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Merlin

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Merlin

Message par topa le Mer 22 Avr 2009 - 11:44

Adaptation de (passages de) l'ouvrage : Le devin maudit Merlin, Lailoken, Suibhne, Textes et étude de Philippe Walter.


Depuis longtemps on s'interroge sur les origines du personnage de Merlin. Les tenants de son origine purement historique s'opposent aux partisants de sa provenance mythologique.
Au fil du temps, des thèses conciliatrices finirent par voir en lui la fusion imaginaire d'un personnage mythique et d'un personnage historique: il s'agirait d'un chef de clan nommé Myrrdin confondu avec l'Ambrosius dont parle Gildas (De excidio Britannia).
Il n'est pas évident de postuler l'existence d'un mythe de Merlin antérieur à toute les légendes médiévales qui conservent l'histoire de l'enchanteur. Une telle hypothèse est loin d'être invraisemblable dans la mesure où les écrivains médiévaux colportaient en réalité une vieille matière folklorique orale sur un résidu d'une pensée mythique ancienne.
Cependant certaines de ses particularités physiques ou psychologiques sont trop étranges ou trop archaïques pour pouvoir relever de la seule culture chrétienne. En outre, une comparaison spontanée avec des figures similaires, nettement repérées comme mythiques (le Sylvain, le Faune, l'Homme sauvage) tend à faire de Merlin l'héritier d'une longue mémoire des divinités sylvestres. Un substrat mythique ancien, probablement d'origine galloise, a servi, dans son cas, à composer une figure complexe dans laquelle le Moyen Âge chrétien a pu naturellement projeter quelques-unes de ses obsessions majeures (prophétisme et messianisme en particulier). C'est ainsi que Merlin est devenu un personnage mêlant le passé celtique voire préceltique à des pans importants de culture chrétienne.
On affirme parfois que Merlin résume le mythe de l'enchanteur; il est une sorte de dieu-druide ou de druide divin sans que l'on puisse toutefois renvoyer avec certitude ce personnage au seul passé mythologique celtique.
Saisi dans son expression la plus ancienne, le mythe de Merlin pourrait présenter des traits archaïques préindo-européens; il tournerait autour d'une figure qui n'incarnerait ni la fécondité ni la prouesse guerrière (à priori) mais bien une forme de souveraineté plutôt magique, une sorte de royauté chamanique.
Le pouvoir de Merlin semble plus spirituel que temporel. En fait le personnage pourrait bien avoir connu une évolution caractéristique qui l'aurait entraîné vers ce rôle spirituel à partir d'un statut très différent de roi guerrier ou de roi garant des trois fonctions indo-européennes (sacerdoce, guerre, fécondité).
Cette catégorie est dénommée (par Claude Sterckx) "dieux protéens des celtes et des indo-européens".
Personnage aux multiples visages, Merlin échappe aux classifications rationnelles de la mythologie positiviste. Il est toujours différent de celui qu'on attend ou pressent; il incarne une altérité fondamentale. Il est toujours autre, toujours fuyant et masqué. Il n'appartient pas aux humains puisqu'aussi bien les caractéristiques de sa naissance que les circonstances mêmes de sa vie le font échapper aux lois ordinaires du temps.

Si Lailoken (signifiant "le jumeau" est le surnom d'un homologue de Merlin dans un extrait de la Vita Kentigerni, c'est sans doute en vertu de la croyance au double. Merlin est une figure de revenant, c'est aussi une figure dédoublée qui peut prendre une apparence zoomorphe ou qui peut adopter diverses apparences humaines, c'est aussi une figure constamment associée au monde animal.




Merlin et l'oiseau devin

Une très naïve association d'idées inciterait à rapprocher Merlin du merle. La première espèce animale à laquelle se relie Merlin, par ses métamorphoses, est celle de l'oiseau.
La Folie de Suibhne raconte l'histoire du mythique Suibhne qui s'apparente aux vieilles divinités forestières. Comme Merlin, Suibhne est saisi par la folie après avoir perdu une bataille. Cette folie semble être la malédiction d'une faute commise contre saint Ronan dont il a jeté les livres dans un lac et tué un des clercs d'un coup de javelot. Au cours de sa folie, il s'envole, prenant ainsi l'apparence d'un oiseau. Comme Merlin, lui aussi vaincu lors d'une bataille, il s'établit dans les bois, perd sa femme qui rejoint un autre roi et choisit de s'établir dans un if, arbre sacré du monde celtique. En vivant dans la forêt, il acquiert une connaissance parfaite de la nature, des arbres et des bêtes de la forêt. Il finira par être assassiné par un mari jaloux, avec la bénédiction de saint Ronan qui avait prié pour sa malédiction.
Dans la Folie de Suibhne, le héros éponyme, qui est l'exact parallèle de Merlin, se transforme en oiseau. Il faut rappeler qu'en anglais merlin désigne encore de nos jours l'émérillon, petit faucon employé pour la chasse. On pourrait aussi pressentir une parenté ancienne et probablement mythique entre Merlin et le merle, plus particulièrement le merle blanc, figure traditionnelle de contes folkloriques.
L'association de Merlin et du merle paraît une confusion secondaire et sans doute tardive. Elle ne permet pas de remonter à la forme celtique ancienne du nom car elle n'est guère possible qu'en français médiéval. Cependant la piste du merle n'est pas à écarter car l'onomastique, même approximative est souvent déterminante en mythologie. Par ailleurs, les anciens textes français mentionnent un mystérieux esplumoir de Merlin, la traduction la plus évidente de l'esplumoir serait une sorte de nid où l'oiseau Merlin abandonne l'une de ses apparences animales.
On note aussi que le merle dans le monde celtique est souvent associé à la magie et à l'Autre Monde. Son nom gaélique (druid-dhubh) souligne sa relation aux druides.
Dans un épidose d'un roman français du XIIIème siècle, Merlin se déguise en barde et en devin comme s'il voulait rappeler par là l'éminente valeur de la musique, privilège des druides dans la civilisation celtique. Les personnes envoûtées par ce chant du merle sont littéralement transportées dans l'Autre Monde et vivent dans un temps différent du temps humain.
C'est aussi l'un des pouvoirs de Merlin que de pouvoir s'abstraire du temps humain et de voyager à sa guise dans le passé et dans l'avenir.
Le folklore du merle confirme au demeurant la relation mythologique, probablement ancienne, entre Merlin et cet oiseau.
Ainsi Merlin, à l'instar du merle blanc (vu dans des contes et légendes bretonnes), vient au secours de la souveraineté défaillante du roi qu'il protège. C'est une preuve supplémentaire de la dualité de la fonction royale particulièrement marquée dans le monde indo-européen.

Dans la Folie de Suibhne, Suibhne comme Merlin manifeste des pouvoirs chamaniques. Partout dans le monde, on attribue aux chamans le pouvoir de se métamorphoser en animaux. Ils se transforment le plus souvent en oiseaux car ils acquièrent ainsi le véritable pouvoir de voler. Sous la forme d'un oiseau, le chaman sait aussi escorter les âmes défuntes dans l'Autre Monde. Le vol traduit une forme supérieure de l'intelligence qui peut s'élever au-dessus de l'intelligence humaine et se rapprocher ainsi de celle des dieux.
Merlin-oiseau, c'est l'âme-oiseau qui se libère de la lourdeur terrestre.
Quoiqu'il en soit des caractères ornithomorphes de Merlin, le rapport entre le nom de Merlin et celui du merle relève plutôt de l'analogie que d'une étymologie linguistique. Merlin n'est pas le nom primitif du personnage mais une forme francisée de celui-ci.
La véritable étymologie de son nom reste fort discutée.

L'adaptation latine et chrétienne du celtique Myrddin est Martin et la forme galloise Marzin suggère un rapprochement analogique mais non étymologique avec les Marses qui passaient pour pratiquer la sorcellerie; ce nom désignait les sorciers et charmeurs de serpents.



La Vie de Merlin: un palimpseste celtique

Explication: La vie de Merlin nous est connue par un seul manuscrit complet , le Cotton Vespasian E14 conservé à Londres au BRITISH MUSEUM , dont l'auteur serait normalement GEOFFROY DE MONMOUTH. Cet ouvrage a été composé , sans doute , peu aprés 1148 sous le nom de VITA MERLINI. (Source

La Vie de Merlin de Geoffrey de Monmouth est un texte souvent cité qui se présente comme un récit légendaire construit sur les restes d'un vieux mythe passablement restauré. Les plus anciens mythes celtiques ont été conservés au Moyen Âge à travers des fragments destructurés de scénarios rituels qu'il est possible de reconstituer à partir d'une méthode comparative.
On retrouve dans la Vie de Merlin la vieille couche païenne des traditions étrangères au monde latin. Les motifs mythiques d'origine celtique y occupent une place essentielle bien que souvent intégrés au schéma narratif d'un récit biographique qui récolte bien des aspects légendaires ou merveilleux pour les insérer dans une trame pseudo-historique.

La biographie légendaire de Merlin présente quelques analogies avec les récits hagiographiques et autres légendes dorées de la littérature latine du XIIème siècle.
Un récit tel que la Vie de Merlin contient indéniablement des traditions d'origine celtique.

Merlin est habituellement considéré comme un produit tardif de la culture celtique en recomposition dans la christianisme, ses traits celtiques se surajoutent à un fond chamanique encore plus ancien. Il est possible de tenter une lecture mythologique des textes relatifs à Merlin, malgré la réécriture littéraire et chrétienne qu'ils ont subie, à condition de s'entourer d'un certain nombre de garanties.
Recourir à un comparatisme celtique et/ou indo-européen pour comprendre le personnage de Merlin, c'est se mettre en mesure de saisir la part imaginaire la plus troublante du personnage. Inversement, en rester à une description positiviste de sa folie comme expression de son insondable bizarrerie, c'est sombrer dans l'incompréhension la plus totale des textes médiévaux. Replacer les thèmes mythiques relatifs à Merlin dans le cadre rituel du temps celtique est une nécessité pour bien en dégager les aspects mythiques fondamentaux.
La méthode de décryptage des textes consistera donc à recadrer les principaux thèmes et motifs dans un contexte mythique et rituel qui privilégiera leur lien calendaire.

Les principaux épisodes de l'oeuvre suivent d'assez près le cycles des saisons.

1) Le texte débute par l'évocation d'une bataille estivale qui voit la défaite de l'armée de Merlin.
2) La défaite militaire est pour Merlin le début d'une période de folie qui dure jusqu'à l'hiver.
3) Capturé de force et ramené à la cour, Merlin de livre à une première prédiction à l'époque où les feuilles tombent des arbres, puis après une véritable crise d'hilarité, prédit trois morts apparemment différentes pour un seul même personnage.
4) Plusieurs années passent. Il retourne dans la forêt et aperçoit un jour dans les astres le remariage de sa femme. Monté sur un cerf, il encorne son rival avant d'être capturé une deuxième fois.
5) Il profère deux nouvelles prédictions qui se vérifient aussitôt avant de rejoindre dans sa forêt une demeure spéciale, véritable observatoire astronomique qui lui permet de mieux connaître les secrets du temps et de la destinée.
6) Au printemps, l'apparition miraculeuse d'une source permettra à Merlin de guérir de sa folie. Une longue discussion avec Taliesin traite de questions de cosmologie. L'apparition d'un troisième personnage (Maeldin, guéri lui aussi de sa folie) constitue à la fin de la Vie de Merlin une triade de devins. Le texte se conclut sur les prophéties de Ganieda, soeur de Merlin, qui décide à son tour de vivre dans la forêt en compagnie des trois devins.


La guerre perdue (les calendes de mai)

La Vie de Merlin rappelle d'emblée le statut royal de Merlin. Il est présenté comme roi et devin. Merlin représente l'aspect de la souvenraineté qu'on peut qualifier de magique. C'est parce qu'il est détenteur de pouvoirs surnaturels que Merlin détient le pouvoir sur les Hommes. C'est parce qu'il est initié à une science inaccessible au commun des mortels qu'il peut dominer le destin des Hommes.

La folie qui saisit Merlin au début de la Vie de Merlin est présentée comme la conséquence d'un conflit guerrier, la défaite militaire vaut au roi Merlin une transformation physique et mentale. Incarnant primitivement la souveraineté sous son double aspect (guerrier et magique), Merlin se trouve dépossédé par sa défaite de la souveraineté guerrière, il doit désormais se contente de la seule souveraineté magique. Ultérieurement, les textes français distribueront respectivement sur le personnage d'Arthur et celui de Merlin chacune des deux formes de la souveraineté.

Dans la vie de Merlin, le terme servant à désigner la folie de Merlin est rabies, c'est-à-dire une rage, une frénésie qui s'apparente aussi à la fureur ou au délire des êtres envoûtés par une possession diabolique.
La rage obéit généralement à un déterminisme astral car elle est provoquée par la conjonction de planètes maléfiques.
En effet, tout concourt à faire de la mélancolie furieuse de Merlin une maladie saisonnière, liée au cycle des saisons, et plus particulièrement à une date critique du calendrier celtique: les calendes de mai.
Dans la Vie de Merlin, la folie de Merlin débute au moment de la période "rouge" (Rogations). Les Rogations d'origine gauloise correspondent à trois jours de pénitence et d'expiation qui tombent obligatoirement en mai et qui visent à lutter contre les puissances maléfiques menaçant la fécondité à ce moment précis de l'année.
A compter de cette malédiction, Merlin mène l'existence d'une véritable bête sauvage et enragée. Il se transforme en homme-bête, il vit sur un mode primitif d'existence qui est celui des divinités sylvestres, hommes-loups ou hommes-chiens.


Merlin, homme sauvage

Ce séjour forestier prend d'autant plus de signification que la forêt est, dans l'univers celtique, un sanctuaire, un lieu de résidence des divinités. Par son séjour sylvestre, Merlin devient la divinité des bois. Il lui arrive d'utiliser des cerfs comme monture et durant l'hiver de vivre en compagnie d'un loup gris (dans cette description Merlin se rapproche des figure chamaniques des peuples altaïques).
L'invocation de Merlin au loup souligne la sollicitude singulière de l'enchanteur pour les bêtes sauvages en général et pour le loup en particulier. Merlin sait parler aux animaux et se faire comprendre d'eux.
Toutefois, la compagnonnage de Merlin et du loup est si marqué qu'il incite à se demander si cette association ne va pas bien plus loin qu'une simple complicité de circonstance. Dans les textes en anciens français on sait que Merlin possède une apparence ursine à sa naissance, il possède donc déjà en naissant les caractères d'une bête sauvage comme s'il avait été à la fois en lui un être humain, un être divin et un animal. En poursuivant l'enquête, on voit que Merlin (texte écossais) se nomme Lailoken (le jumeau), on en vient alors à se demander si la jumeau mythique de Merlin ne serait pas justement le loup lui-même, alias Blaise (texte français) un des noms celtiques du loup. Merlin et Blaise seraient alors deux jumeaux mythiques à l'instar de Valentin et Ourson dans un roman du Moyen Âge tardif.

A suivre.


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Re: Merlin

Message par Manawyddan le Lun 4 Mai 2009 - 3:26

Super post Topa... merci!! J'ai appris plein de choses, mais j'ai encore des blancs lol! ... Si tu pouvais éclairer ma lanterne...

Dans nombres de récits relatant la vie de Merlin, on le dit né d'une femme (presque) sainte et du diable... pourquoi diaboliser un personnage comme Merlin? Il faisait parti d'un cycle très connu du Moyen-Age... donc, je suppose que l'Eglise y a mit son grain de sel et ainsi affirmer sa supériorité comme "bonne religion"...

Ma deuxième question, c'est pourquoi avoir dédoublé Merlin, en en faisant le Roi Arthur et Merlin l'enchanteur?

(j'ai un sale défaut... toujours vouloir savoir le pourquoi du comment...)

Merci...

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Re: Merlin

Message par Orion le Lun 4 Mai 2009 - 12:09

D'après la légende il me semble que merlin était à moiter démon, donc "l'église" à certainement tenté de passer par là ... Very Happy

Le fait d'adouber merlin le rendait intouchable pour l'église vu qu'il était sous les ordres du représentant divin heu pas sûr mais les rois de France étaient des représentants de "Dieu", donc en Angleterre ça devait pareil...
lol nous faudrait un historien là .. Amadéo ???


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Re: Merlin

Message par Manawyddan le Lun 4 Mai 2009 - 13:48

Faut voir le bon coté des choses avec l'Eglise... elle crée une certaine constance à travers les âges... Tu es pas chrétien=tu es le diable!

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Re: Merlin

Message par topa le Lun 4 Mai 2009 - 15:26

Manawyddan, poser des questions n'est pas un défaut.

Je pense que la réponse à ta question:
Ma deuxième question, c'est pourquoi avoir dédoublé Merlin, en en faisant le Roi Arthur et Merlin l'enchanteur?


se trouve dans la partie La Vie de Merlin: un palimpseste celtique, on comprend en lisant qu'il y a un texte qui est apparemment à l'origine de la légende, ensuite cette légende aurait été adaptée selon différents auteurs qui ont alors préféré séparer différentes fonctions de Merlin comme on peut le lire dans ce passage: Ultérieurement, les textes français distribueront respectivement sur le personnage d'Arthur et celui de Merlin chacune des deux formes de la souveraineté.

Ensuite pour la question:
Dans nombres de récits relatant la vie de Merlin, on le dit né d'une femme (presque) sainte et du diable... pourquoi diaboliser un personnage comme Merlin?


Cela dépend des récits, après il est (quasi) certain en effet que cette diabolisation soit un fait de l'église.

Le texte n'est pas fini, donc je mettrai la suite plus tard, avec peut-être d'autres éléments de réponse, normalement issus de la version dite originale.

Voilà Wink


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Re: Merlin

Message par Manawyddan le Lun 4 Mai 2009 - 18:04

Merci d'avoir répondu à mes questions!

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