux premiers siècles de l’ère chrétienne. I. La vie religieuse individuelle et la recherche de l’immortalité. 1. Vie religieuse extérieure : pratiques et exercices. a. Les premiers pas dans la Voie de l’Immortalité : la vie morale et les « actes de vertu » »
33/# ↑ Maspero, op. cit.
34/# ↑ Maspero, op. cit., « Les dieux taoïstes. Comment on communique avec eux. »
35//# ↑ François Jullien, préface à la traduction du Yi king par Paul-Louis-Félix Philastre
Source: Wikipédia
L’attitude scientifique à l’égard de la médecine est révélatrice d’une rupture avec le taoïsme antique, de l’influence de l’idéal confucéen à partir des Han, et du rendez-vous manqué avec une méthode plus expérimentale. Zhuang Zi (3) raconte la fable diversement interprétée d’un boucher trouvant le Dao du monde en découpant des carcasses. il n’y a pas encore d’intention scientifique, mais au moins, l’obstacle épistémologique du mépris pour les métiers du sang est levé. Seulement par la suite, à « la différence des Grecs et des Hindous, les Chinois n’ont jamais pratiqué la dissection comme procédé courant d’étude. On cite deux séries de dissections, à mille ans de distance, l’une dans les premières années du Ier siècle de notre ère, l’autre au milieu du XIIe siècle. »[30]. Les premières observations ont aidé à construire une image du corps servant de support à une anatomie symbolique, à l’aide de correspondances entre les organes et les éléments. Les observations suivantes ont été réfutées lorsqu’elles ne confirmaient pas les théories, en arguant que le corps d’un condamné à mort n’était pas de même nature que celui d’un sage taoïste ayant médité toute sa vie.
D’après les chroniques, la vie d’un bon taoïste dure au moins 90 ans (nombre symbolique), âge auquel l’embryon doit se réveiller pour survivre à l’enterrement. Dans sa tombe, il ne laissera que sa ceinture et son bonnet, ou un bâton, poursuivant son immortalité heureuse dans un coin de pays où il n’effraiera pas la société. Un aspirant le cherchera pour lui demander son secret ; ainsi se perpétue la croyance. Il est difficile d’en mesurer l’adhésion, elle inspire encore des fictions[31].
Nourrir l’esprit
Du taoïsme, on connaît d’abord l’individualisme libertaire de zhuangzi, on lit plus rarement un pragmatisme dans la mystique du Dao De Jing, enfin le plus souvent, la morale développée dans les courants collectifs est ignorée. C’est cet aspect qui est développé ici, car il s’exprime à la même époque que les idéaux de longévité, même s’il contredit en partie le taoïsme antique.
« Ceux qui n’accomplissent pas d’actes de vertu et se contentent de pratiquer les procédés magiques n’obtiendront jamais la Vie Éternelle » Ge Hong, Baopuzi, j. 3, 8 b.
« Le premier du mois, le matin, il allait se promener au marché, le long des rues, sur les places ; et quand il voyait des pauvres ou des affamés, il enlevait ses habits et les leur donnait... Une année qu’il y eut grande sécheresse et famine, et que le boisseau de riz atteignit le prix de mille pièces de monnaie, en sorte que les routes étaient couvertes d’affamés, il épuisa sa fortune et ruina sa famille pour venir en aide à leur détresse ; et il le fit en cachette, de sorte que les gens ne savaient pas que c’était de lui que venaient ces dons généreux. » Daozang, « le canon taoïste », fasc. 152.
La source du dernier extrait est une biographie canonique d’un saint taoïste, censé avoir vécu une vie idéale. Avant de découvrir la voie, l’adepte pratique une charité assez familière au christianisme. Elle prescrit des commandements de bon sens comme « tu ne tueras pas, tu ne voleras point ». La réflexion éthique distingue la charité discrète de la démonstration de vertu, elle n’explore pas en profondeur les mobiles de l’intention. La faute ne se transmet pas de pères en fils, ou par les renaissances ; le pardon et le rachat sont possibles. L’évaluation très précise des fautes et des bonnes actions répond au code des délits et des peines, révélateur des représentations et de l’ordre social. On peut se racheter en réparant cent pas de route, ou en fournissant le riz et la viande utiles à des auberges publiques gratuites[32].
Cette échelle précise des valeurs permet une comptabilité précise. Il n’y a pas l’équivalent d’une l’Extrême-onction qui remet les péchés du mourant pour qu’il accède à la vie éternelle. Pour un taoïste, une mauvaise action, ce sont des jours de vie en moins, et quand la mort vient, il est trop tard. Les textes ajoutent une progression logarithmique. Lorsqu’à un seuil de sa vie morale l’adepte doit 30 bonnes actions pour monter en grade, un seul échec demande à tout recommencer. « Il faut, dit un alchimiste du IVe siècle, avoir accompli 1 200 bonnes actions pour pouvoir devenir immortel ; et toute mauvaise action interrompt la série et oblige à recommencer du début, fût‑on arrivé à 1 199 »[33].
Panthéon
Le taoïsme est une quête individuelle de la Panacée, la recette qui rendra immortel. La séparation entre les vivants et les dieux n’est pas ferme, le panthéon est en croissance continue. Il y eut des intentions d’organiser ces légions en hiérarchies, qui empruntent les divisions administratives des fonctionnaires impériaux[34]. Le taoïsme n’a pas exactement développé une mythologie, dans le sens d’une généalogie de personnes divines dont s’extraient des vertus (Hésiode ou l’ennéade égyptienne). L’abstraction ayant déjà été opérée dans la théorie des cinq éléments (Chine), le problème théologique est plutôt de ramener la variété des figures à ces principes.
L’adepte a aussi un temple tout personnel, son corps, dont les organes correspondent avec les éléments (et les immortels qui en dépendent). Selon son degré, la méditation communique avec des petits fonctionnaires digestifs, pour obtenir un ingrédient d’une recette, mais par l’abstraction, s’élève au Dao qui seul conduit le monde et mène le corps à l’éternité.
Exorcisme
Dans la société populaire, le saint taoïste a le rôle du sorcier, spécialiste de l’irrationnel, et connaisseur des démons. C’est donc naturellement qu’il joue le rôle d’exorciste des maladies individuelles, et parfois collectives, par sa connaissance de rites et de magies.
Divination
Le Yi Jing (classique des mutations) n’est pas spécifique aux taoïstes, mais il a traversé les six dynasties (IIIe~IVe s.) grâce à eux. Ils poursuivirent les spéculations ésotériques des Han, en ajoutant leurs commentaires (Wang Bi, 226~249), que le néo-confucianisme reprit. Les trigrammes sont un support de méditation, servant aussi à la composition de talismans et aux rituels.
Cérémonies
Sociologiquement, le taoïsme a d’abord concerné les élites, voire l’empereur. Les pratiques individuelles se sont ritualisées en cérémonies collectives après la dynastie Han, avec l’apparition des mouvements populaires de type maîtres célestes. Interpréter des textes provenant souvent de condamnations extérieures, comme des bouddhistes, est un exercice incertain. On distinguera cependant les rites d’investiture qui officialisent la conversion et la progression de l’adepte dans la Voie, se référant aux coutumes féodales de la dynastie Zhou. On trouve aussi des lectures collectives du Dao De Jing, des confessions et des repentances publiques. Le calendrier est rythmé par des fêtes solaires, notamment les équinoxes, précédés de jeûnes, aboutissant à des paroxysmes. Il y a beaucoup de littérature sur ces festins orgiaques, cherchant à rendre symbolique des échanges ritualisés entre partenaires sexuels. Dans certaines régions, les églises taoïstes tenaient l’état-civil, et célébraient les naissances, les mariages et les décès. Contrairement aux religions universelles de salut, les rituels taoïstes ne sont pas fixés en une recette stricte et exportable.
1/ # ↑ Isabelle Robinet Histoire du taoïsme : des origines au XIVe siècle [archive]
2/ # ↑ Pour l’Encyclopédie philosophique de Stanford Encyclopédie philosophique de Stanford-Taoïsme
archive] : « Le taoïsme est un terme-parapluie qui recouvre un ensemble de doctrines [philosophiques] qui ont en commun une orientation similaire. Le terme taoïsme est également associé à différents courants religieux naturalistes ou mystiques.....Le résultat est que [c’]est un concept essentiellement malléable. La fameuse question de Creel : « Qu’est-ce que le taoïsme? » reste toujours aussi difficile. ».
3/# ↑ Marcel Granet, Pensée chinoise, « Introduction », 1934.
4/# ↑ Mircea Eliade, Forgerons et alchimistes, Flammarion (coll. « Homo Sapiens »), Paris, 1956, 209 p.
5/# ↑ Zhuang Zi 33, cité par Anne Cheng, Histoire de la pensée chinoise, « Chapitre 12, La vision holiste des Han ». Remarquons que cette histoire traite quatre siècle de dynastie Han en 30 pages contre 150 pour les Royaumes combattants
6/# ↑ Le stoïcisme impérial a un moment rempli ce besoin pour Rome.
7/# ↑ Isabelle Robinet, op. cit., « III. Les maîtres célestes »
8/# ↑ Anne Cheng, op. cit., « Le renouveau intellectuel des IIIe et IVe siècle »
9/# ↑ 清談
10/# ↑ voir Maspero
11/# ↑ Ce terme est aussi connu comme trois religions, mais cela suggère une opposition à la philosophie, problème de la modernité occidentale peu éclairant du contexte religieux en Chine. Nous choisissons la traduction d’Isabelle Robinet des trois enseignements, le Ricci conseille les trois doctrines.
12/# ↑ 樓觀台
13/# ↑ 白雲觀
14/# ↑ Zhongguo Daojiao 中國道教
15/# ↑ DaozangJiyao 道藏輯要
16/# ↑ François Jullien développe beaucoup plus longuement ce rapprochement entre le Dao De Jing et Sunzi dans le Traité de l’efficacité, Grasset, 1996.
17/# ↑ Le confucianisme a pu interpréter ce passage contre Zhuang Zi, mais Confucius devait avoir en tête le chemin de carrière de l’ambitieux qu’une tâche subalterne peut arrêter.
18/# ↑ Henri Maspero, Le Taoïsme et les Religions chinoises.
19/# ↑ isabelle Robinet, Histoire du taoïsme : des origines au XIVe siècle.
20/# ↑ Entretiens 19:14
21/# ↑ Ibid, 7:20
22/# ↑ Voir Maspero, op. cit., « Le Taoïsme et les débuts du Bouddhisme en Chine »
23/# ↑ Maspero, op. cit. « Le Taoïsme dans les croyances religieuses des Chinois à l’époque des six dynasties »
24/# ↑ Maspero, op. cit., pp450-462 « Les techniques d’immortalité et la vie mystique dans l’école taoïste de Zhuangzi » découvre les pratiques de longévité dans une analyse confondante des textes.
25/# ↑ Cette parole rapportée du Christ (logia) est aussi retrouvée dans Matthieu (24, 34-36), Marc (13, 30-32) ou Luc (21,32-33)
26/# ↑ Évangile selon Jean 6:27
27/# ↑ « Il est écrit : Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu » Évangile selon Matthieu 4:4
28/# ↑ Maspero, op. cit., « Le poète Xi Kang et le club des sept sages de la forêt de bambous »
29/# ↑ Maspero, op. cit., « Les procédés pour nourrir le principe vital dans la religion taoïste ancienne », 3e partie « La gymnastique Daoyin »
30/# ↑ Maspero, op. cit., « Les procédés de nourrir le principe vital dans la religion taoïste ancienne, Introduction, Anatomie et physiologie chinoises, 1. Les médecins. »
31/# ↑ Woody Allen, Alice (film, 1990).
32/# ↑ Maspero, op. cit., « Essai sur le Taoïsme aux premiers siècles de l’ère chrétienne. I. La vie religieuse individuelle et la recherche de l’immortalité. 1. Vie religieuse extérieure : pratiques et exercices. a. Les premiers pas dans la Voie de l’Immortalité : la vie morale et les « actes de vertu » »
33/# ↑ Maspero, op. cit.
34/# ↑ Maspero, op. cit., « Les dieux taoïstes. Comment on communique avec eux. »
35//# ↑ François Jullien, préface à la traduction du Yi king par Paul-Louis-Félix Philastre
Source: Wikipédia

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Que la Lumière soit avec vous.
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Re: Le Taoïsme
Exorcisme
Dans la société populaire, le saint taoïste a le rôle du sorcier, spécialiste de l’irrationnel, et connaisseur des démons. C’est donc naturellement qu’il joue le rôle d’exorciste des maladies individuelles, et parfois collectives, par sa connaissance de rites et de magies.
Va falloir que j'approfondisse, je suis déjà en pleine recherche sur l'exorcisme bouddhiste et tibétain, ça se recoupera peut être...



Eliphas Levi:
"le magicien dispose d'une force qu'il connait, le sorcier s'efforce d'abuser de ce qu'il ignore"
Pas d'entraide par MP, merci
Re: Le Taoïsme
J'ai du rajouter la source entre temps, y'avait tellement à mettre ^^, oui je pense que ça doit probablement se recouper, ça doit être intéressant en tout cas, j'avais vu un reportage sur les exorcismes au Tibet mais rien sur le Taoïsme. A suivre 

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Re: Le Taoïsme
Xian : l’immortel dans la montagne
Dans le texte magistral du philosophe taoïste Zhuang Zi (huit siècles avant J.-C.), le caractère désignant l’immortalité était employé au premier chapitre :
“Très loin, au-delà des montagnes, vit un immortel à la peau lumineuse et pure comme la glace ; il rayonne de grâce naturelle comme un adolescent. Il s'abstient de consommer les cinq céréales, mais inhale les vents et se désaltère de la rosée du matin..."
La plupart des anciens textes taoïstes décrivent plusieurs types d’immortalités : physique, spirituelle, grande longévité, acquisition de fonctions paranormales, etc.
Considérer cette immortalité comme une simple superstition serait une erreur, car ce mot ne doit pas être pris au pied de la lettre.
Xian est un symbole éloquent : celui de la recherche d’un équilibre physique et psychique, dont la médecine traditionnelle chinoise ne représente qu’une facette sophistiquée d’un système antique d'hygiène vitale riche et profond : le Tao de la Longue Vie.
Le Tao de la Longue Vie
Pour les taoïstes, l’état de maladie est dû à une diminution de la bonne circulation des énergies qui soutiennent la vie. Ce déséquilibre profond entre les deux polarités universelles Yin et Yang était
inacceptable pour un sage tenté par la perfection.
La maladie et la mort sont considérées comme un état Yin. Elles sont la manifestation des caractéristiques de type Yin comme la passivité, la diminution du potentiel énergétique, l’humidité, le froid, l’obscurité.
À l'inverse la vitalité, état Yang, manifeste les qualités suivantes activité, expansion, chaleur et luminosité.
D’une façon plus précise, le corps dans sa matérialité (cellules, chair, os, etc.) représentait le côté Yin de l’être humain, tandis que son énergie et ses capacités mentales en étaient la face Yang.
L’art de la Longue Vie consiste donc à maintenir ces deux forces en contact étroit, le plus longtemps possible. C’est pourquoi aucune autre civilisation n’a réuni autant d’informations sur le sujet et la pratique de la longévité.
L'alchimiste et médecin Ge Hong (284-364) décrit ainsi la vie de 94 ermites taoïstes qui ont atteint la réalisation du corps de longue vie, ils les nomme les "94 étoiles de longévité".
Dès l’Antiquité, les taoïstes développèrent un ensemble de méthodes et de pratiques permettant de “ nourrir la vie “ (Yang Sheng) et d’éviter la maladie, principale cause de décès.
La manière de prévenir cette dernière est appelée la “ voie de la vie “ (Shen Dao) dans le célèbre classique chinois attribué à Lao Zi, le Dao De Jing.
Dès la rédaction du Dao De Jing de Lao Zi, et surtout de la “bible” des acupuncteurs, le Nei Jing (722 avant J.-C.), les grandes lignes sur la façon de prolonger la vie sont déjà clairement conseillées :
• Nourritures adéquates pour le corps, le psychisme et les émotions
•Adaptation aux rythmes journaliers, saisonniers et climatiques
Nous retrouvons ici de grandes idées qui seront reprises par les thérapeutes modernes : éviter les stress, conserver sa bonne humeur, respecter les grands rythmes biologiques (biorythmes).
Les deux voies de la Longue Vie
Il existe selon les taoïstes deux voies essentielles grâce auxquelles l’homme peut vivre la durée normale (plus de cent ans), que l’on appelle longévité : premièrement, en vivant en harmonie avec la nature ; deuxièmement, en menant un style de vie modérée.
L’harmonie avec la nature
Cela signifie suivre l’exemple naturel de la nature. Cela
veut dire tout simplement que, de même qu’il existe des changements réguliers dans la nature, comme les quatre saisons, la pleine lune, la demi-lune, etc., il doit exister des changements réguliers dans notre mode de vie. Il y a des aliments qu’il est bon de consommer au printemps, il y en a d’autres qui sont consommables en hiver.
Observer la règle du Yin et du Yang consiste à observer les changements de climat et de l'environnement.
Le principe de modération
Il faut pour l'appliquer se conduire de manière équilibrée dans notre alimentation et dans notre hygiène de vie en général. Ces principes anciens seront exposés plus avant. Guan Zi, un philosophe de la période des Printemps et Automne dit :
"L'irrégularité dans le rythme quotidien entraîne l'épuisement du corps et gâche la vie"
De la modération aux excès
Dès l’établissement de l’école taoïste aux derniers temps de la dynastie des Han (100 à 200 avant J.-C.) s’élabora un culte organisé de l’immortalité et de la longévité, pratiqué par l'école des “cinq mesures de riz“. Les adeptes de cette secte accomplissaient des rites de purification et des rites sexuels. La légende rapporte que le fondateur de ce courant, Zhang Dao Ling, avala des pastilles aux cinq venins (serpent, scorpion, lézard…), la légende dit qu'à l’âge de soixante ans, il retrouva le visage d’un adolescent. Selon la
théorie chinoise, le poison tue le poison, ce qui n’est pas sans nous rappeler la théorie de l’homéopathie qui guérit le mal par le mal. Bien sûr, dans ces élixirs tout est question de dosage et l’histoire taoïste abonde en anecdotes d’empoisonnements avec les élixirs de Longue Vie.
C’est pourquoi la médecine chinoise a recueilli une somme insurpassable d’expériences sur les effets médicinaux de toutes ces substances, accumulant ainsi une expérience unique au monde dans le domaine de l’utilisation des matières naturelles.
Un texte de la dynastie des Song, qui date de 1150, résume la
biographie de Lu Yen, un de ces “sages immortels “ qui auraient découvert le secret de la longévité :
“Moi, Lu Yen, je viens de la province de Chanxi. J'ai essayé, sans succès, de passer l’examen de médecin. Puis je suis parti vers les montagnes sacrées de Hua Shan où j’ai rencontré Zhong Li Kuan qui m’a révélé les “formules de la grande médecine de l’élixir d’or”. J’ai atteint le Tao à l’âge de cinquante ans.”
Lu raconte qu’il a sauvé plusieurs personnes, par ses soins naturels d'une mort certaine. La légende rapporte que Lu creusa le sol et fit jaillir une source de longévité, considérée depuis comme sacrée par les fonctionnaires impériaux.
L’histoire officielle de la dynastie des Song précise qu’à l’âge de cent ans, Lu Yen gardait toujours le visage d’un jeune garçon.
La force de l'esprit
L’un des grands livres de la philosophie taoïste, considéré comme l’un de ses canons, le Sao Shou (ce livre est une compilation d’ouvrages écrits sous les Song), inclut un texte pratique : le livre sur la prolongation de la vie dans lequel les méthodes anciennes de guérison et de prévision des maladies sont exposées. Les
autres textes de cet ouvrage préconisent à la fois des exercices de longévité et des exercices spirituels ou mystiques.
Les textes taoïstes précisent que la longévité humaine ne peut être obtenue par la seule purification du corps, une évolution de la conscience est aussi nécessaire.
Le Ming, force vitale de la conscience évolutive, doit être purifié par la transformation de l’essence séminale (le Jing) en énergie (le. Qi); le Xing, ou essence d’être innée (la conscience d’être au sens large),
est purifiée par la transmutation de l’énergie (le Qi,) en conscience pure (le Shen).
Alors s’effectue l’union mystique et alchimique des taoïstes qui conduit à la longue vie du sage. Ces notions, qui puisent leur origine au cœur du Tao ancien, nous font entrevoir la découverte, de la
psychosomatique par la Chine antique. De plus, les méthodes utilisées pour accroître la longévité sont toujours appréhendées sous leur aspect à la fois physique et psychique : effet psycho-corporel du yoga chinois (Daoyin), ou plus simplement résultat thérapeutique de l'action d’une plante tonique.
La vie, la mort et le Tao
Le phénomène naturel de la vie et de la mort est décrit au chapitre cinquante-quatre du Ling Shu (second tome du Nei Jing), titré “ Longévité naturelle “.
Dans ce texte classique, la longévité est évaluée par l’état de l’énergie et du sang (l’énergie est Yang, le sang est Yin).
La condition des organes internes autant que la forme physique. Dans ce même texte sont exposées des méthodes de prévention des maladies et des moyens d’accroître la durée de la vie.
Lorsque l’Empereur Jaune demande : “Qu’est-ce que la conscience ?”,
Qibo lui répond : “Lorsque le sang et l’énergie sont en équilibre, les énergies nutritives et de défense du corps (Wei Qi) sont en harmonie. Les cinq organes vitaux (cœur, rate, poumons, reins, foie) sont remplis de force, l’énergie de la conscience réside dans le centre du cœur, ainsi l’âme et le corps physique sont en harmonie ; l’être humain est en plénitude.”
L’Empereur Jaune demande alors :"Une personne peut jouir de la longévité, ou connaître une mort prématurée, elle peut aussi mourir subitement, ou éprouver une maladie chronique. J’aimerais savoir pourquoi les gens sont si différents à cet égard ?”
Qibo répond :“Lorsque les cinq organes vitaux sont pleins d’énergie, les vaisseaux sanguins et les méridiens d’acupuncture sont en harmonie, les muscles sont souples, la peau est ferme, les énergies de défense (immunitaire) et les énergies nutritives (le métabolisme) sont produites normalement. La respiration est lente et calme, l’énergie vitale coule dans les douze méridiens principaux, les six viscères (intestin grêle, colon, vésicule biliaire, estomac, vessie, le système des trois réchauffeurs) sont en mesure de transformer les nourritures, les fluides vitaux sont produits régulièrement. Toutes les conditions sont réunies pour une bonne santé et la personne jouira de la longévité.”
L'Empereur Jaune surenchérit : “Puis-je savoir comment l’énergie d’une personne peut être déficiente, et engendrer la mort ?”
Qibo répondit : “Les cinq organes vitaux sont équilibrés à partir de l’âge de dix ans ainsi que l’énergie et le sang, l’énergie reste cependant dominante dans le bas du corps, c’est pourquoi il aime marcher et courir. À l’âge de vingt ans, le sang et l’énergie deviennent abondants, et les muscles se développent, ce qui correspond à un besoin d’activité physique. A l’âge de trente ans, les cinq organes sont formés d’une façon définitive, les muscles sont durs, les
vaisseaux sanguins et les méridiens d’acupuncture sont en pleine maturité. La démarche est assurée et stable."
Nourrir le principe vital
Les méthodes taoïstes de longévité, nommées Yang Sheng - nourrir la vie - par les anciens taoïstes incluent l’hygiène de vie quotidienne, celle de l’esprit et des émotions et l’adaptation aux cycles biologiques et climatiques de la nature.
Dans la Chine actuelle, et dans de nombreux hôpitaux de médecine traditionnelle, ces méthodes sont maintenant enseignées sur les mêmes bases et dans les mêmes termes que par le passé. De plus, ces méthodes bénéficient de preuves cliniques officielles et abondantes qui confirment leur efficacité ; en particulier dans les domaines suivants : diététique chinoise, herboristerie, massage traditionnel, gymnastique chinoise et exercices respiratoires.
Les méthodes de longévité se classent en techniques utilisant les forces internes“ de l’homme ou les énergies “externes“ de la nature. Les méthodes dites “internes “ sont celles qui utilisent les ressources
psychophysiologiques de l'être humain. De telle façon que celui-ci produise sa propre énergie curative, ou pour parler l’ancien langage, son propre “ élixir de longue vie “.
Ces anciennes méthodes peuvent être comparées à certaines écoles modernes de guérison officielles ou alternatives : autosuggestion, sophrologie, psychanalyse, massage sensitif …
Ces méthodes “internes “ utilisent certains exercices de respiration, de relaxation, de visualisation et de méditation (au sens asiatique du terme).
Les méthodes surnommées “ externes “ mettent en œuvre certaines formes de massages, de manipulations et utilisent largement les recettes de la diététique et la phytothérapie millénaires.
Le développement de ces pratiques pour “ nourrir la vie” et retarder l’ultime échéance a toujours été associé aux taoïstes et à leur culte de l’immortalité.
Dragon Céleste
Dans le texte magistral du philosophe taoïste Zhuang Zi (huit siècles avant J.-C.), le caractère désignant l’immortalité était employé au premier chapitre :
“Très loin, au-delà des montagnes, vit un immortel à la peau lumineuse et pure comme la glace ; il rayonne de grâce naturelle comme un adolescent. Il s'abstient de consommer les cinq céréales, mais inhale les vents et se désaltère de la rosée du matin..."
La plupart des anciens textes taoïstes décrivent plusieurs types d’immortalités : physique, spirituelle, grande longévité, acquisition de fonctions paranormales, etc.
Considérer cette immortalité comme une simple superstition serait une erreur, car ce mot ne doit pas être pris au pied de la lettre.
Xian est un symbole éloquent : celui de la recherche d’un équilibre physique et psychique, dont la médecine traditionnelle chinoise ne représente qu’une facette sophistiquée d’un système antique d'hygiène vitale riche et profond : le Tao de la Longue Vie.
Le Tao de la Longue Vie
Pour les taoïstes, l’état de maladie est dû à une diminution de la bonne circulation des énergies qui soutiennent la vie. Ce déséquilibre profond entre les deux polarités universelles Yin et Yang était
inacceptable pour un sage tenté par la perfection.
La maladie et la mort sont considérées comme un état Yin. Elles sont la manifestation des caractéristiques de type Yin comme la passivité, la diminution du potentiel énergétique, l’humidité, le froid, l’obscurité.
À l'inverse la vitalité, état Yang, manifeste les qualités suivantes activité, expansion, chaleur et luminosité.
D’une façon plus précise, le corps dans sa matérialité (cellules, chair, os, etc.) représentait le côté Yin de l’être humain, tandis que son énergie et ses capacités mentales en étaient la face Yang.
L’art de la Longue Vie consiste donc à maintenir ces deux forces en contact étroit, le plus longtemps possible. C’est pourquoi aucune autre civilisation n’a réuni autant d’informations sur le sujet et la pratique de la longévité.
L'alchimiste et médecin Ge Hong (284-364) décrit ainsi la vie de 94 ermites taoïstes qui ont atteint la réalisation du corps de longue vie, ils les nomme les "94 étoiles de longévité".
Dès l’Antiquité, les taoïstes développèrent un ensemble de méthodes et de pratiques permettant de “ nourrir la vie “ (Yang Sheng) et d’éviter la maladie, principale cause de décès.
La manière de prévenir cette dernière est appelée la “ voie de la vie “ (Shen Dao) dans le célèbre classique chinois attribué à Lao Zi, le Dao De Jing.
Dès la rédaction du Dao De Jing de Lao Zi, et surtout de la “bible” des acupuncteurs, le Nei Jing (722 avant J.-C.), les grandes lignes sur la façon de prolonger la vie sont déjà clairement conseillées :
• Nourritures adéquates pour le corps, le psychisme et les émotions
•Adaptation aux rythmes journaliers, saisonniers et climatiques
Nous retrouvons ici de grandes idées qui seront reprises par les thérapeutes modernes : éviter les stress, conserver sa bonne humeur, respecter les grands rythmes biologiques (biorythmes).
Les deux voies de la Longue Vie
Il existe selon les taoïstes deux voies essentielles grâce auxquelles l’homme peut vivre la durée normale (plus de cent ans), que l’on appelle longévité : premièrement, en vivant en harmonie avec la nature ; deuxièmement, en menant un style de vie modérée.
L’harmonie avec la nature
Cela signifie suivre l’exemple naturel de la nature. Cela
veut dire tout simplement que, de même qu’il existe des changements réguliers dans la nature, comme les quatre saisons, la pleine lune, la demi-lune, etc., il doit exister des changements réguliers dans notre mode de vie. Il y a des aliments qu’il est bon de consommer au printemps, il y en a d’autres qui sont consommables en hiver.
Observer la règle du Yin et du Yang consiste à observer les changements de climat et de l'environnement.
Le principe de modération
Il faut pour l'appliquer se conduire de manière équilibrée dans notre alimentation et dans notre hygiène de vie en général. Ces principes anciens seront exposés plus avant. Guan Zi, un philosophe de la période des Printemps et Automne dit :
"L'irrégularité dans le rythme quotidien entraîne l'épuisement du corps et gâche la vie"
De la modération aux excès
Dès l’établissement de l’école taoïste aux derniers temps de la dynastie des Han (100 à 200 avant J.-C.) s’élabora un culte organisé de l’immortalité et de la longévité, pratiqué par l'école des “cinq mesures de riz“. Les adeptes de cette secte accomplissaient des rites de purification et des rites sexuels. La légende rapporte que le fondateur de ce courant, Zhang Dao Ling, avala des pastilles aux cinq venins (serpent, scorpion, lézard…), la légende dit qu'à l’âge de soixante ans, il retrouva le visage d’un adolescent. Selon la
théorie chinoise, le poison tue le poison, ce qui n’est pas sans nous rappeler la théorie de l’homéopathie qui guérit le mal par le mal. Bien sûr, dans ces élixirs tout est question de dosage et l’histoire taoïste abonde en anecdotes d’empoisonnements avec les élixirs de Longue Vie.
C’est pourquoi la médecine chinoise a recueilli une somme insurpassable d’expériences sur les effets médicinaux de toutes ces substances, accumulant ainsi une expérience unique au monde dans le domaine de l’utilisation des matières naturelles.
Un texte de la dynastie des Song, qui date de 1150, résume la
biographie de Lu Yen, un de ces “sages immortels “ qui auraient découvert le secret de la longévité :
“Moi, Lu Yen, je viens de la province de Chanxi. J'ai essayé, sans succès, de passer l’examen de médecin. Puis je suis parti vers les montagnes sacrées de Hua Shan où j’ai rencontré Zhong Li Kuan qui m’a révélé les “formules de la grande médecine de l’élixir d’or”. J’ai atteint le Tao à l’âge de cinquante ans.”
Lu raconte qu’il a sauvé plusieurs personnes, par ses soins naturels d'une mort certaine. La légende rapporte que Lu creusa le sol et fit jaillir une source de longévité, considérée depuis comme sacrée par les fonctionnaires impériaux.
L’histoire officielle de la dynastie des Song précise qu’à l’âge de cent ans, Lu Yen gardait toujours le visage d’un jeune garçon.
La force de l'esprit
L’un des grands livres de la philosophie taoïste, considéré comme l’un de ses canons, le Sao Shou (ce livre est une compilation d’ouvrages écrits sous les Song), inclut un texte pratique : le livre sur la prolongation de la vie dans lequel les méthodes anciennes de guérison et de prévision des maladies sont exposées. Les
autres textes de cet ouvrage préconisent à la fois des exercices de longévité et des exercices spirituels ou mystiques.
Les textes taoïstes précisent que la longévité humaine ne peut être obtenue par la seule purification du corps, une évolution de la conscience est aussi nécessaire.
Le Ming, force vitale de la conscience évolutive, doit être purifié par la transformation de l’essence séminale (le Jing) en énergie (le. Qi); le Xing, ou essence d’être innée (la conscience d’être au sens large),
est purifiée par la transmutation de l’énergie (le Qi,) en conscience pure (le Shen).
Alors s’effectue l’union mystique et alchimique des taoïstes qui conduit à la longue vie du sage. Ces notions, qui puisent leur origine au cœur du Tao ancien, nous font entrevoir la découverte, de la
psychosomatique par la Chine antique. De plus, les méthodes utilisées pour accroître la longévité sont toujours appréhendées sous leur aspect à la fois physique et psychique : effet psycho-corporel du yoga chinois (Daoyin), ou plus simplement résultat thérapeutique de l'action d’une plante tonique.
La vie, la mort et le Tao
Le phénomène naturel de la vie et de la mort est décrit au chapitre cinquante-quatre du Ling Shu (second tome du Nei Jing), titré “ Longévité naturelle “.
Dans ce texte classique, la longévité est évaluée par l’état de l’énergie et du sang (l’énergie est Yang, le sang est Yin).
La condition des organes internes autant que la forme physique. Dans ce même texte sont exposées des méthodes de prévention des maladies et des moyens d’accroître la durée de la vie.
Lorsque l’Empereur Jaune demande : “Qu’est-ce que la conscience ?”,
Qibo lui répond : “Lorsque le sang et l’énergie sont en équilibre, les énergies nutritives et de défense du corps (Wei Qi) sont en harmonie. Les cinq organes vitaux (cœur, rate, poumons, reins, foie) sont remplis de force, l’énergie de la conscience réside dans le centre du cœur, ainsi l’âme et le corps physique sont en harmonie ; l’être humain est en plénitude.”
L’Empereur Jaune demande alors :"Une personne peut jouir de la longévité, ou connaître une mort prématurée, elle peut aussi mourir subitement, ou éprouver une maladie chronique. J’aimerais savoir pourquoi les gens sont si différents à cet égard ?”
Qibo répond :“Lorsque les cinq organes vitaux sont pleins d’énergie, les vaisseaux sanguins et les méridiens d’acupuncture sont en harmonie, les muscles sont souples, la peau est ferme, les énergies de défense (immunitaire) et les énergies nutritives (le métabolisme) sont produites normalement. La respiration est lente et calme, l’énergie vitale coule dans les douze méridiens principaux, les six viscères (intestin grêle, colon, vésicule biliaire, estomac, vessie, le système des trois réchauffeurs) sont en mesure de transformer les nourritures, les fluides vitaux sont produits régulièrement. Toutes les conditions sont réunies pour une bonne santé et la personne jouira de la longévité.”
L'Empereur Jaune surenchérit : “Puis-je savoir comment l’énergie d’une personne peut être déficiente, et engendrer la mort ?”
Qibo répondit : “Les cinq organes vitaux sont équilibrés à partir de l’âge de dix ans ainsi que l’énergie et le sang, l’énergie reste cependant dominante dans le bas du corps, c’est pourquoi il aime marcher et courir. À l’âge de vingt ans, le sang et l’énergie deviennent abondants, et les muscles se développent, ce qui correspond à un besoin d’activité physique. A l’âge de trente ans, les cinq organes sont formés d’une façon définitive, les muscles sont durs, les
vaisseaux sanguins et les méridiens d’acupuncture sont en pleine maturité. La démarche est assurée et stable."
Nourrir le principe vital
Les méthodes taoïstes de longévité, nommées Yang Sheng - nourrir la vie - par les anciens taoïstes incluent l’hygiène de vie quotidienne, celle de l’esprit et des émotions et l’adaptation aux cycles biologiques et climatiques de la nature.
Dans la Chine actuelle, et dans de nombreux hôpitaux de médecine traditionnelle, ces méthodes sont maintenant enseignées sur les mêmes bases et dans les mêmes termes que par le passé. De plus, ces méthodes bénéficient de preuves cliniques officielles et abondantes qui confirment leur efficacité ; en particulier dans les domaines suivants : diététique chinoise, herboristerie, massage traditionnel, gymnastique chinoise et exercices respiratoires.
Les méthodes de longévité se classent en techniques utilisant les forces internes“ de l’homme ou les énergies “externes“ de la nature. Les méthodes dites “internes “ sont celles qui utilisent les ressources
psychophysiologiques de l'être humain. De telle façon que celui-ci produise sa propre énergie curative, ou pour parler l’ancien langage, son propre “ élixir de longue vie “.
Ces anciennes méthodes peuvent être comparées à certaines écoles modernes de guérison officielles ou alternatives : autosuggestion, sophrologie, psychanalyse, massage sensitif …
Ces méthodes “internes “ utilisent certains exercices de respiration, de relaxation, de visualisation et de méditation (au sens asiatique du terme).
Les méthodes surnommées “ externes “ mettent en œuvre certaines formes de massages, de manipulations et utilisent largement les recettes de la diététique et la phytothérapie millénaires.
Le développement de ces pratiques pour “ nourrir la vie” et retarder l’ultime échéance a toujours été associé aux taoïstes et à leur culte de l’immortalité.
Dragon Céleste

Chers nouveaux, merci de bien lire le règlement et de faire attention à l'orthographe. Merci aussi de comprendre que modos et admins ne peuvent pas répondre à des MP d'entraide et que le partage se passe sur le forum.
Que la Lumière soit avec vous.
Que la Lumière soit avec vous.
Re: Le Taoïsme
Le tantra du Tao
En Chine, le Tao a élaboré des pratiques sexuelles pour sauvegarder la vie, la santé, la longévité et atteindre l’immortalité. Les principes du Tantra et du Taoïsme sont en plusieurs points identiques. Ils cherchent à réunir les contraires : l’homme et la femme, à vivre les expériences de la vie incluant la sexualité comme point de départ vers la spiritualité et comme point final vers la vérité.
Pour la voie taoïste, le sperme (Jing ou essence vitale) est conservé et utilisé pour être transformé en énergie (Qi) et raffiné en esprit (Shen). La montée de l’énergie sexuelle se fait par le canal d’énergie du dos (Du Mai) qui comporte des points de raffinage, pour revenir à l’avant dans le canal (Ren Mai), cette réunion en boucle appelé Orbite Microcosmique régénère les centres supérieurs du cerveau en activant le point Paé Roe (Cent Réunions). Lorsque ce point est chargé d’énergie celle-ci se répand dans les cent canaux d’énergie et aide à guérir les « cent maladies ».
Les vraies pratiques taoïstes sont fort simples à comprendre, et les textes contiennent principalement des exposés pour les pratiques. Les anciens maîtres taoïstes considéraient la nature comme leur professeur et ils l’observaient dans toutes ses dimensions : Ciel-Terre-Homme pour en observer les mouvements et en conserver l’équilibre. Les sages observaient l’équilibre des forces de la nature et trouvaient la même harmonie en eux-mêmes. La vie est simple et naturelle dans cette manière de voir les choses. Point n’est besoin d’images culturelles étrangères ni de concepts religieux pour éclairer la vision naturelle et harmonieuse du Tao. Il n’y a qu’à observer la nature qui se manifeste dans les cinq éléments, l’Eau et le Feu, le Yin et le Yang qui servent à mieux comprendre l’humain.
Pour atteindre l’équilibre sexuel, il s’agit d’observer que la femme est Eau car elle génère l’énergie Yin froide et qu’elle a le pouvoir de réguler l’homme qui est Feu car il génère l’énergie Yang chaude.
À un niveau plus profond, on peut observer que l’homme non-stimulé sexuellement est Yin profondément (Eau ou sperme) même s’il est Yang (Feu) à l’extérieur, mais lorsqu’il est stimulé sexuellement, près de l’orgasme, il se transforme en Yang de Yang ou en Feu. Tandis que la femme non-stimulée sexuellement est Yang profondément (Feu ou ovules) même si elle est Yin (Eau) à l’extérieur, mais lorsqu’elle est stimulée sexuellement, en état d’orgasme, son énergie se transforme en Yin de Yin ou en Eau. La force d’attraction et la recherche de l’autre pour s’harmoniser et s’équilibrer découle de ces deux polarités Yin /Yang.
À un niveau de conscience encore plus profond, on peut observer que l’homme possède en son corps à la fois l’Eau et le Feu et qu’ainsi il peut réaliser un équilibre interne parfait en harmonisant son Feu (Cœur-Esprit) avec son sperme (Eau- sexe). Et que la femme possède aussi l’Eau (énergie des ovules stimulée sexuellement) et le Feu (Cœur-esprit).
Il devient facile pour l’homme d’utiliser ces symboles Eau et Feu ou Yin et Yang lorsqu’il connaît les détails spécifiques des pratiques suivantes :
- retenir la semence;
- déplacer les énergies sexuelles dans les canaux d’énergie;
- comment échanger ces énergies avec une femme tout en conservant
son pouvoir.
Il devient plus régénérant et guérissant pour la femme lorsqu’elle sait :
- arrêter les menstruations en recyclant les ovules ;
- déplacer les énergies sexuelles dans les canaux d’énergie;
- comment échanger ces énergies avec un homme.
Le but du Tao sexuel est la jouissance et la santé de la femme et la vitalité de l’homme sans perte.
Dans le Tao, il n'y a pas de jugement par rapport aux homosexuels. Mais le but du Tao est toujours d'atteindre l'équilibre des énergies, ni trop Yin ni trop Yang. Il est facile de constater que deux hommes en relation sexuelle provoque une sur activation du Feu (Yang) et que le fait pour un homme d’être seul peut provoquer le même phénomène. D'où le principe à respecter dans le Tao est de rafraîchir le Yang masculin soit:
- en pratiquant la méditation des six sons de la santé;
- en absorbant le Yin (froid) de la terre et l'énergie froide de la lune;
- en mangeant végétarien pour compenser l'absence du féminin Yin.
Ces pratiques vont servir à rafraîchir les organes internes qui vont à leur tour permettre de transférer une énergie plus Yin (fraîche) dans la zone sexuelle et apaiser le désir exacerbé par le Feu (Yang).
Deux femmes en relation sexuelle ou une femme sans partenaire sexuel masculin génèrent plus d'énergie Yin (froide) ce qui peut aller jusqu'à provoquer la stagnation de l'énergie et provoquer un amas de Yin (gras, kyste, lenteur, fatigue..). Pour aider à contrebalancer ces énergies Yin en excès, le Tao suggère des pratiques pour stimuler et absorber le Yang (Feu), par exemple:
- absorber le Yang solaire;
- stimuler la montée de Yang dans la méditation;
- absorber l'énergie céleste (Yang);
- manger des aliments Yang pour compenser l’absence du masculin
Yang (chaud).
Passages tirés de: Chroniques le chinois
En chaque instant, il y a seulement la vacuité du yin recevant l’ensemble du yang , c’est le mariage éternel de l’homme et de la femme, de l’esprit et de la matière, du ciel et de la terre.
En Chine, le Tao a élaboré des pratiques sexuelles pour sauvegarder la vie, la santé, la longévité et atteindre l’immortalité. Les principes du Tantra et du Taoïsme sont en plusieurs points identiques. Ils cherchent à réunir les contraires : l’homme et la femme, à vivre les expériences de la vie incluant la sexualité comme point de départ vers la spiritualité et comme point final vers la vérité.
Pour la voie taoïste, le sperme (Jing ou essence vitale) est conservé et utilisé pour être transformé en énergie (Qi) et raffiné en esprit (Shen). La montée de l’énergie sexuelle se fait par le canal d’énergie du dos (Du Mai) qui comporte des points de raffinage, pour revenir à l’avant dans le canal (Ren Mai), cette réunion en boucle appelé Orbite Microcosmique régénère les centres supérieurs du cerveau en activant le point Paé Roe (Cent Réunions). Lorsque ce point est chargé d’énergie celle-ci se répand dans les cent canaux d’énergie et aide à guérir les « cent maladies ».
Les vraies pratiques taoïstes sont fort simples à comprendre, et les textes contiennent principalement des exposés pour les pratiques. Les anciens maîtres taoïstes considéraient la nature comme leur professeur et ils l’observaient dans toutes ses dimensions : Ciel-Terre-Homme pour en observer les mouvements et en conserver l’équilibre. Les sages observaient l’équilibre des forces de la nature et trouvaient la même harmonie en eux-mêmes. La vie est simple et naturelle dans cette manière de voir les choses. Point n’est besoin d’images culturelles étrangères ni de concepts religieux pour éclairer la vision naturelle et harmonieuse du Tao. Il n’y a qu’à observer la nature qui se manifeste dans les cinq éléments, l’Eau et le Feu, le Yin et le Yang qui servent à mieux comprendre l’humain.
Pour atteindre l’équilibre sexuel, il s’agit d’observer que la femme est Eau car elle génère l’énergie Yin froide et qu’elle a le pouvoir de réguler l’homme qui est Feu car il génère l’énergie Yang chaude.
À un niveau plus profond, on peut observer que l’homme non-stimulé sexuellement est Yin profondément (Eau ou sperme) même s’il est Yang (Feu) à l’extérieur, mais lorsqu’il est stimulé sexuellement, près de l’orgasme, il se transforme en Yang de Yang ou en Feu. Tandis que la femme non-stimulée sexuellement est Yang profondément (Feu ou ovules) même si elle est Yin (Eau) à l’extérieur, mais lorsqu’elle est stimulée sexuellement, en état d’orgasme, son énergie se transforme en Yin de Yin ou en Eau. La force d’attraction et la recherche de l’autre pour s’harmoniser et s’équilibrer découle de ces deux polarités Yin /Yang.
À un niveau de conscience encore plus profond, on peut observer que l’homme possède en son corps à la fois l’Eau et le Feu et qu’ainsi il peut réaliser un équilibre interne parfait en harmonisant son Feu (Cœur-Esprit) avec son sperme (Eau- sexe). Et que la femme possède aussi l’Eau (énergie des ovules stimulée sexuellement) et le Feu (Cœur-esprit).
Il devient facile pour l’homme d’utiliser ces symboles Eau et Feu ou Yin et Yang lorsqu’il connaît les détails spécifiques des pratiques suivantes :
- retenir la semence;
- déplacer les énergies sexuelles dans les canaux d’énergie;
- comment échanger ces énergies avec une femme tout en conservant
son pouvoir.
Il devient plus régénérant et guérissant pour la femme lorsqu’elle sait :
- arrêter les menstruations en recyclant les ovules ;
- déplacer les énergies sexuelles dans les canaux d’énergie;
- comment échanger ces énergies avec un homme.
Le but du Tao sexuel est la jouissance et la santé de la femme et la vitalité de l’homme sans perte.
Dans le Tao, il n'y a pas de jugement par rapport aux homosexuels. Mais le but du Tao est toujours d'atteindre l'équilibre des énergies, ni trop Yin ni trop Yang. Il est facile de constater que deux hommes en relation sexuelle provoque une sur activation du Feu (Yang) et que le fait pour un homme d’être seul peut provoquer le même phénomène. D'où le principe à respecter dans le Tao est de rafraîchir le Yang masculin soit:
- en pratiquant la méditation des six sons de la santé;
- en absorbant le Yin (froid) de la terre et l'énergie froide de la lune;
- en mangeant végétarien pour compenser l'absence du féminin Yin.
Ces pratiques vont servir à rafraîchir les organes internes qui vont à leur tour permettre de transférer une énergie plus Yin (fraîche) dans la zone sexuelle et apaiser le désir exacerbé par le Feu (Yang).
Deux femmes en relation sexuelle ou une femme sans partenaire sexuel masculin génèrent plus d'énergie Yin (froide) ce qui peut aller jusqu'à provoquer la stagnation de l'énergie et provoquer un amas de Yin (gras, kyste, lenteur, fatigue..). Pour aider à contrebalancer ces énergies Yin en excès, le Tao suggère des pratiques pour stimuler et absorber le Yang (Feu), par exemple:
- absorber le Yang solaire;
- stimuler la montée de Yang dans la méditation;
- absorber l'énergie céleste (Yang);
- manger des aliments Yang pour compenser l’absence du masculin
Yang (chaud).
Passages tirés de: Chroniques le chinois

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