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L'alchimie

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L'alchimie

Message par Hagel le Mar 18 Mar 2008 - 16:28

Bonjour,

L'alchimie était une science puis est devenu une discipline ésotérique dont l'objet est l'étude de la matière et de ses transformations. Elle repose sur un ensemble de pratiques et sur une philosophie particulière, l'hermétisme qu'on peut définir comme «une vision du monde fondée sur les correspondances et « sympathies » unissant macrocosme et microcosme ». Elle est généralement considérée comme étant à l'origine de la chimie moderne
L'un des objectifs de l'alchimie est le grand œuvre, c'est-à-dire la réalisation de la pierre philosophale permettant la transmutation des métaux, notamment des métaux nobles (or et argent). Cette quête est souvent associée à une transformation spirituelle de l'alchimiste lui-même. Un autre objectif est une médecine universelle et la prolongation de la vie via un élixir de longue vie.
Vraisemblablement apparue dans l'Égypte hellénistique des Ptolémées, elle s'est développée dans le monde européen et arabe durant le Moyen Âge et à la Renaissance. Elle est devenue plus marginale à partir du XVIIIe siècle, cédant sa place à la science moderne. Des pensées et des pratiques de type alchimiques ont été présentes dans d'autres civilisations, notamment en Chine et en Inde.
La dimension spirituelle et philosophique de l'alchimie explique qu'elle continue de nos jours à être pratiquée, par des personnes le plus souvent intéressés par son aspect ésotérique.


Etymologie:
Le mot alchimie vient du mot arabe incertaine : الكيمياء, (al-kimia), qui désigne la pierre philosophale. Différentes hypothèses ont été avancées pour son origine : Le dictionnaire Littré (1872-1877) rapprochait 'chimie' et 'alchimie' de 'suc', supposant que l'on désignait ainsi primitivement 'L'art relatif aux sucs'. Le philologue Hermann Diels dans son Antike Technik (1920) y voyait la "Fusion" (du grec ancien chumeia/chêmeia signifiant "art de fondre et d'allier les métaux"). Pour le chimiste et historien des sciences Edmund Oscar von Lippmann (1857-1940) et le philologue Wilhelm Gundel (1880-1945), Kimiya viendrait de l'Egyptien Kam-it ou Kem-it, "Noir", ce qui évoquerait "La Terre Noire". Pour les musulmans (cf: Encyclopédie de l'Islam) al-Kimiya évoque le "Noir", avec toutefois la complémentarité d'un synonyme, al-iksir ; "Elixir". Le terme est passé en français au XIVe siècle en passant par l'espagnol et le catalan (fin du XIIIe siècle par Raymond Lulle), puis le latin médiéval (alchemia). Les mots alchimie et chimie sont restés synonymes jusqu'au XVIIIe siècle et l'apparition de la chimie moderne.

Définitions:

  • Selon André Savoret, "L'alchimie traditionnelle est la connaissance des lois de la vie dans l'homme et dans la nature et la reconstitution du processus par lequel cette vie, adultérée ici-bas par la chute adamique, a perdu et peut retrouver sa pureté, sa splendeur, sa plénitude, et ses prérogatives primordiales"


  • Selon René Alleau, " il convient surtout de considérer l'alchimie comme une religion expérimentale, concrète, dont la fin était l'illumination de la conscience, la "délivrance de l'esprit et du corps" […] Ainsi l'alchimie appartient-elle plutôt à l'histoire des religions qu'à l'histoire des sciences"


  • Selon Serge Hutin « Les alchimistes se donnaient volontiers le titre de philosophes, et, en fait, ils étaient des 'philosophes' d'un genre particulier qui se disaient dépositaires de la Science par excellence, contenant les principes de toutes les autres, expliquant la nature, l'origine et la raison d'être de tout ce qui existe, relatant l'origine et la destinée de l'univers entier ».


  • Selon Françoise Bonardel, "Le corpus alchimique n'aurait bien été qu'une immense et redondante 'recette' dont le mot d'ordre aurait été transmutation ou l'un de ses équivalents proches, à quoi l'esprit scolastique préfère la notion de Transsubstantiation fréquemment utilisée aussi lorsque est envisagée la similitude entre corps de la Pierre et corps du Christ. Aussi l'ordre lancé n'est-il impérieux que pour quiconque ne saisit pas combien plus impératif encore est l'appel à la mutation latent en toute matière, et dont la 'philosophie' alchimique voulut que Dieu ait un relais et non un obstacle au salut dans la création. Et c'est pourquoi la 'recette' est bien le mode d'expression d'une philosophie non de l'être, mais de l'itération entre ses états multiples, donc aussi de l'itinérance obligée de l'Artiste entreprenant en compagnie de sa 'Matière' et de la Nature un voyage en forme de tribulations souvent associé à la conquête de la toison d'or par Jason".


  • Selon Bernard Gorceix, "Si l'alchimie a pu se développer si vigoureusement dans l'Europe chrétienne, si les traités qui portaient les échos de ces spiritualités extra-chrétiennes ont pu acquérir une telle audience, c'est que la dite tradition retrouvait des thèmes que le christianisme, dans un souci de synthèse doctrinal, avait refoulés et oubliés […] Ce reproche qu'adresse l'église orthodoxe au christianisme occidental: celui d'avoir oublié le rapport indissoluble de l'histoire de la chute et de la rédemption de la nature".

Le schéma est le même pour les anciens alchimistes :

  • "Il n'y a pas de différence entre la naissance éternelle, la réintégration, et la découverte de la pierre philosophale. Tout étant sorti de l'éternité, tout doit y retourner d'une même façon"


  • Le cosmopolite avait comme objectif de créer ce qu'il appelait une 'société de philosophes', un petit réseau de savants, destiné à renseigner les étudiants de cet art, réseau dont il se considérait comme un des éléments, au service du prochain : « Après avoir couru longuement les mers inconnues de la philosophie des anciens, nous voici heureusement arrivés au port […] Rien ne m'a paru plus sûr que d'établir entre nous une certaine société de philosophes, dont aucun en vérité ne fut connu en particulier »


  • Selon Zosime, « Hermès et Zoroastre ont déclaré que la race des philosophes se situe au-dessus du destin, puisqu'il ne se réjouissent pas de la bonne fortune qu'il dispense. Ils sont plutôt maître des plaisirs et ne sont pas victime des démons qu'il envoie […] C'est pourquoi Hésiode montre Prométhée mettant en garde Épiméthée […] qui répond : 'Prend garde d'accepter les présents de Zeus. Ecarte-t-en'. Il conseille donc à son frère de refuser grâce à la philosophie les présents de Zeus, c'est-à-dire du destin ».

Présentée comme telle, l'alchimie prétend détenir le secret de la médecine universelle capable de soigner tous les êtres vivants, et de prolonger la vie au-delà des limites naturelles ordinaires.

  • De nombreux auteurs évoquent la possibilité d’une alchimie intérieure en tant que transmutation des émotions (négatives) et de l’énergie sexuelle. Les textes tantriques du bouddhisme tibétain [1] ou du shivaïsme du Cachemire [2], témoignent d’une telle voie. L’alchimie “matérielle” revêt quant à elle une dimension spirituelle, ce qui fait d’elle un “art” [3].

[1] - Dans une version actuelle de cette voie, les ouvrages de Chögyam Trungpa. [2] - Pour une approche plus actuelle de cette voie, les ouvrages d’Éric Baret. [3] - Roger Durand, Revue 3e millenaire n°4 et 5.




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Re: L'alchimie

Message par Hagel le Mar 18 Mar 2008 - 16:34

Aspect historique:

Les origines de l'alchimie sont controversées:
Mircea Eliade qui s'oppose au positivisme de son époque, refuse l'idée selon laquelle l'alchimie ne serait qu'une proto-chimie, en faisant apparaître le rapport entre l'alchimie et les mythes locaux, et en dégageant des constantes archétypiques universelles.

La croyance populaire qui, à tort, la classifiait en proto-chimie, provient essentiellement d'une erreur d'interprétation de Berthelot au XIXe. Françoise Bonardel va encore plus loin, et parle d'une véritable manipulation opérée par certains historiens du XIXe .Mais les croyances populaires ont la peau épaisse, et celle-ci, malgré les travaux qui la mirent à mal, reste encore bien ancrée dans le giron culturel de l'histoire de la chimie. La plupart des auteurs du XXe qui ont étudié l'alchimie de manière approfondie la présente comme une théologie, ou comme une philosophie de la Nature (à ce titre, certains anciens alchimistes se donnaient le titre de 'seuls véritables philosophes'):

Antiquité:
Chine :
Dans la Chine antique, l'alchimie est déjà attestée au IVe siècle av. J.-C. (Serge Hutin avance que l'alchimie était déjà pratiquée en Chine en 4500 av. J.-C.). La recherche des remèdes d'immortalité est le grand projet depuis la période des Royaumes combattants. Les souverains font confiance à la voie des magiciens et des immortels, et ces « magiciens » sont souvent alchimistes. Le premier empereur de la dynastie des Qin organise une expédition sur l'île légendaire de Penglai Shan. Ce récit parle de transmutation en or et d'allongement de la vie par des pratiques alchimiques. Dans le cadre de la Chine légendaire, René Alleau envisage l’analogie entre Hermès Trismégiste et l’empereur jaune, hypothèse qui nous ferait remonter au III° millénaire avant JC. Sur un plan strictement historique, le savoir alchimique est établi, pour la Chine, à la fin du premier millénaire av. J.-C.. Le premier traité alchimique chinois connu est le Baopuzi neipian écrit par Ge hong (283-343 ap. J.-C.)

Afrique :
Bien qu'on ne sache que peu de choses sur l'éventualité d'une tradition alchimique en Afrique, certains éléments apportent quelques indices, relativement aux origines de la métallurgie dans ce continent. René Alleau envisage l'analogie symbolique des Cabires et des anciens forgerons de l'Afrique noire

Inde:
En Inde, les pratiques shivaïques et tantriques suivent également la trame alchimique. Shiva (principe actif du soufre) féconde Çakti (principe passif mercuriel) pour donner à l'adepte le corps de diamant foudre, devenu en occident la pierre philosophale. L'équivalent de l'alchimie se nomme Rasâyana, et amène vers un élixir de longue vie nommé Ausadhi.
Les origines de l'alchimie en Inde furent amplement débattues. Selon A.B. Ketith, Lüders, J. Ruska, Stapleton, R. Müller, E. Von Lippman, se basant sur l'arrivée tardive de l'alchimie dans la littérature indienne, ce sont les arabes qui auraient introduit l'alchimie en Inde. Eliade, lui, pense que l'alchimie en Inde est attestée bien avant l'invasion arabe, et conteste ces hypothèses tant pour des raisons géographiques que pour des mentions faites dans des textes beaucoup plus anciens :

  • Présence du tantrisme dans des zones géographique peu touchées par l'islamisme
  • Présence du "Mercure" dans la littérature indienne attestée de façon formelle au 4° siècle après JC et possible avant le 3° siècle avant JC.
  • Présence de nombreux textes relatifs à l'alchimie dans la littérature bouddhique à partir du 2° siècle après JC, donc bien avant l'influence arabe

Selon Eliade (et sur la base de critères de recherche très restrictifs axés sur la seule trame 'chymique', ou pire, exclusivement 'mercurielle'), l'alchimie serait attestée en Inde de manière certaine à compter du IIe siècle après J.-C., et peut-être au IIIe siècle avant JC. Si, en revanche, on substitue un filtre plus large, si on se sert des mêmes critères qui permettent d'affirmer avec certitude que, par exemple, la mythologie grecque est une expression particulière du savoir alchimique - il n'est pas un alchimiste qui n'y retrouve pas ses petits -, on remontrait alors à une époque bien antérieure, celle des Védas: Coomaraswamy a par exemple établi la correspondance entre le binôme Sire Gauvain/Chevalier vert dans la légende des chevaliers de la table ronde, et le binôme Indra/Namuci qui date du Rig-véda. Cet épisode nous fait entrer de plain-pied dans une séquence universelle alchimique, celle du démembrement : « Indra entre en scène pour combattre le dragon, qu'il se nomme Namuci, Makha ou Vritta. Il démembre alors le titan qui retenait en lui les potentialités cachées, il libère les eaux ou fait jaillir la lumière […] C'est aussi par ce baiser qu'Indra boit le Soma; l'eau de vie que la sorcière tire du puits pour l'offrir au héros qui consent à l'embrasser n'est autre que le breuvage d'immortalité, que l'on obtient après avoir mis à mort l'âme draconienne ».

Mésopotamie, Babylone (Ancien Iran/Irak):
Au Moyen-Orient, la grande Babylone connaît également l'alchimie (voir Mircéa Eliade, Cosmologie et alchimie babyloniennes). L'Iran antique contient dans sa mythologie l'homme primordial et son démembrement. Le Zervanisme parle du temps inconditionné, créateur et destructeur, que P. Raymond-Oursel identifie au Cronos grec. Selon Eliade, le Zoroastrisme a "utilisé les valeurs archaïques du sacrifice […] dans deux intentions, eschatologiques et cosmogoniques. Les textes pehlevis évoquent le sacrifice final auquel participeront Ohrmazd et les Amesha Spenta, et à la suite duquel les hommes ressusciteront et deviendront immortels, et l'univers tout entier sera radicalement régénéré […] Yasna est essentiellement un sacrifice de haoma accompli devant le feu ».
Selon Gorceix, les traces de l'antique Iran sont nettement perceptibles dans l'élaboration des textes alchimiques : « La corruption de la matière ne serait pas aussi tragique chez Dorn ou F. Keiser sans les échos lointains - dans la mesure où l'on admet ou conteste que la Syrie et l'Iran sont le berceau de la spagyrie - d'un Zervanisme et d'un mazdéisme diffus: Ahrisman empoisonne et souille la végétation et les eaux bien autrement que les Elohim et Lucifer! Les théologies pessimistes et gnostiques n'ont pu, à Alexandrie comme à Byzance, que corroborer les articles du Pimandre sur les conséquences du péché de l'homme primordial. La revalorisation du rôle, de la mission, du ministère de l'homme rappellent plus les synthèses iraniennes que la Genèse: le labourant est plus proche parent de Gayômart que d'Adam ».

Égypte antique:
En Égypte ancienne, on trouve déjà l'ouroboros, symbole du principe premier de l'alchimie, « solve & coagula », ainsi que le principe de la première étape, la dissolution, reconnue par les alchimistes comme étant l'allégorie du démembrement (voir Fulcanelli), ici celui d'Osiris (que la mythologie grecque reprendra comme le démembrement de Dionysos-Zagreus, ou celui d'Orphée).
La grande trappe dans laquelle tombent les profanes est de confondre le corpus hermétique avec la tradition égyptienne, au sens de l'Égypte antique, ce qui est un grave anachronisme (d'un ou deux millénaires), puisque l'on sait aujourd'hui que le corpus est un texte tardif, écrit aux environs du second siècle ap. J.-C., influencé par des traditions hétéroclites, dont la tradition grecque (voir ci-après "l'Égypte gréco-romaine").
Néanmoins, un grand nombre d'éléments convergents sont reconnaissables dans la cosmogonie de l'Égypte antique, principalement dans les sources liturgiques. Voici ce que nous en dit F. Daumas; "Voici un texte d'Edfou commentant le rôle de l'Ogdoade dans la création […]Au sein de l'Océan primordial apparut la terre émergée […] Puis vint un bouton de lotus d'où émergea une naine, auxiliaire féminin nécessaire, que Rê vit et désira. De leur union naquit Thot qui créa le monde par le verbe […] Thot prit une telle importance que, peu à peu, on en vint à l'appeler 'deux fois grand et vénérable'. Les Grecs l'assimilèrent à leur Hermès et le qualifièrent de 'Trimégiste'. Il nous est parvenu sous son nom toute une collection grecque de traités dits hermétiques, qui contiennent l'exposé systématique de sa théologie à l'époque tardive. On a voulu en faire la traduction grecque d'ouvrages égyptiens, analogues à ceux que signalent Clément d'Alexandrie. Il est difficile de démontrer pareille thèse; mais, à côtés de théories qui paraissent néoplatoniciennes, il est certain que le corpus hermétique est profondément influencé par la pensée égyptienne, au point qu'on pourrait faire un commentaire très fourni de son texte avec des fragments empruntés uniquement à des originaux hiéroglyphiques".

Grèce :
Selon la méthodologie d'approche, relativement à l'étude de l'origine de l'alchimie en Grèce, on peut distinguer 3 sources distinctes, quoique probablement entrelacées:

  • La mythologie

Les références à la mythologie grecque sont si volumineuses dans toute la littérature alchimique qu'il est inutile de s'étendre sur la question. Ceci laisse à penser que la mythologie fut un mode d'expression qui s'occupait des même thèmes de recherche que l'alchimie médiévale, thèmes que nos médiévaux reconnurent sans peine. Certains de ces thèmes ont été étudiés par des érudits du XXe siècle, universitaires ou traditionalistes :
En Grèce, dans Les Argonautiques d'Apollonios de Rhodes (295-215 av. J.-C.), c'est Hermès qui change la Toison en or. Le parallèle de l'Argo avec le Saint-Vessel chargé du Graal sera fait au Moyen Âge.

  • La métallurgie

Cette voie fut explorée par René Alleau au milieu du XXe siècle.

  • La philosophie

La philosophie grecque, en particulier celle d'Aristote, eut une influence fondamentale dans l'élaboration de l'alchimie médiévale, notamment aux XIIe et XIII sièclees, période durant laquelle la scolastique avait créé un champ spéculatif suffisamment riche pour que les premiers alchimistes y puisent leur matériel (voir ci-dessous le paragraphe 'naissance de l'alchimie médiévale').

Égypte gréco-romaine:
L'école d'Alexandrie, probablement le centre le plus fécond de toute l'Antiquité, eut également ses maîtres à penser en alchimie (Zosime, Synésius, Olympiodore l'alchimiste). C'est, indirectement, par cet intermédiaire que l'alchimie a pris sa forme médiévale en Europe, où elle s'est introduite par le canal Arabe. Les arabes eux-mêmes l'ont connu de part la culture alexandrine, quand ils s'installeront en Égypte au VIIe siècle. L'école d'Alexandrie connut un foisonnement de textes hermétiques, 20000 selon Jamblique au second siècle. L'alchimie s'y est formée au confluent de courants hétéroclites. Il semble néanmoins que ce soit à la gnose chrétienne que l'alchimie doit sa complexité. Un grand nombre de textes hermétiques médiévaux en Europe seront d'inspiration alexandrine.




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Re: L'alchimie

Message par Hagel le Mar 18 Mar 2008 - 16:44

Hermès et le problème de sa multifonctionnalité:

Il est peu de dieux qui se faufilèrent au travers des filtres des siècles, pour arriver intacts au XXe siècle. Si Hermès est de ceux là , c'est parce qu'il est porteur d'une ambiguïté qui le fait glisser sur une large palette qui va du rôle d'un Dieu jusqu'à celui d'une fonction alchimique. Il est avant tout une fonction théologique, au sens philosophique, où, tout comme le Christ, il est assimilé au Logos. Antoine Faivre a fait une magistrale étudesur l'ambiguité d'Hermès. Faisant la différence entre le mythe et le mythique, il va faire la nuance entre "Le Dieu au caducée, et Hermès Trismégiste, le trois fois grand, auteur légendaire des écrits appelés hermetica". Le vocable 'Trimégiste' (qualifié par faivre de précipitation de Mercure dans l'histoire) lié à Hermès n'apparait qu'au second siècle ap. J.-C., et on lui a associé aussi bien le ternaire alchimique, les 3 niveaux du monde (céleste, terrestre et infernal), les 3 règnes naturels (minéral, végétal, animal), les 3 principes alchimiques (sel, soufre, mercure), la trinité, ou encore 3 règnes historiques successifs, dont le premier fut Hénoch. l'Hermès historique va naître à partir de 640 ap JC, quand les arabes découvriront l'édifice Abou Hermès à Memphis où il auraient trouvé une révélation, le trésor d'Alexandre (dont la plus ancienne version connue est arabe - elle fait partie d'un traité de Gabir - date du VIIIe siècle), contenant la fameuse 'table d'émeraude'. Le problème s'est encore complexifié quand, en 1460, un moine apporte de Macédoine le 'Corpus Hermeticum', censé avoir été écrit par Hermès, à la cour de Florence. Marsile Ficin, à la demande de Cosme de Médicis, le traduit en urgence, et Pic de la Mirandole, en l'alliant à la Kabbale, créera l'origine de la tradition hermético-kabbalistique. En 1614, Isaac Casaubon démontre que ces textes n'ont rien d'égyptien, et qu'ils datent des premiers siècles ap. J.-C. On sait aujourd'hui que le Corpus Hermeticum, publié sous l'auteur 'Hermès Trimégiste', n'a rien à voir avec un quelconque Hermès. Il y a donc lieu de distinguer 4 niveaux d'Hermès :

  • Le Dieu Hermès, de l'Olympe, popularisé dans la mythologie grecque
  • Hermès Trismégiste, auteur légendaire de traité, historicisé à partir du 2° siècle ap. J.-C.
  • l'Hermès théologique, au sens de la philosophie grecque, assimilé au Logos
  • Le Mercure (alchimie), fonction centrale et opérationnelle de l'élaboration du Grand œuvre

Hermétisme et gnose:
L’hermétisme gnostique est une doctrine apparue sous l'influence de la littérature diffusée sous le nom du 'Trimégiste', présentée comme initiée par un Dieu (Noûs, Agathos Daimôn) l'ayant lui-même transmise à Hermès. Festugières distingue l'hermétisme philosophique selon 2 courants antagonistes, « selon qu'il s'apparente à la sagesse ou à la gnose, à l'hellénisme ou au mysticisme oriental ». Le sage (au sens de la philosophie grecque) y est opposé à l'hermétiste et au gnostique. Pour le sage, le monde est mauvais, mais vécu comme une fatalité de l'ordre universel. Pour le gnostique, "le monde est mauvais, Dieu ne peut donc pas en être l'auteur direct : la création est due à un second Dieu, démiurge. Ce dualisme porte des conséquences infinies, le mouvement premier de l'homme souffrant est de se révolter contre ce dieu qui le fait souffrir […] Le dieu vrai ne se laisse voir que par révélation, à un petit nombre d'élus […] Comme ce monde est mauvais, il est vain de travailler à une meilleure organisation de la société humaine […] On rencontre dans l'hermétisme toute une doctrine de la foi : la foi est la condition indispensable de la gnose". Ces doctrines se marieront au christianisme pour donner la gnose chrétienne. malgré une apparente disparité, la gnose aura, dans toutes ses expressions, un point commun: le démiurge, dieu mauvais ou incompétent, et la doctrine de salut individuel (la Connaissance, Gnôsis) pour lui échapper. C'est ainsi qu'Hermès se retrouve dans la littérature gnostique sous la forme du Logos, comme l'a remarqué Jack Lindsay: "La voix créatrice de Thoth devint sous l'influence de la pensée hellénistique la sagesse créatrice de Dieu, Sophia, laquelle devint le Logos, le verbe ou la raison de Philon, des néoplatoniciens et enfin des chrétiens". Ce dualisme latent de l'hermétisme, qu'avait relevé Festugière, prend chez F. Bonardel l'expression d'un manichéisme transcendé qui aurait atteint sa finalité.

Moyen-Age:
C'est au XIIe siècle, qu'apparaît un texte capital, la Table d'émeraude,axiome de base de tous les alchimistes médiévaux), que la croyance populaire attribuera à Hermès (on sait aujourd'hui que la « table d'émeraude », dite tabula smaragdina, est en fait la partie finale d'un traité nommé « Le livre du secret de la création et technique de la Nature », rédigé sous le règne du Khalife Ma'Mûn en 833, voir à ce sujet Henry Corbin Histoire de la philosophie islamique).

Graal et alchimie:
Le mythe du Graal trouverait ses origines dans la légende celtique du chaudron du Dagda. Markale a relevé une grande diversité de références alchimiques dans l'ancienne littérature celtique, et a envisagé la voie opérative chez ce peuple. La première mention du Graal apparaît en France par Chrétien de Troyes, influencé par les 'sources celtiques' d'origine anglaise par lesquelles Geoffroy de Monmouth introduira la 'matière de Bretagne' Le vase recueillant le sang du Christ ne fut pas la première représentation du Graal, ce fut celle de Robert de Boron, qui n'avait pas suivi celle de Chrétien de Troyes, lui-même l'ayant vu comme un plat, contenant un poisson. Wolfram von Eschenbach l'imagine en "Pierre" tombée du ciel.
Souvent classé parmi les élèves de l'école de Chartres, où il séjourna, Jean de Salisbury influencera la pensée d'Albert Le Grand, lui-même ayant pour élève Saint Thomas d'Aquin : Ces trois noms suffisent à résumer la naissance de l'alchimie médiévale, si l'on oublie le foisonnement d'auteurs qui mirent en place le contexte philosophico-théologique du siècle précédent. Car la scolastique fut d'abord une mosaïque de pensées très disparates, ce qui rend malaisée son approche. Mais c'est Albert Le Grand, que Gilson considère comme le père de la Philosophie moderne qui mettra en place tout le matériel philosophique utilisé par saint Thomas d'Aquin ainsi que d'autres champs d'ouverture. Les œuvres alchimiques conséquentes furent:

  1. Albert Le Grand : De Alchimia
  2. Saint Thomas d'Aquin : Traité de la Pierre Philosophale
  3. Saint Thomas d'Aquin : Aurora Consurgens


  • L'école d'Oxford, le traditionalisme scientifique

C'est sous l'influence de Robert Grossetête chancelier de l'université d'Oxford, et traducteur de l'Éthique à Nicomaque , et de Pierre de Maricourt, que naquit la très singulière pensée de Roger Bacon, "qui annonce Francis Bacon etRené Descartes". Son approche de la scolastique diffère totalement de celle d'Albert Le Grand ou Saint Thomas: il subordonne le droit canon et la philosophie à la théologie, en empruntant la doctrine du verbe aux augustiniens et à Saint Bonaventure. Il est l'inventeur de "la science expérimentale". C'est l'étendue encyclopédique de son œuvre qui l'amène à l'alchimie, comme un sujet parmi d'autres : "Les considérations dans lesquelles il se complaît sur l'alchimie et l'astrologie montrent qu'avant les philosophes de la Renaissance il croit à la possibilité d'en faire sortir des sciences positives". 2 documents alchimiques lui sont attribués:

  1. Une "Lettre sur les prodiges de la Nature et de l'Art
  2. Une compilation de traités dans son "Miroir d'alchimie"


XIVe - XVIe siècle, l'apogée
L'alchimie commence à prendre ses distances avec l'Église, sur laquelle elle avait pris naissance et qui l'avait jusque-là tolérée. La réforme se prépare, les doctrines théosophiques apparaissent, l'illuminisme se développe. L'approche purement théologique devient ambivalente pour se muer en descriptif analogique. La grâce divine reflète la pierre, le discours prend plusieurs significations : théologique, métaphysique et physique. L'alchimie, frappée d'hérésie, se fonde en doctrine secrète pour échapper à son bourreau. Il faut désormais une érudition et une capacité de discernement pour entendre les textes masqués sous d'épais voiles. C'est dans ce contexte que naîtra le foisonnement de textes le plus important de toute l'histoire occidentale, mais aussi le plus obscur. Les auteurs les plus caractéristiques sont Guillaume de Loris (Roman de la rose), Flamel, Ripley, Bernard de Trévise, Isaac le hollandais, Paracelse, John Dee, Denis Zachaire, L'abbé Trithème, Salomon Trismosin, Basile Valentin, Kunrath. À cette époque, la capitale de l'alchimie est Prague, et à peu près tous les érudits y convergent. Cette ville jouera le rôle d'Alexandrie dans l'Antiquité.

XVIIe - XIXe siècle, le déclin
Avec la Renaissance, le siècle des Lumières, et l'avènement du matérialisme, se développera au cours de ces trois siècles un schisme que l'on pourrait appeler "laïcité métaphysique". Les succès des approches cartésiennes et kantiennes propagent l'idée que la Nature est concevable dans sa forme observée, mesurable, indépendamment d'une causalité qui la transcenderait. La Science est née. Même si de grands alchimistes marquent encore cette époque (l'anglais Eyrénée Philalèthe (dans la première moitié du XVIIe siècle), le médecin suisse Jean-Frédéric Schweitzer dit Helvétius à la fin du XVIIe siècle, Jean-Baptiste Alliette (1738 – 1791), dit Etteilla au XVIIIe siècle, Albert Poisson à la fin du XIXe siècle, même si certains scientifiques défendent encore les principes hermétiques (Leibniz, Newton), l'alchimie est progressivement assimilée à une proto-chimie, pour finir par voir son arrêt de mort signée par Lavoisier. Au XIXe siècle, les quelques alchimistes résiduels sont considérés comme des curiosités, vestiges d'une époque révolue.




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Re: L'alchimie

Message par Hagel le Mar 18 Mar 2008 - 16:46

La franc-maçonnerie s'empare de l'alchimie
L'alchimie médiévale et la franc-maçonnerie ont une origine commune: le siècle des cathédrales. La première est attestée par l'importante iconographie sculptée due à l'apparition des premières écoles, notamment l'École de Chartres, la seconde est attestée … par son nom! C'est là un mystère qui n'a retenu que peu d'attention, et qui pourtant reste fondamental: pourquoi un mouvement dont l'appellation (la franc-maçonnerie) renvoie au siècle des cathédrales, même si c'est par sa connotation corporatiste, a-t-il mis plus de 5 siècles pour se manifester? Ce qui amène à la question basique: Qui a encodé le symbolisme hermétique dans la cathédrale? L'alchimiste ou le maçon (car si c'est le maçon, il devient, par définition du symbole qu'il encode, un alchimiste)? 2 hypothèses peuvent venir à l'esprit, bien qu'il n'y ait à ce jour aucun élément pour se prononcer:

  • Les maçons, soucieux d'échapper à la 'chasse aux sorcières', ont opté pour la même stratégie que les alchimistes (passer pour des chimistes fumeux ou des escrocs mus par la seule vénalité), se sont fondus parmi eux, ou restèrent simplement secrets, et se sont montrés à la première éclaircie, dans la période qui suit la renaissance.
  • Le mouvement maçonnique serait tardif, et aurait procédé à 'de la récupération à rebours'.

Y a-t-il eu un lien entre l'effondrement de l'alchimie et l'apparition ('officielle', traçable, à partir du XVIIe & XVIIIe siècle) de la franc-maçonnerie? Les avis qui penchent pour une décadence de la maçonnerie, une maçonnerie bancale, à peine créée, sont nombreux parmi les analystes autorisés, parmi eux :

  • Pierre Dujols opte pour une dégénérescence de la maçonnerie, en tant que dépositaire du mystère du Graal
  • Oswald Wirth va encore plus loin, et parle de rituels allégés afin de se mettre à la portée d'une compréhension en peine.

Ce qui est certain, pour avoir été démontré par un franc-maçon, et non des moindres, c'est que, en dépit d'un patrimoine symbolique restreint, et au semblant disjoint de l'hermétisme, le rituel maçonnique se fonde sur une base alchimique : "Le symbolisme maçonnique constitue en effet un étrange assemblage de traditions empruntées aux anciennes sciences initiatiques. Il tient compte de la valeur kabbalistique des nombres sacrés et règle le cérémonial d'après les principes mêmes de la Magie. Mais c'est l'alchimie philosophique qui présente avec la maçonnerie les analogies les plus frappantes. Il y a, de part et d'autres, identité d'ésotérisme, les mêmes données initiatiques se traduisant par des allégories empruntées, les unes à la métallurgie, et les autres à l'art de bâtir. La FM n'est, à ce point de vue, qu'une transposition de l'alchimie".




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Re: L'alchimie

Message par Hagel le Mar 18 Mar 2008 - 16:50

Le XXe siècle, l'alchimie renaît de ses cendres


Nouvelles œuvres, nouveaux initiés:
En 1926 paraît, dans l'indifférence générale, un ouvrage intitulé Le Mystère des cathédrales écrit par un total inconnu, de surcroit anonyme, un certain Fulcanelli. Cette figure deviendra au cours du XXe siècle une véritable légende, en passe de dépasser le mythe de Faust. Un certain Canseliet, qui aurait été son élève, va venir souffler le chaud et le froid sur ce personnage, qui, selon la légende, aurait bénéficié du « don de Dieu », l'immortalité (il aurait été vu en Espagne âgé de 113 ans). Fulcanelli et Canseliet sont deux auteurs ayant publié quelques ouvrages d'une érudition titanesque au regard de l'alchimie, véritable synthèse de toute la connaissance alchimique et qui suffiraient par eux-mêmes selon les plus fidèles partisans. Sont également auteurs contemporain, Roger Caro, fondateurs d'une minorité spirituelle l'Église universelle de la nouvelle alliance, Kamala Jnana et Jean Clairefontaine, d'ailleurs peut être tous la même personne.

Considérations entièrement revues:
Richard Caron fait état d'un regain d'intérêt notoire à partir du début XXe, où « On voit s'intéresser à l'alchimie non seulement des occultistes de tous horizons, mais également des écrivains, une certaine partie de la bourgeoisie qui fréquentait les salons littéraires, et particulièrement le milieu médical qui depuis la fin du siècle précédent a fait soutenir, dans ses facultés, un grand nombre de thèses en médecine. » Cet auteur a établi une liste d'ouvrages, catalogues et revues, publiés pour la première fois ou réédités, de 1900 à 1995, de plus de 3000 titres relatifs à l'alchimie, liste qu'il estime non exhaustive. Il fait état d'un travail de plus grande ampleur entrepris par l’Anglais Alen Pritchard
En 1953 René Alleau publia aux éditions de Minuit un ouvrage fondamental : Aspects de l'alchimie traditionnelle avec une préface d'Eugène Canseliet. C'est d'ailleurs Alleau qui, en 1948, prononça une série de conférences sur l'alchimie auxquelles assista André Breton, et qui eurent un profond retentissement sur le chef de file des surréalistes. On doit au même auteur la collection Bibliothica hermetica
Parallèlement, l'anthropologie fait des pas de géant. Mircea Eliade, anthropologue et historien des religions du XXe siècle, développe dans Forgerons et alchimistes l'idée que l'alchimie, loin d'être l'ancêtre balbutiant de la chimie, représente un système de connaissances très complexe dont l'origine se perd dans la nuit des temps, et commun à toutes les cultures. Il développe l'idée, selon l'analogie du macrocosme et du microcosme, que les transformations physiques de la matière seraient les représentations des modalités des rites ancestraux, dans leur trame universelle : Torture - Mort initiatique - Résurrection. Dans "un champ véritablement anthropologique" se situe également l'œuvre de Gilbert Durand; "En mettant en évidence la fonction euphémisante de l'imagination, et plus généralement de tout processus de symbolisation, il voit dans cet exorcisme du temps et de la mort l'amorce de ce que les alchimistes nommèrent transmutation". Gilbert Durand collabora à la collection "cahiers de l'hermétisme".

L'alchimie s'invite dans le cortège de la psychanalyse:
Dès le début du XXe siècle, la psychanalyse fit des emprunts au monde mythologique, à tel point que certains ont pu s'insurger contre une démonstration abusive par le symbole, qualifiée de scolastique freudienne. Cette tendance d'appel au symbole devait naturellement prospérer au cours du siècle, et l'alchimie finit par infiltrer la Sorbonne, par l'intermédiaire d'un de ses éminents professeurs, Gaston Bachelard. Entre temps, C.G. Jung fait une telle référence aux modalités alchimiques et à leurs iconographies qu'il y consacre un ouvrage entier. Même si les approches de Jung et de Bachelard divergent sur le fond, l'appel à l'alchimie a trouvé ses continuateurs, comme Marie-Louise Von Franz ou Étienne Perrot.

Les universitaires se penchent sérieusement sur la question
En dépit de l'odeur de soufre qui émanait de sa réputation de fumisterie, en dépit de son effondrement général au XIXe siècle, et de toutes les démonstrations qui étaient censées en venir à bout, l'alchimie a continué à se maintenir au cours du XXe siècle. Ce paradoxe choqua quelques esprits, à tel point que la question commença par intéresser le milieu universitaire.
Bernard Gorceix, un des universitaires qui s'est penché sur ce paradoxe, a commencé par inventorier toute la lourdeur culturelle, la lacune béante, institutionnelle, voire institutionnalisée, qu'il a rencontré : "Chez ses premiers historiens (de l'alchimie), le mépris pour toutes les spéculations, rejetées au rang d'obscurités, de 'délires mystico-allégoriques', s'affichait avec la meilleure des consciences […] Du XIIe au XVIIe siècle, la tradition alchimique fleurit avec une puissance étonnante. Il suffit de consulter les catalogues des grandes bibliothèques. Cette tradition - ne serait-ce qu'au vu de l'importance matérielle de ses documents - exige une considérable réhabilitation. Hors de France, dans les pays anglo-saxons surtout, la réhabilitation est bien engagée. En France, alors que la spagyrie accompagne la vie intellectuelle européenne du temps des cathédrales à l'âge de l'homme, les grandes synthèses la citent à peine. Elle est toujours reléguée au rang de chimère, de folie marginale, d'égarement passager. Tenaces sont les préjugés. Nous ne disposons d'aucune histoire scientifique, complète et sérieuse, de la tradition alchimique entre le moyen-âge et les temps modernes".
En règle générale, Le monde universitaire, celui qui étudia la question, fut relativement méfiant à l'égard de l'alchimie, qualifiant la doctrine d’« occulte » ou de « syncrétisme décadent ». Leurs études permirent de replacer l'église au milieu du village, par une savante dissection des textes, en attribuant les nombreux éléments composites à leur source. Toutefois, leur approche fut jugée, par une autre universitaire, trop dépendante d'un environnement culturel sous-jacent, et, par ailleurs, spécifiquement centrée sur un aspect particulier de l'alchimie, l'hermétisme alexandrin.
L'universitaire qui passa le plus de temps sur le sujet fut probablement, en France, le professeur Antoine Faivre. Outre ses 'rattachements institutionnels', il sera directeur d'une collection dédiée au sujet, les cahiers de l'hermétisme, chez Albin Michel, où paraîtront des études très poussées sur des aspects particuliers du sujet, études encadrées par un comité d'universitaires prestigieux. Même si Faivre est très avare de son avis - on comprend que sa notoriété le cantonne à n'exposer que des faits -, quoique certaines indications donnent une orientation (Fulcanelli a sa sympathie), il aura contribué à faire mesurer la profondeur du sujet.
Toute autre est l'approche de Françoise Bonardel, et plus clairement engagée. Intriguée par le "mode de propagation" de l'alchimie (mode qu'elle subdivise en trois catégories, contagion, transmission et rayonnement), elle emploie le même mode d'investigation qu'utilise l'arithmétique, le ppdc (plus petit dénominateur commun), afin d'en dégager un noyau irréductible, qu'elle nomme le « noyau opératoire », pour convenir « avec Halleux que l'idée de transmutation était en germe dans une pensée qui admettait l'unité fondamentale de la matière et qui considérait toute technique comme une mimesis de la nature susceptible de rejoindre et même de dépasser son modèle ». Par cette approche, elle finit par découvrir le fil d'Ariane, une structure unitaire reconnaissable en dépit des rideaux de fumée censés la couvrir, structure qu'elle restitue dans une anthologie respectant "le caractère foncièrement anhistorique de l'esprit alchimique". En découvrant l'objet fondu dans l'image d'Epinal, Bonardel restitue… une autre image d'Épinal.
Une sommité que l'on n'attend pas dans l'exégèse alchimique fut Heidegger. Et pour cause, son expression, au semblant totalement étrangère à l'habituelle terminologie alchimique (pour le principe, voir l'étude plus bas : « La spéculation pure comme recherche dans l'œuvre non alchimique »), reste, selon Bonardel, conforme à la spéculation hermétique : « De tous les herméneutes contemporains, Heidegger est probablement celui chez qui l'hermétisme, dégagé de toute référence doctrinale traditionnelle, étranger à toute formalisation logique, trouve son expression la plus épurée, en tant que voie, voire même en tant que simple trace d'une possible voie, recueillement à l'écoute de l'être susceptible d'advenir à travers les étants ». On reconnaîtra ici la définition de l'alchimie avancée par Bonardel (voir l'introduction de cet article), notamment "le mode d'expression d'une philosophie non de l'être, mais de l'itération entre ses états multiples", ce qu'Heidegger nomme « les étants ".




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Re: L'alchimie

Message par Hagel le Jeu 20 Mar 2008 - 11:56

Objet de l'alchimie:

Généralités:
Les alchimistes étaient supposés chercher le secret de la fabrication de la pierre philosophale, ou « grand œuvre », censée être capable de transmuter les métaux vils en or, ou en argent. Mais derrière des textes hermétiques constitués de symboles cachant leur sens au profane, les alchimistes s'intéressaient plutôt à la transmutation de l'âme, c'est-à-dire à l'éveil spirituel. On parle alors de "l'alchimie mystique". Plus radical encore, l'Ars Magna, une autre branche de l'alchimie, a pour objet la transmutation de l'alchimiste lui-même en une sorte de surhomme au pouvoir quasi-illimité. L'alchimie a ainsi des aspects néo-platoniciens, séparant matériaux élevés et purs de leurs équivalents impurs et corrompus. Toutefois, la quête alchimique des premiers temps, celle de l'élixir, peut être simplement thérapeutique ; ce qui explique l'importance de la médecine arabe dans le développement de l'alchimie. On sait en effet que les médecins arabes vont développer une thérapeutique complexe, inventant des médications extrêmement sophistiquées (sans être nécessairement efficaces), et des procédés de transformation des produits naturels (comme la distillation, l'alambic étant une invention du monde arabe). La pierre philosophale, l'élixir, ces finalités des tentatives alchimiques sont aussi des panacées, des médicaments universels. En ce sens, même si l'alchimie n'est pas un ancêtre direct de la chimie, on observe chez Paracelse une transition entre alchimie et chimie par ce que le médecin suisse appelait iatrochimie.

L'alchimie était censée opérer sur une Materia prima, Première Matière, de façon à obtenir la pierre philosophale capable de réaliser la « projection », c'est-à-dire la transformation des métaux vils en or.

Trois principes fondent la métaphysique de l'alchimie : le sel, le soufre et le mercure, correspondant respectivement au centre moteur, émotionnel, et intellectuel.

Les trois phases de l'obtention du sel sont distinguées par la couleur que prend la matière au fur et à mesure : œuvre au noir, au blanc, au rouge. Elles correspondent à trois types de manipulation chimique : noir (carbonisation), rouge (incandescence par ignition spontanée), blanc (calcination et lessivage répétés).

C'est par l'extraction que l'on obtient le Soufre (alchimie) et par la fermentation-distillation-rectification, le mercure , le sel étant obtenu par calcination. Notez que les alchimistes croyaient qu'en faisant brûler ou chauffer des choses, ils les rendraient pures car ils voulaient éliminer le phlogistique, fluide qui était «matériellement» la chaleur. Les « noces chimiques » dont le résultat est la pierre ou l'élixir s'opèrent entre le soufre et le sel par la médiation du mercure.

L'alchimie continue à l'heure actuelle de fasciner certains chercheurs. Selon certains alchimistes modernes, elle utilise les énergies de la vie pour transmuter les métaux ; cette énergie serait puisée également dans l'alchimiste lui-même. Ainsi seul un être vivant intelligent pourrait effectuer des opérations alchimiques. Vouloir automatiser les procédés alchimiques ne servirait donc à rien.

Le grand Oeuvre:
Spéculations sur la finalité alchimique

  • Le Grand Œuvre comme genèse cosmogonique

Les alchimistes parlent communément, au début de l'œuvre, de la couleur noire, associée à Saturne, et au Chaos primitif, "où les semences de toutes choses sont confuses et mélangées". Réordonner ce chaos était la mission de l'alchimiste, c'est pourquoi ceux-ci n'ont pas hésité à faire appel à la genèse biblique.

  • Le Grand Œuvre comme finalité chimique : la pierre philosophale


[…]

Des résultats à la hauteur de la théorie ?
Loin de se cantonner à de simples spéculations sur la finalité de cet art, et à contrepied d'une connaissance exclusivement livresque, la littérature alchimique contient d'intéressantes indications sur ce que pourraient être ses aspects pratiques intermédiaires ou terminaux. Bien qu'il soit souvent délicat, voire impossible, de vérifier l'authenticité de ces dires, il convient néanmoins de citer certaines éventualités apparaissant dans les ouvrages:

Une lucidité accrue
Il convient ici de faire une intéressante liaison avec un symbole ancien, puisque des auteurs comme le Cosmopolite ont lié l'alchimie avec la philosophie antique. Ce symbole est le Hibou, ou la Chouette, l'emblème de la collection Budé des éditions 'Les Belles Lettres', qui fut le symbole des philosophes grecs, qui estimaient avoir la capacité de "discerner dans l'obscurité". A ce sujet, Bernard Husson a relevé cette capacité comme une possible prérogative pragmatique de l'alchimiste: "Cette conception se trouve déjà explicitement évoquée dans plusieurs sonnets du discours: "Quiconque peut goûter sa liqueur pure et monde, il sent croître en ses yeux une grande clarté et se développer de toute obscurité" […] "Aussi, quand la clarté du haut savoir décore l'esprit développé du brouillard ancien, de vulgaire doctrine, il voit tout, et rien n'est tant secret puisse il estre au monde qu'il ignore". Il s'agit d'une connaissance infuse et immédiate, illuminative et non rationnelle et discursive, subite et instantanée".

La médecine universelle

[b]Le Corps de diamant-foudre.[/b]
Mircéa Eliade a mis en évidence les rapports du yoga tantrique avec l'alchimie occidentale: "Le Vajrayâna tantrique visait à procurer un 'corps de diamant', incorruptible, soustrait au devenir. Comme l'alchimiste, le yogin opère des transformations par la 'substance', et celle-ci, dans l'Inde, est l'œuvre de Prakrti ou de çakti. Le yoga tantrique amorçait donc fatalement un prolongement alchimique: d'une part en maîtrisant les secrets de la çakti, le yogin parvient à maîtriser ses 'transformations', et la transmutation des métaux en or s'inscrit assez tôt parmi les siddhi traditionnelles; d'autre part, le 'corps de diamant' des vajrâyanistes, le siddha-deha des hathayogins n'est pas sans ressemblance avec le 'corps de gloire' des alchimistes occidentaux". Julius Evola fait état d'un feu intérieur, le feu de la "transformation de la chair en torches ardente que subit Enoch", qui est "un feu provenant de son propre corps qui menace de le dévorer". On est d'ailleurs ici tenté de faire le rapprochement avec le "feu du dedans" de Carlos Castaneda, illumination qui envahit le corps de Don Juan et ceux de son équipe lorsqu'ils quittèrent ce monde avec leur corps physique. Evola insiste bien sur l'aspect déconditionnant de cette fonction, sans toutefois que l'aspect physique extérieur en soit altéré. Dans la tradition tantrique, le corps devient un 'Siddha-rûpa', corps de diamant-foudre; en tibétain il est 'Ja-lus' (Corps arc-en-ciel).




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Re: L'alchimie

Message par Hagel le Jeu 20 Mar 2008 - 11:59

Quelques mots sur la légende des immortels:
Ce n'est pas le lieu de tenter une biographie du comte, déjà objet de quantités d'ouvrages, la plupart fantaisistes. Quelques mots suffiront, pour le reste, se reporter aux ouvrages cités. Connu en France en 1758, suite à une relation d'affaire avec le marquis de Marigny (frère de Mme de Pompadour qui présentera plus tard le comte à Louis XV dans l'appartement de la duchesse de Châteauroux), le comte de Saint-Germain apparaît dans l'histoire en 1745, date avant laquelle il n'existe à ce jour aucun témoignage historique accrédité. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les témoignages historiques sont suffisamment nombreux et fiables pour attester l'existence du comte, bien que son nom soit un faux, comme il le dira d'ailleurs lui-même. Sa réputation sera fort contrastée, entre l'escroc fantaisiste et l'artiste brillant. Ce sera ensuite le black-out entre 1773 et 1776, date à laquelle il réapparaît à Leipzig, sous le nom du Comte de Welldone, où la cour de Dresde tenta de profiter de sa culture de "chimiste". C'est à cette époque que débuta sa réputation de "magicien" et de détenteur "d'élixir de longue vie". Il meurt officiellement le 27 février 1784 à Eckernfoerde. C'est à cet instant que commence la 'légende'. Malgré la mention de sa mort sur le registre paroissial, Maurice Magre indique qu'aucune tombe n'exista à Eckernfoerde à son nom. De nombreux témoins, certains désintéressés, d'autres moins, d'autres encore fantaisistes, faux ou construits de toutes pièces, le verront apparaître épisodiquement, créant cet impénétrable fusion historico-légendaire où il est tout aussi tentant de basculer dans l'adhésion aveugle que dans le scepticisme systématisé.
Plus intéressante, et plus en rapport avec cet article, est l'approche 'traditionaliste'. Selon Heim, le Comte de Saint-Germain faisait partie de la confrérie rosicrucienne, ainsi que de la stricte observance d'Allemagne "fondée par le baron de Hund, qui succéda à Marschall de Bieberstein comme grand maître provincial de la VII° province du rite écossais". C’est aussi la position de Stanislas de Guaita. Toutefois, si De Guaita réduit les enchantements du Comte de Saint-Germain à une simple capacité de conteur poétique et charismatique – doué pour le violon mais sûrement pas immortel, il le voit comme l’avant-poste redoutable d’un projet dont il convient de dire un mot : La thèse de De Guaita part du principe que sur les cendres de l’ordre du temple s’est reconstitué une maçonnerie secrète, sur la base de loges à 2 niveaux, dont l’objectif, vengeance multi-séculaire, fut de prospérer pour finir par décapiter la royauté, un dessein qui aura mis cinq siècles pour se réaliser. Il se base sur certaines indiscrétions de l’histoire qui précédèrent l’évènement. Sur la base de cette hypothèse, le comte de Saint-Germain n’aurait été qu’un des émissaires préparant le terrain, et son ‘or’ n’aurait été que l’investissement de la fortune colossale des loges. Jules Doinel conclut également en ce sens, bien que, contrairement à De Guaita, il prête volontiers au comte toute sa panoplie de prérogatives surnaturelles: "On a de forte raisons de croire que le comte de Saint-Germain était un des plus puissants démons missionnaires de Satan […] Il avait été vu a plusieurs endroits à la fois […] Il domine l'occultisme du XVIIIe siècle agonisant. Tout ce qu'il y a d'hostile à l'église et à la monarchie se groupe autour de lui. Les loges se multiplient, les illuminés pullulent. Mesmer, Saint-Martin, Puységur, Cagliostro, Weishaupt, Cazotte sont autant d'astres noirs. Mais surtout il prépare la révolution, visite Voltaire Vieilli, se glisse à la cour et y essaie ses séductions sur tous et sur toutes, arrive jusqu'à la reine et lui conseille la frivolité innocente qui lui sera fatale". Une thèse semblable fut soutenue par l'historien Tastavin: "Le fameux Saint-Germain de la secte des illuminés fut l'animateur du coup d'état de 1762 qui coûta à l'empereur Pierre III le trône d'abord, la vie ensuite".
Si l'appartenance du comte de Saint-Germain au réseau maçonnique de l'époque ne pose plus guère de doutes, reste à étudier sa qualité d'alchimiste. Pour cela, 3 approches d'étude furent envisagées:

  • Son éducation : cette approche originale et audacieuse, orientée vers une période inconnue de la biographie de Saint-Germain, son enfance, fut tentée par Paul Chacornac, qui se révèle assez convaincant, et n'a pas été, à ce jour, réfuté: Il conclut que l'origine la plus probable du Comte de Saint-Germain serait la haute noblesse espagnole, thèse que validera plus tard Heim. En effectuant des recoupements sur des déclarations récurrentes du Comte de Saint-Germain, par rapport à certains "vides" de l'histoire correspondante, Chacornac arrive à la conclusion suivante: Le comte de Saint-Germain aurait été le fils de l'Amirante de Castille et de la reine douairière d'Espagne, Marie-Anne de Neubourg, relèguée en exil, après la mort de l'Amirante, par mesure de prudence, par Philippe V, de Tolède à Bayonne en 1706. Chacornac extrapole la date de naissance du comte vers 1698. Dès son plus jeune âge, le comte est en fuite, sa tête mise à prix; malgré sa 'bâtardise', il peut prétendre au titre de "Prince d'Espagne". Il descend de l'illustre lignée des Médina-Céli. Les ducs de medinaceli habitèrent dans le château de la ville du même nom, château qui fut remplacé par le palais ducal. Ce village foisonne de réprésentations alchimiques (voir photo ci-contre), ce qui donne une indication sérieuse sur la culture de cette famille. Il n'y a à ce jour aucune certitude sur le passage du comte de Saint-Germain en ce lieu, bien que la rumeur locale penche en ce sens. En suite, Chacornac émet l'hypothèse que le comte, jeune enfant, fut déposé pour son éducation par le comte de Cifuentès, au monastère de Montserrat, haut lieu mystique d'Espagne, "école bénédictine très adonnée à la chimie". Là aussi, aucune possibilité de vérification, les archives du monastère furent brûlées par l'armée napoléonienne en 1811. Néanmoins, on peut s'en remettre à l'emblème du monastère, visible à l'extérieur du cloître gothique, une scie coupant une montagne en deux, symbole que n'importe quel alchimiste identifierait à la séparation de la matéria prima. D'autres possibiltés furent avancées par Chacornac, comme l'influence du grand-duc de Toscane, ou l'infuence indirecte de Cosme III, avec ses expériences sur la nature du diamant.


  • Ses écrits :


  • Ses déclarations :

Reste la question essentielle: Le comte de Saint-Germain devint-il immortel, et, le cas échéant, quelle fut sa forme d'immortalité? L'histoire ne permettant pas de se prononcer, au vu de l'inextricable imbroglio de témoignages contradictoires et d'intérêts en jeu, et l'histoire n'ayant pas compétence pour se prononcer sur une thèse purement ésotérique, quelques érudits se prononcèrent sur un plan strictement 'traditionnel'. Tel fut le cas de Chacornac, dans l'ensemble suivi dans ses conclusions par Heim: Heim, qui reprend la thèse de Chacornac, sans chercher à l'invalider, cite 3 formes d'immortalité :

  • - "La persistance d'une individualité dans la même enveloppe corporelle au delà de l'existence humaine normale"
  • - "La persistance d'un agrégat d'éléments psychiques dans plusieurs formes corporelles successives et même simultanées"
  • - "la persistance d'une individualité dans le monde subtil sans passer par la mort corporelle, la forme corporelle étant transmuée"

D'après l'analyste de ces 2 auteurs, Le comte de Saint-Germain faisait partie de la seconde catégorie
[…]

Les immortels dans la tradition chinoise


C'est de la dynastie des Song que nous sont parvenues les modalités les plus importantes de l'œuvre alchimique. Le texte le plus fondamental, quoiqu'aujourd'hui perdu en grande partie, est le Xiuzhen (la culture du vrai), compilation commencée vers la fin du IX° siècle. Cette compilation, ainsi que d'autres textes connexes, définissaient l'alchimie comme un ensemble de préceptes (gymnastiques, respiratoires, sexuelles) destinés à nourrir le "principe vital", préfigurant une parfaite symbiose entre alchimie et médecine. Le zhenren, homme véritable, devient le sommet pyramidale d'une échelle de longévité, et peut vivre "10000 sui" (1 sui = 360 jours), selon le principe : "Si le souffle originel demeure, alors le corps aussi. Si le corps demeure, alors l'esprit aussi. Une fois que ces 3 principes sont établis, alors ma force vitale reste en moi et non dans le ciel".




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