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L’Invocation de Médée [Ovide]

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L’Invocation de Médée [Ovide]

Message par Abraxas le Mer 4 Sep 2013 - 12:52

L’Invocation de Médée [Ovide]



Bonjour à tous,

Les textes antiques sont souvent des bases pour de nombreuses analyses sur les rites magiques de l’antiquité. Le texte qui suit, est sommairement présenté dans ma publication sur les plantes magiques, et je suis un train de lire actuellement l’excellent livre sur le sujet de Guy Durcourthial, qui livre une analyse entre autre de ce texte. Malheureusement, il manque dans son analyse la vision « ésotérique ». J’aimerais donc partager avec vous ce texte d’Ovide issus des Métamorphoses, livre VII. D’une part parce qu’il est très beau, et d’autre part parce que c’est un texte relativement fourni sur les détails des rites magiques de l’antiquité.

Le but de Médée dans ce rite est de rajeunir le père de Jason. Elle commence par un schéma classique que je présente ici, puis il fait un « charme » à proprement parler sous la forme d’une potion qu’elle prépare avec divers ingrédient magique. Je ne reprends ici que la première parti de ce passage.

[179] Trois nuits devaient s'écouler encore avant que la lune eût pleinement de son disque arrondi les contours. Dès que, brillant de tout son éclat, elle montre tout entier son corps à la terre, Médée sort de son palais, la robe flottante, un pied nu, les cheveux épars sur ses épaules nues. Seule et sans témoin, elle porte ses pas incertains dans l'ombre et le silence de la nuit. Tout est dans un plein repos, et l'homme, et l'habitant de l'air, et l'hôte des forêts. Le serpent assoupi rampe sans bruit sur la terre. Le feuillage est immobile. L'air humide se tait. Seuls, les astres semblent veiller dans l'univers. Médée lève les bras vers la voûte étoilée. Elle tourne en cercle trois fois. Trois fois de l'eau d'un fleuve elle arrose ses cheveux. Elle jette trois cris affreux dans les airs, et pliant un genoux sur la terre, elle dit :
L’opération se déroule de nuit, à la pleine lune qui « montre tout entier son corps à la terre ». Il y a ici également une notion d’attente de trois jours, qu’on pourrait penser comme étant destiné aux rites de préparation préalable avant une opération magique. C’est une condition usuel, et il est courant que l’opérateur doive jeuner et se purifier avant une opération magique, ici le chiffre trois, hautement symbolique, renvoi au trois visage d’hécate et de la lune. Dans l’Eneide de Virgile (LivreIV 500-520),  on retrouve également l’indication que la prêtresse « appelle trois fois les cent dieux, et l'Érèbe et le Chaos, et la triple Hécate, les trois faces de la vierge Diane. ». Ici les trois faces de la vierge Diane et la « triple Hécate » renvoi a la lune, Diane étant aussi une des personnification de la lune, c’est le triptyque lunaire formée par Hécate, Artémis et Séléné. Dans le reste du texte on retrouve encore comme un mirroir, l’évocation du chiffre trois, lorsque médée : « tourne en cercle trois fois. Trois fois de l'eau d'un fleuve elle arrose ses cheveux. Elle jette trois cris affreux dans les airs. »

Médée ne porte sur elle aucun nœud. On retrouve encore une fois des indications similaires sur une opération magique dans l’Eneide de Virgile ou la prêtresse est « les cheveux défaits », « un pied dégagé de liens, la robe dénouée,». Ces indications renvoient également à des prescriptions magiques usuels. Les rites de « nouage » sont des rites dans lesquels l’action magique est symbolisé par un « nœud » que l’opérateur fait, concluant et « fixant » ainsi l’action magique, en « liant » le ciel et la terre (idée que l’on retrouve dans le rite romain), pour « défaire », « délier » cette action il suffit de dénouer le lien. Ici donc le fait de ne pas porter de « nœud » explicitement dans les vétéments ou la coiffure, va donc permettre de ne pas « défaire » par mégarde un sort, lorsqu’une fois le rituel terminé, la prêtresse aurait l'inatention de défaire sa coiffure ou sa ceinture (ou un quelconque noeud qu'elle aurait porté pendant le rituel).

Un autre point qu’on retrouve également dans l’Eneide, c’est la notion de « solitude » de l’opérateur, ici le seul témoin des actes de Médée sont les astres, la nature même est « au repos ».  Il existe de nombreuses indication similaire dans le floklore antique et même moderne concernant les rites de ceuillette et les rites magiques d’une manière générale. Dans certains cas, il faut même les faire à l’abris du regard du soleil ou de la lune (c’est-à-dire par une nouvelle lune et non une pleine lune comme c’est le cas ici). Ces indications visent à se cacher vis-à-vis d’un « affront » d’un « crime » que l’on commet, contre la nature elle-même. Soit parce qu’on s’apprète à la profaner (la ceuillete), soit simplement comme c’est le cas ici, car l’acte en lui-même, le but du rite, est surnaturelle, et que la nature ne doit pas en être témoin. Au risque qu’elle se rebelle contre ce dernier, le fasse échouer, ou le fasse payer au profanateur.

Pour terminer médée décrit un cercle, la traduction ici ne rend pas justice à cet acte, dans le texte original en latin on retrouve « sidera sola micant. Ad quae, tendens sua brachia, convertit se ter », c’est-à-dire que levant les bras vers les astres qui brillent, elle se tourne trois fois dans leur direction, le cercle ici délimite donc tout à la fois un espace terrestre et un espace astral, on peut penser, en se référant au début du texte, qu’elle tourne autour de la lune qui « brillant de tout son éclat », « montre tout entier son corps à la terre ». Puis elle s’asperge trois fois, rite de libiation et de purification avant l’acte magique en soi, et criant trois fois, elle pose un genou à terre et dit :

Nox, ait, fidissima arcanis, astraque aurea quae succeditis cum luna ignibus diurnis, tuque, Hecate triceps, quae venis conscia adjutrixque nostris coeptis ; cantusque, artesque, magarum, Tellusque quae instruis magas herbis pollentibus, que, auraeque, et benti, montesamenesque, lacusque, omnesque du nemorum, omnesque di noctis, adeste :
Ce qui donne dans la même traduction que celle cité précédemment :

"Ô nuit, fidèle à mes secrets; étoiles au front d'or, qui, avec la lune, succédez aux feux du jour; et toi, triple Hécate, témoin et protectrice de mes enchantements; et vous, charmes puissants; arts magiques; terre, qui produis des plantes dont le pouvoir est si grand; air léger, vents, montagnes, fleuves, lacs profonds, dieux des bois, dieux de l'antique nuit, je vous invoque : venez tous à mon secours !
Je trouve que ça ne rend pas totalement honneur au texte, alors voici une petite version perso :

O nuit, très fidèle aux mystères, et vous astres dorés, qui succédez avec la lune aux feux du jour, et toi, Hécate tricéphale, complice et secours de nos entreprises ;  enchantements, et arts des magiciennes, et toi Terre qui pourvois les magiciennes d’herbes puissantes, et vous les airs, et vous les vents, et vous montagnes et fleuves, et vous les lacs, et vous tous dieux des forêts, et dieux de la nuit, je vous invoque.
Je texte a vraiment quelque chose, je le trouve personnellement très beau. La magicienne appelle la déesse de la magie, et l’ensemble des esprits de la nature à son secours, ceux de la terre, de l’air et de l’eau. Elle les invoque pour l’assister dans le rituel qu’elle s’apprète à faire. Dans le reste du texte, elle énumère l’ensemble des actes « magiques » que ces esprits lui permettraient de faire, puis elle compose son charme.

Grüssi

Abra

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Re: L’Invocation de Médée [Ovide]

Message par Hermine le Mer 4 Sep 2013 - 17:04

Merci pour le partage, je le trouve également très beau.

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Re: L’Invocation de Médée [Ovide]

Message par Hagel le Jeu 5 Sep 2013 - 9:05

Merci Abra!

super intéressant et passionnant, j'avais lu les métamorphoses il y a trop longtemps pour y voir l'aspect éso

pouce 



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Re: L’Invocation de Médée [Ovide]

Message par Minervalis le Jeu 5 Sep 2013 - 10:37

Nous ne pouvons que nous incliner devant cette traduction; il est certain que le traducteur dont tu donnes l'oeuvre ne devait pas s'y connaître beaucoup en ésotérisme, et il est incompréhensible qu'il ait fait de "triceps", parfaitement dénué d'ambiguïté, "triple" au lieu de "à trois têtes".

Personnellement, sans aller jusqu'à son "venez à mon secours" (au sens vieilli: il s'agit bien entendu seulement d'assistance), j'aurais quand même conservé l'idée exprimée par "adeste", c'est à dire que les dieux doivent venir, être présents. Quelque chose comme "Paraissez!".

En complément d'une de tes remarques, je voudrais juste ajouter quelques éléments sur la signification du noeud chez les romains: il y a chez eux l'idée profonde que tout noeud fige une situation, est un obstacle à une évolution souhaitée, à un voeu fait, à un rite accompli; c'est pourquoi le Flamen Dialis, par exemple, ne devait porter sur lui aucun noeud, ni même quoi que ce fût qui y ressemblât (même pas un anneau); ou que les femmes ne devaient pas faire d'offrande à Juno Lucina (déesse des enfantements) les cheveux attachés ou avec un noeud dans leurs vêtements.

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Re: L’Invocation de Médée [Ovide]

Message par Diogène le Jeu 5 Sep 2013 - 13:13

Quelle érudition de part et d'autre ! C'est vraiment très instructif.

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Re: L’Invocation de Médée [Ovide]

Message par Invité le Mar 8 Oct 2013 - 15:12

Bonjour,
très intéressant en effet, et quelle érudition !
Autre grand texte "magique" dans la tradition gréco- latine (il n'y en a pas tant que ça, surtout aussi long) :
de Théocrite (poète alexandrin, 3e siècle avant JC), l'Idylle II intitulée "les magiciennes" - "pharmakeytriai" en grec( paru dans le recueil Les Bucoliques, chez Budé, traduction de Legrand, 2001)).
Quelques extraits, du début notamment, afin de vous donner un aperçu:
" "où sont mes branches de laurier? Apporte, Thestylis; Où sont mes philtres ? Couronne la coupe de fine laine teinte en rouge. je veux enchainer à moi l'amant cher qui me fait de la peine [...] Mais toi Séléné, brille d'un bel éclat ; car c'est à toi que je vais adresser à voix basse mes incantations, déesse, et à la souterraine Hécate, devant qui tremblent les chiens eux mêmes [...] Salut Hécate redoutable ; assiste moi jusqu'au bout et rends mes enchantements aussi forts que ceux de Circé ou de Médée, ou de la blonde Périmède..."
L'ensemble fait sept pages. Vous l'aurez compris, il s'agit d'un rituel négatif (Raison pour laquelle je ne développe pas, sauf autorisation d'un administrateur) : une amante délaissée pour une autre cherche à faire revenir et à garder son amoureux, Delphis.
Restant dans un cadre strictement mythologique, on retrouve ici Séléné, déesse de la Lune, dissociée d'Hécate, divinité infernale d'origine plus méditerranéenne. Assimilée plus tard à Séléné et Artémis : il ya eu de nombreux synchrétismes ("fusions" de religion, cela faisait partie des conséquences des conquêtes, des "indo européens", en gros...) , ce qui fait que ces déesses sont tantôt assimilées comme une seule déesse ou dissociées, voire envisagées comme une triade (fréquent en mythologie, voir la "Triple déesse" ou "Déesse Blanche" chez les celtes, et livre du même nom de Robert Graves).

Séléné est ici plutôt la déesse des incantations, brillant dans le ciel, et la confidente de la magicienne. Hécate est clairement désignée comme divinité infernale. Artémis est évoquée plus loin.
On connait Circé (voir Odyssée, notamment) et Médée; Périmède est probablement la même que la "blonde Agamède" d'Homère ( voir Iliade , chant XI, vers 740) qui connaissait "tous les pharmaka * que nourrit la vaste terre". * pharmaka ou drogue, philtre, médicament, poison, selon le contexte. Ce nom apparait aussi chez Properce ( Elégies, livre II, n°4, vers 18) où il désigne une sorcière.
A noter que Théocrite, s'il connait manifestement les rites qu'il décrit avec une certaine précision, se proposait surtout de faire parler l'amoureuse plutot que la magicienne, la littérature ( et la musique) l'emportant sur le côté magie.
Sur le contenu: sont évoqués des animaux et plantes. dans les textes antiques, si les oiseaux ont été en gros identifiés, pour les plantes c'est nettement plus délicat. certains mots sont intraduisibles, tout simplement car on n'a pas d'autre texte où le mot apparait... Il nous faudrait une autre pierre de rosette. Sans compter les variantes: tel auteur mentionnera une plante sous tel nom, un autre sous un autre nom... C'est souvent cacophonique. Tout ça pour dire que, même après une lecture et une traduction attentive de ce poème, refaire le même rituel me semble ... très improbable.

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